Trois ans après Mutafukaz, les studios Ankama nous livrent leur troisième long-métrage d’animation, à savoir Princesse Dragon, mis en scène par le tandem Anthony Roux et Jean-Jacques Denis – qui ont fait leurs armes avec Dofus – Livre 1 : Julith (sorti en 2015). Comprenant au casting vocal Lila Lacombe, Kaycie Chase, Jérémie Covillault, Colette Veinard, Michel Bompoil, Florence Viala ou encore Dorothée Pousséo, ce conte nous fait suivre Poil, une petite fille élevée par un puissant dragon – élargissant ses horizons en s’éloignant de la grotte familiale…

Gagnant progressivement en puissance avec les années, multipliant sa présence à travers les médias, Ankama – entreprise française située à Roubaix (cocorico) – devient un acteur notable dans le domaine de l’animation, prouvant avec leur troisième production pour le septième art des arguments de poids. Si beaucoup connaisse les studios par rapport à Dofus et Wakfu, leur propriétés intellectuelles phares, ceux-ci montrent qu’ils savent se diversifier en s’aventurant dans l’univers du conte avec Princesse Dragon, qui saura contenter petits et grands.

Pour leur deuxième réalisation, Anthony Roux et Jean-Jacques Denis changent de registre, s’essayant au fantastique par le biais d’une fable médiévale où l’imaginaire se confronte à des thématiques d’actualités, pour un film se voulant sensible et positif. Lorgnant du côté de l’animation japonaise, on pense notamment à Ghibli niveau dessin et mise en scène, nos deux artistes s’affairent à montrer les ambivalences du monde adulte à travers le regard de l’enfant, nourrissant un récit d’apprentissage où l’innocence se perd au contact de la réalité. Se concentrant sur les rapports de forces, que ce soit entre les hommes et les femmes, les parents et leur progéniture, l’intrigue tend à amener à la réflexion quant à des notions universalistes telles que l’égalité ou encore la fraternité – au gré d’une odyssée palpitante qui ne manque pas de nuances ni de cœur.

Dans la plus pure tradition des productions du genre, Anthony Roux, qui officie seul au poste de scénariste, s’emploie à faire voyager le spectateur dans un univers dit de ‘fantasy’ où humains et créatures diverses cohabitent avec plus ou moins d’harmonie. Ici, nous suivons deux jeunes filles, issues de deux milieux différents, dont la rencontre amène à une découverte de l’autre – sans à priori ni préjugés – détonnant avec l’attitude propre à leurs comparses masculins, qui se pourfendent dans des guerres d’ego, de pouvoir et sacrifient ce qui leur est cher sur l’autel de l’ambition. D’un côté nous avons Poil, fille d’un dragon née – avec ses frères – d’un pacte magique passé par son sulfureux paternel et de l’autre Princesse, l’enfant unique d’un Roi passant le plus clair de son temps à assouvir sa toute puissance. Alors que tout les oppose, nos héroïnes vont se retrouver l’une dans l’autre, chacune apprenant de sa camarade pour mieux appréhender le monde qui les entoure et en saisir les aspérités. Prenant la trajectoire d’un voyage initiatique, Princesse Dragon se révèle être une ode à la tolérance et au respect, jouant de notions contemporaines pour proposer différents niveaux de lectures.

Ainsi, l’amitié naissante entre Poil et Princesse sert de moteur à un scénario n’hésitant pas à pointer du doigt les bassesses de l’homme, aveuglé par sa cupidité et son arrogance, se comportant de manière cruelle et bestiale – de quoi le rapprocher des créatures qu’il prétend combattre. Entre un Roi qui ne semble avoir aucune pitié pour son épouse, sa fille et son peuple, de même qu’un prétendant se gargarisant de sa suffisance, la gente masculine ne brille pas contrairement aux personnages féminins du film, dont la solidarité et la combativité font office d’exutoire salutaire. Grâce à une écriture soignée, Anthony Roux délivre des messages bienveillants tout en nous donnant soif d’aventures, n’oubliant pas un élément essentiel, l’émotion – présente en filigrane, sans en faire trop, ce qui fonctionne parfaitement.

Ajoutons à cela une réalisation léchée, Jean-Jacques Denis et son coréalisateur reprenant le style d’animation de l’âge d’or, c’est-à-dire en 2D image par image, à grands renforts d’aquarelles pour les décors et plans larges. Ce qui donne un cachet à l’ouvrage, qui fait flotter un doux parfum d’authenticité des plus enivrant. De quoi faire replonger en enfance le public adulte que nous sommes de par cette mise en scène traditionnelle, qui rend vraiment bien à l’écran.

Avec Princesse Dragon, les studios Ankama démontrent leur savoir-faire en nous invitant à un voyage féérique dans l’univers du conte. Aux manettes de ce projet, Jean-Jacques Denis et Anthony Roux font transpirer leur amour de l’animation traditionnelle à l’écran. En résulte un long-métrage d’excellente facture, qui plaira aux jeunes de sept à soixante-dix-sept ans, grâce à son écriture pertinente, qui n’oublie pas de dénoncer l’inégalité et la différence au travers d’une aventure fantastique. De quoi allier authenticité et modernité, pour une fable réussie.

© Gebeka Films

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