Cinq ans après la tentative de Paul Feig de ressusciter l’univers avec un reboot 100% féminin qui aura moyennement convaincu les critiques et le public, S.O.S. Fantômes fait son retour sur grand écran avec une suite officielle aux deux longs-métrages d’Ivan Reitman, intitulée S.O.S. Fantômes : L’Héritage. Réalisée par son fils Jason Reitman et comprenant au casting Carrie Coon, Finn Wolfhard, McKenna Grace, Logan Kim ou encore Paul Rudd, celle-ci suit une mère célibataire et ses enfants alors qu’ils partent s’installer dans une petite ville pour découvrir ce que leur a légué son père, lié aux célèbres chasseurs de fantômes…

Longtemps espérée mais jamais concrétisée, la troisième aventure de S.O.S. Fantômes sera restée une arlésienne durant près de trente ans, celle-ci se développant par ailleurs hors du monde du septième art, devenant en quelque sorte une réalité dans le domaine vidéoludique. En effet, rappelons que la trame officielle de ce long-métrage, écrite par Dan Aykroyd et Harold Ramis a été transposée dans le jeu-vidéo édité par Atari en 2009, qui voyait le retour vocal de l’ensemble de nos experts du paranormal – pour le plus grand bonheur des fans. Si l’on pensait la franchise éteinte après le décès de Ramis – survenu en 2014 – celle-ci est revenue d’entre les limbes, réanimée par Sony Pictures, bien déterminé à faire ressurgir revenants et spectres sur grand écran.

Après l’essai infructueux de Paul Feig, qui a tenté de partir vers une nouvelle direction avec un spin-off féminin, le studio s’est décidé à revenir aux sources pour sa prochaine tentative, ce qui nous amène à S.O.S. Fantômes : L’Héritage, un titre qui sied à merveille à ce film qui fait désormais office de troisième épisode. Que ce soit devant et derrière la caméra, nous assistons à un passage de flambeau entre deux générations, pour ce qui se révèle être un opus introspectif rendant hommage aux éléments ayant fait le charme de la saga. En clair, nous sommes en présence d’une lettre d’amour d’un fils à l’œuvre de son père, Jason Reitman prenant le relais d’Ivan avec l’envie de nous montrer en quoi l’univers Ghostbusters est intemporel, pour un voyage fantasmagorique vers les reliques du passé. En résulte un instant figé où la nostalgie vient se mêler à une note d’amertume, deux ingrédients servant à faire redémarrer l’Ecto-1 et à l’amener sur la route des souvenirs.

Officiant également au scénario, aux côtés de Gil Kenan, Jason Reitman fait ainsi flotter le doux parfum des années 80 en s’inspirant des productions Amblin de l’époque, s’attelant à un travail de mémoire par le biais d’une intrigue destinée à nous rappeler ce qu’était l’essence de S.O.S Fantômes. Pour s’y faire, se met en place le classique schéma du fossé entre les générations, les faits d’antan résonnant dans l’esprit de jeunes protagonistes. Certain diront que l’effet Stranger Things est passé par là, ce que la présence au casting de Finn Wolfhard exacerbe soit-dit en passant, mais ici l’idée est de jouer sur la transmission. Quoi de plus naturel que de l’évoquer au travers du lien parent/enfant ? Tel est le procédé utilisé par le réalisateur, qui, après une scène d’introduction efficace – nous donnant les pistes nécessaire sur la tournure que vont prendre les événements – concentre toute son énergie sur une étude de la cellule familiale. De quoi amener la franchise sur un chemin plus escarpé, tout en conciliant passé et présent.

Suite au décès de son père, Callie, une mère célibataire avec deux enfants ayant du mal à joindre les deux bouts part s’installer avec ces derniers dans la maison léguée par son géniteur – qu’elle n’a quasiment pas connu. Une figure absente qui va se rappeler au bon souvenir de tout le monde alors que les jeunes Trevor et Phoebe déterrent progressivement des artéfacts d’une époque pas si lointaine. Les liens du sang et du cœur vont s’entremêler alors que réapparaît dans les têtes l’esprit de S.O.S. Fantômes, prenant corps via les trouvailles de son héroïne principale, incarnée par une McKenna Grace prouvant une fois de plus qu’elle a tout d’une grande pour son âge, l’actrice étant la carte maîtresse du film. Son exploration d’un monde – jusque là inconnu à ses yeux – de même que sa relation avec vivants et morts servent de moteur à ce périple dans l’Amérique profonde. Un changement de cadre qui convient plutôt bien à la démarche de Jason Reitman, donnant du corps à son approche disons-le plus sentimentale, permettant de resserrer sa caméra sur ses personnages, le plus souvent isolés dans ces décors grandeur nature.

Parlons désormais du nerf de la guerre, cette volonté de créer un pont avec la mythologie propre à la saga, qui part d’une bonne intention. Cette dimension nostalgique a ses bons comme ses mauvais côtés, les clins d’œil à l’historique de S.O.S. Fantômes étant plaisant pour les aficionados de même que la notion de fan-service, qui à un rôle précis dans l’intrigue et n’est pas purement gratuit. D’ailleurs, faire planer le spectre d’Harold Ramis sur le long-métrage était une excellente idée, permettant de saluer le comédien et de tisser un lien entre l’équipe créative et le spectateur. Cela ajoute un aspect doux-amer à ce volet, concluant ce passage de relais avec sincérité. Mais reconnaissons malgré tout que ces appels constants du passé viennent mettre à mal le dernier acte de L’Héritage, qui nous ressort un climax quasi-identique au film original de 1984, venant par ailleurs casser la dynamique précédemment instaurée. De plus, cela vient reléguer Carrie Coon et Paul Rudd au second plan, ce qui est d’autant plus dommageable car leur personnage ont du potentiel.

Après, soyons honnêtes, S.O.S. Fantômes : Le Jeu Vidéo se reposait également sur le fan-service. Si cela ne gêne pas outre-mesure, il aurait peut-être bénéfique pour Jason Reitman de changer la structure de cet ‘affrontement final’ et de proposer une menace d’un autre acabit – pour parachever cette réflexion sur le poids de l’héritage et le fait d’avancer tout en n’oubliant pas d’où l’on vient. Le metteur en scène en garde sous la pédale et il ne serait pas surprenant de revoir dans quelques années réapparaître nos casseurs de fantômes à l’écran, les graines étant plantées pour faire germer de nouvelles aventures.

Parvenant à se saisir de l’essence de la franchise tout en y apportant sa sensibilité, Jason Reitman parvient à prendre la suite de son père sans dénaturer son œuvre, S.O.S. Fantômes : L’Héritage étant un bel hommage à ce qui a fait son succès. Conciliant passé et présent, ce troisième volet se veut une balade mémorielle intimiste, donnant la part belle à une nouvelle génération de personnages. En résulte un sympathique film, qui malgré tout pâtit de temps à autres de problèmes de dosage au niveau de son scénario, le poids de son héritage l’empêchant de prendre de la vitesse en fin de parcours. Ce qui est sûr, c’est que la saga s’offre une parenthèse enchantée plaisante à suivre. Le potentiel est là, il faudra voir désormais sur quel terrain l’Ecto-1 va nous amener dans le futur – qu’il soit proche ou lointain.

© Sony Pictures

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