Succombant à la mode du revival, la chaîne câblée Showtime s’est récemment décidée à donner un second souffle à l’une de ses créations phares des années 2000/2010, Dexter. Ainsi, huit ans après avoir tiré sa révérence, le plus célèbre des serial-killers de la télévision est revenu commettre ses méfaits sur le petit écran, dans une neuvième saison sous-titrée New Blood – chapeautée par Clyde Phillips. Marquant le retour de Michael C. Hall et Jennifer Carpenter, accompagnés de Clancy Brown, Julia Jones, Jack Alcott, Johnny Sequoyah, Alano Miller, Michael Cyril Creighton ou encore Jamie Chung, cette suite se concentre sur la nouvelle vie de ce cher Dexter Morgan – désormais connu sous le nom de Jim Lindsay – au sein de la petite bourgade d’Iron Lake…

Conclure une série n’est pas chose aisée et il s’en faut peu pour déclencher la colère des téléspectateurs. Un cas de figure dont Dexter a fait l’amère expérience en 2013, lorsque sa huitième saison s’est achevée avec un anti-héros tourmenté, faisant face à la mort en s’isolant dans les bois, abandonnant tout ce qu’il l’attachait à son existence – enfant compris. La véhémence des retours émanant de ce choix scénaristique a été retentissant, peu de monde ayant été satisfaits de cette fin. Alors, quand Showtime s’est décidée a donner une suite à l’adaptation de la saga littéraire de Jeff Lindsay, l’appréhension était au rendez-vous pour beaucoup de fans – encore échaudés par la manière dont les choses s’étaient déroulées il y a huit ans. Pensé comme un one-shot, ce revival avait ainsi une certaine pression sur les épaules, devant à la fois prendre une nouvelle direction tout en raccrochant avec ce qui faisait le charme du show. La mission a t-elle été remplie ?

Supervisée par Clyde Phillips, qui a été producteur exécutif et premier showrunner de la série originelle – un poste quitté au terme de la quatrième saison – Dexter : New Blood avait tout de même de quoi attiser la curiosité, tant il était intriguant de voir ce que l’homme derrière ce que l’on peut appeler l’âge d’or du programme nous avait concocté. Troquant les décors de carte postale de la Floride pour les plaines enneigées de l’Etat de New York, ce dernier profite des dix épisodes à sa disposition pour concilier passé et présent, mettant à l’honneur les liens du sang afin de développer son propos. Passé une phase d’exposition destinée à nous montrer que ce caméléon de Dexter est plein de ressources, notre tueur s’étant de nouveau mué en stéréotype de monsieur tout le monde bien sous tout rapport – sous le pseudonyme de Jim Lindsay – les vestiges de son ancienne vie vont se rappeler à son bon souvenir. Entre le retour de son fils Harrison, qu’il avait confié une décennie auparavant à son ancienne amante Hannah et la résurgence du fameux Passager Noir, le soleil se couvre du côté d’Iron Lake pour mieux amener notre anti-héros sur un chemin tortueux. Chassez la noirceur, elle revient avec fracas.

En choisissant de resserrer son intrigue principale et son cadre, ce revival profite un maximum de cette proximité propre aux petites communautés. Dans cette petite ville où s’est réfugié notre ex-expert en médecine légale, tout le monde connaît tout le monde, un élément primordial qui accentue progressivement les tensions entre les principaux protagonistes de ce jeu de dupes se mettant en place. Parfaitement intégré dans cet environnement où la nature permet l’isolement, ‘Jim’ va voir le vernis de son alter-ego se craqueler et sa tranquillité être mise à rude épreuve. Celui qui tentait de contrôler ses pulsions se retrouve à devoir gérer les répercussions de ces actes, qu’elles proviennent de ces choix récents ou antérieur à son installation à Iron Lake. Emotionnellement parlant, notre sociopathe va se retrouver à gérer la tempête qu’il a enclenché – le tout guidé par la petite voix derrière sa tête, qui prend désormais la forme de Debra Morgan. De quoi lui remémorer sa culpabilité face au sort funeste de sa sœur. Niveau sentiments, Dexter a donc du plain sur la planche, devant continuer à sauver les apparences pour la population d’Iron Lake et en particulier pour sa petite-amie Angela Bishop – qui n’est autre que la cheffe de la police locale – tout en essayant de renouer le contact avec ce fils qu’il connaît à peine.

Cette relation parent/enfant est par ailleurs la pierre angulaire de ce revival puisque ce lien se reflète dans la storyline concernant le serial-killer de la saison, qui fait son apparition en conséquence au décès de la chair de sa chair. Ce qui apporte du poids à cette thématique de la filiation, où les péchés du père peuvent impacter le fils. Un point de vue intéressant qui se conjugue à un ennemi qui ne manque pas de charisme, relevant le niveau concernant les ‘bad guys’ des dernières saisons de la série originale. Prenant plaisir à renouer avec l’univers qu’il a aidé à étoffer, Clyde Phillips trace une route sinueuse des plus plaisantes à suivre, la route empruntée par Dexter se refermant petit à petit sur lui, donnant lieu à suffisamment de tension pour que nous puissions craindre à nouveau pour le personnage. Le seul bémol serait à mettre au compte du nombre d’épisodes, New Blood devant se contenter de deux chapitres de moins comparé aux autres saisons du show, impliquant un ultime tour de piste pouvant paraître frustrant dans la mesure où tout se passe très vite – trop vite. Ce qui nous amène à la nouvelle conclusion proposée par l’équipe créative, qui s’avère une fois encore clivante mais plus pertinente, d’autant plus que la construction de New Blood s’articule autour de cette finalité. L’arrivée d’Harrison est l’occasion de remettre sur le tapis le Passager et le Code inculqué par Harry.

Comme nous l’avions déjà vu auparavant, Dexter s’est déjà essayé à la transmission de son savoir pour le moins sanglant, qui s’est à chaque fois soldé par un escalade de violence et la mort de l’apprenti. Comme l’indique le sous-titre du revival, ce sang neuf symbolise Harrison, lui aussi marqué par un traumatisme d’enfance. Confronté dès le plus jeune âge à l’horreur, le jeune-homme a – tout comme son paternel – été marqué à vie. Un parcours parallèle qui trouve ici sa conclusion, avec le développement de leur relation commune – faite de hauts et de bas, chacun devant tous les deux faire face à leurs démons. Le fils doit-il se laisser embrasser par sa noirceur et suivre la voie de son tueur de père ? New Blood s’axe sur cette notion de fatalité et Clyde Phillips et ses scénaristes distillant avec soin les graines amenant à cette finalité – aussi brusque soit-elle – qui se veut logique dans sa construction. L’amour et la mort fusionne donc pour mieux clore Dexter sur une note sentimentalement sanglante.

Se rapprochant de la qualité des quatre premières saisons, Dexter : New Blood offre une porte de sortie plus convenable au célèbre serial-killer du petit écran, réussissant à tenir le spectateur en haleine grâce à des intrigues plutôt rondement menées – même si l’ultime épisode pâtit d’un surrégime. Se concentrant sur des thématiques pertinentes, ce revival redonne un coup de fouet à la série, sachant tirer profit de ce qui faisait sa force tout en apportant assez de nouveautés pour ne pas se reposer sur ses lauriers. Donnant la part-belle à sa distribution, Michael C. Hall et Jennifer Carpenter en tête – qui retrouvent avec un plaisir non feint leur personnage – ce baroud d’honneur valait finalement le coup d’œil. So long Dexter.

© Showtime

2 commentaires »

  1. J’ai adoré =} J’avais un peu peur mais j’ai savouré chaque épisode car je voulais en profiter le plus possible. Même si la présence de Debra est ce qui m’a le plus dérangée, j’ai vraiment pris plaisir à retrouver l’ambiance de Dexter. En revanche je ne valide pas la fin.

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