Neuf ans s’être attelé à l’adaptation de L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, Jean-Pierre Jeunet effectue son grand retour derrière la caméra avec BigBug, réunissant Elsa Zylberstein, Isabelle Nanty, Stéphane de Groodt, Claude Perron, Youssef Hajdi, Claire Chust, François Levantal, Alban Lenoir ainsi que les jeunes Marysol Fertard et Hélie Thonnat au casting. Disponible sur Netflix, le long-métrage nous plonge dans un futur proche où une humanité dépendante aux nouvelles technologies doit faire face à un soulèvement de robots…

Disparu des écrans radars depuis près d’une décennie, suite à la mésaventure T.S. Pivet qui – malgré sa qualité intrinsèque – est sorti dans l’indifférence, Jean-Pierre Jeunet revient par la grande porte dans le milieu du septième art, avec un projet de cœur. Après avoir essuyé de nombreux refus de la part des producteurs, le réalisateur a trouvé en Netflix de quoi concrétiser son nouveau long-métrage, BigBug, une œuvre qui aura mis des années à voir le jour. Une longue gestation finalement arrivée à son terme, donnant lieu à une certaine interrogation quant à l’aspect de ce bébé.

Signant le retour du cinéaste dans un domaine qu’il connaît bien – la science-fiction – BigBug avait dans sa manche plusieurs atouts, le savoir-faire de son créateur ainsi qu’un sujet porteur à savoir l’intelligence artificielle. Dans un monde où le tout connecté prend une place de plus en plus importante, il y avait là de quoi s’amuser de la progressive dépendance de l’humain à la technologie. Prenant le parti de la satire pour développer son propos, Jean-Pierre Jeunet joue la carte de l’exagération pour pointer du doigt une société qui se dirige droit dans le mur, ce qui aurait pu s’avérer drôle et caustique si l’exécution n’était pas aussi aléatoire. En ne sachant pas brancher correctement ses connectiques, l’intrigue concoctée peine à trouver sa raison d’être et fait ramer un long-métrage dont le temps de chargement dessert son efficacité. Clairement, la montagne accouche d’un souris.

Situé en 2045, cette farce futuriste se concentre sur une galerie de personnages se retrouvant confinés à la suite d’une révolution 2.0. Ce qui devait être une après-midi en charmante compagnie pour Alice se transforme alors en un huis-clos fiévreux alors qu’un soulèvement des machines la condamnent elle et ses invités – voulus ou non – à être enfermé dans sa maison. Cloîtrés dans un espace restreint, nos victimes doivent dès lors apprendre à coexister tout en essayant de trouver des solutions pour se sortir de ce mic-mac robotique. Un point de départ donnant lieu à un vaudeville où les petits travers des uns et des autres sont exacerbés afin de mieux souligner l’absurdité de la situation. On peut dire qu’il y avait de quoi faire avec la brochette de protagonistes croqués par Jeunet et son fidèle comparse Guillaume Laurant, qui signent un scénario destiné à pointer du doigt la bêtise crasse dans laquelle s’enfonce progressivement notre espèce. Plus prompts à céder à leurs pulsions qu’à s’adonner à la réflexion, Alice et consort ne brillent pas par leur intelligence, de quoi appuyer le point ‘Idiocracy‘ semblant vouloir se dessiner. Sauf qu’à la longue, rester dans la même pièce que ces humains pour le moins indigents devient difficile, la pièce de théâtre se déroulant devant nos yeux tournant rapidement à vide.

En résulte une œuvre qui étire plus que de raison son déroulé, ce qui a pour conséquence d’annihiler les rares bonnes idées pouvant être abordées. Ce changement de paradigme entre l’homme et les machines aurait ainsi gagné à s’axer principalement sur les robots présents dans le film, dont l’évolution est intéressante à suivre. Qu’ils soient utilisés pour la domotique, les tâches ménagères ou le sexe (sic), les pensionnaires en circuits et en électroniques de cette maison de fous possèdent un supplément d’âme que leur propriétaires n’ont pas. Un angle servant à remettre en perspective ce rapport à la technologie et la déshumanisation de notre société, qui aurait pu être un point fort de BigBug si Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant ne s’étaient pas fourvoyés dans une succession de saynètes centrées sur leurs homologues en chair et en os, manquant cruellement d’ampleur.

Les tourments sentimentaux, charnels et existentiels de ces locataires malgré eux pâtissent de cette absence de rythme faisant défaut au film, les gesticulations et excès d’une distribution ne sachant pas comment appréhender leur personnage n’arrangeant rien à l’affaire. Si dans chaque camp, Isabelle Nanty ainsi que Claude Perron s’en sortent plutôt bien – et qu’il est plaisant de découvrir les caméos de fidèles de Jeunet – il est difficile de se sentir concerné par cette prise de pouvoir artificielle, l’interprétation étant aux fraises. Dans le cadre du délire que cherche à nous vendre le réalisateur, cette volonté de sur-jeu peut se comprendre mais force est de constater que cela relève au final de la fausse bonne idée puisque de cette accentuation naît un sentiment d’agacement et d’ennui – ce qui n’était certainement pas le but recherché. Au niveau de la mise en scène, cela fonctionne déjà mieux, le soin porté à l’esthétisme rétro-futuriste des années 50/60 apportant un certain charme désuet à l’ensemble, de même que l’utilisation d’animatroniques à l’image d’Einstein, petite prouesse qui fait son effet – nous confortant dans l’idée que nos amis les machines auraient dû avoir un rôle central dans ce joyeux bordel organisé.

Petite plantade au programme pour Jean-Pierre Jeunet, qui signe un retour aux affaires minime avec BigBug, un délire satirique qui, malgré quelques bonnes idées, tombe rapidement en rade. Une erreur système que l’on doit à un scénario foutraque et une interprétation douteuse, qui viennent effacer les pistes intéressantes quant à la dépendance de l’humain à la technologie. Dommage.

© Netflix

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