Une décennie après avoir réalisé le documentaire Les Yeux de Bacuri, présenté en France dans quelques festivals, Maria de Medeiros fait son retour derrière la caméra avec À Nos Enfants, adaptation de la pièce de théâtre Pour Nos Enfants de Laura Castro. Comprenant au casting Marieta Severo, José de Abreu, Laura Castro, Marta Nóbrega, Cláudio Lins ou encore Antonio Pitanga, le long-métrage se centre sur le fossé se creusant entre Vera et sa fille Tania, alors que cette dernière tente d’avoir un enfant avec sa compagne…

Artiste engagée, Maria de Medeiros met à profit sa carrière de réalisatrice pour traiter de sujets politiques, revenant notamment sur de sombres périodes sombres de l’histoire de son pays natal, le Portugal (Capitaines d’Avril) et de son pays de cœur, le Brésil (Les Yeux de Bacura). Une tendance qui se confirme une nouvelle fois avec À Nos Enfants, drame délicat où un conflit de génération cristallise les problèmes d’une nation perdue entre évolution en rétrogradation, pour une œuvre tout en contraste qui – malgré une certaine redondance dans le développement de ses thématiques – s’avère pertinente dans son analyse sur cet entre-deux dans lequel le peuple brésilien se retrouve. Un constat prenant d’ailleurs une dimension différente, plus grave, lorsque l’on sait que le long-métrage a été tourné à l’aube de l’élection d’un certain Jair Bolsonaro (son tournage a eu lieu en 2018).

Pour porter à l’écran la pièce Pour Nos Enfants, que la cinéaste connaît bien puisqu’elle l’a joué sur scène, un véritable travail d’adaptation a été effectué puisque de l’intrigue initiale – à savoir la conversation entre une mère et sa fille autour d’un dîner – nous dérivons sur deux parcours parallèles, chacun des partis évoluant sur des chemins différents, se croisant de temps à autres pour se confronter sur leurs différends. Sur ce point, notons la place prépondérante de Laura Castro dans le développement du projet, la dramaturge ayant collaboré à l’écriture du scénario aux côtés de Maria de Medeiros tout en assurant le rôle de Tania, une présence assurant une continuité quant à cette transposition sur grand écran. Ce qui été auparavant de l’ordre du dialogue et du non-dit trouve alors une résonnance dans l’exposition et la démonstration, donnant ainsi une autre perspective aux problématiques évoquées. Quitte à parfois radoter.

Dans ce jeu de miroir entre deux femmes ne se comprenant pas, se reflètent les ombres d’une époque brutale où la répression était en marche dans un pays tenu d’une main de fer. Dans sa démarche pour concevoir un enfant avec sa compagne, élément déclencheur du film, Tania symbolise cette touche de modernité faisant souffler le vent du changement sur les débris du monde d’avant – qui peut ressurgir à tout instant. Face à elle, Vera fait office de vestige du passé – principalement aux yeux de sa fille – en se montrant plus que critique quant à cet environnement dans lequel elle déambule, elle qui s’occupe d’un orphelinat pour enfants séropositifs et qui a été militante à une époque compliquée de l’histoire du Brésil. Cette question de la maternité, qui diffère selon le point de vue, vient s’agrémenter d’une réflexion sur la parentalité et les choix de vie, ce qui permet de traiter de l’homosexualité et de l’ouverture d’esprit. De ce fait, de ce qui était au départ l’établissement d’un fossé entre deux protagonistes, le scénario nous dirige vers un spectre plus large, témoignant d’un Brésil en pleine mutation où les événements peuvent basculer du jour au lendemain (ce que la réalité a tristement confirmé par la suite). Ce qui apporte un double sens bien pensé sur l’enfance et l’avenir se forgeant dans le passé.

Des thématiques fortes, mais qui perdent quelque peu de leur puissance alors l’intrigue s’étiole en milieu de course. Il n’en reste pas moins un beau portrait de femmes, qui se battent pour leurs convictions et défendent corps et âmes leur idées, leur désirs. L’opposition entre Vera et Tania est ainsi le fer de lance d’À Nos Enfants, servant de moteur à ce drame sensible grâce à la partition sans faille de Marieta Severo ainsi que de Laura Castro, qui sont le cœur du long-métrage. Les deux actrices composent avec des personnages finement écrit, leur donnant du matériel de qualité pour laisser exprimer leurs émotions. Si nous retenons également les prestations de José de Abreu et Marta Nóbrega, qui forment des seconds rôles solides, Severo et Castro sont clairement les atouts de ce drame, mis en scène avec finesse par Maria de Medeiros – la réalisatrice restant au plus près de son casting pour capter toutes les nuances de leur jeu – le tout sous une photographie lumineuse.

Avec À Nos Enfants, Maria de Medeiros se réapproprie l’œuvre théâtrale de Laura Castro – aux côtés de la dramaturge – pour nourrir sa filmographie avec un long-métrage féministe et engagé qui se sert d’un choc des générations pour prendre le pouls d’un Brésil en phase d’évolution, cherchant à se diriger vers la lumière après être restée trop longtemps dans l’obscurité. Si les thématiques abordées finissent par se montrer redondantes, il n’en reste pas moins un joli drame en clair-obscur où la sensibilité est de mise, porté par une distribution finement dirigé.

© Epicentre Films

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