Deux ans après Mais Vous Êtes Fous, Audrey Diwan revient derrière la camera avec L’Evénement, adaptation du roman éponyme d’Annie Ernaux comprenant au casting Anamaria Vartolomei, Kacey Mottet Klein, Luàna Bajrami, Louise Orry-Diquéro, Louise Chevillotte, Pio Marmaï, Sandrine Bonnaire et Anna Mouglalis. Présenté en avant-première lors de la vingt-deuxième édition de l’Arras Film Festival, le long-métrage sur le parcours d’Anne, une étudiante promise à un bel avenir découvrant qu’elle est enceinte…

L’incursion d’Audrey Diwan dans le monde du septième art se poursuit sur une note prometteuse, la scénariste prouvant qu’elle est également une réalisatrice talentueuse, transformant l’essai avec son second long-métrage, L’Evénement. Un drame mené d’une main de maître qui évoque frontalement la question de l’avortement et de la condition féminine, par le biais d’un combat acharné pour faire valoir ses choix et assumer de disposer de son corps comme bon lui semble.

Adaptée du roman éponyme d’Annie Ernaux, qui a une valeur autobiographique, cette œuvre nous dépeint avec force une réalité qui n’est pas si lointaine, où la Loi Veil n’avait pas encore fait évoluer les mentalités et qu’une épée de Damoclès flottait au-dessus de la tête de toutes les françaises. Situé dans les années 60, le film se veut ainsi un hommage à toutes celles qui ont bravé la loi au péril de leur vie, pour accomplir ce qui est désormais un droit fondamental. Avorter. Ce retour en arrière, à une époque où cet acte était considéré comme illégal et passible d’une peine de prison, permet de remettre en perspective une cause qui méritait d’être défendue – comme le démontre intelligemment son scénario, décrivant un chemin de croix, celui d’Anne, une étudiante qui se consacre avant tout à ses études. Elève dans le Secondaire, le jeune femme arrive à une étape clé de sa scolarité, sa réussite ou non aux examens conditionnant son futur.

Un avenir qui se floute dès lors que notre héroïne apprend qu’elle est enceinte, une surprise faisant l’effet d’une bombe, remettant en question tous ses projets. De cette annonce, s’engage une odyssée intimiste âpre et viscérale, qui prend des allures de compte à rebours. Divisé en plusieurs chapitres, nous rapprochant de semaines en semaines de la date butoir où la grossesse ne pourra plus être interrompue, L’Evénement est une course contre la montre gagnant progressivement en intensité tandis que l’inéluctable tend à devenir réalité. Déterminée à ne pas faire une croix sur ses ambitions, Anne se lance en quête d’un moyen pour avorter – ce qui s’apparente à foncer droit dans le mur à une période où bien-pensance et patriarcat règnent en maître.

Face à des médecins peu enclins à aider et des camarades de classe ne voulant aborder ce sujet ô combien tabou, notre protagoniste ne peut compter que sur son courage et son abnégation pour aller jusqu’au bout de sa démarche. Cet esprit frondeur, symbole de la lutte féministe, vient se confronter à un puritanisme et à des diktats d’un autre temps, servant le propos politique du film – finement explicité. Les épreuves traversées par Anne, et tant d’autres – véridiques – servent de ce fait d’exemples probants à la légitimité de l’action de Simone Veil. L’isolation et la violence inhérente à une telle situation sont parfaitement décrites, notamment lors de deux scènes clés en fin de métrage, où Audrey Diwan nous fait ressentir la douleur de son personnage grâce à une mise en scène des plus travaillées.

D’ailleurs sa réalisation est l’un des nombreux points fort de ce drame, avec un sens du cadrage soigné où le corps est filmé sans fards, où le regard a une place prépondérant, que ce soit celui d’Anne ou des autres protagonistes. Des excellents choix de mise en scène, qui viennent apporter de la substance au scénario et servent à mettre ne lumière la prestation électrique d’Anamaria Vartolomei, qui impressionne en donnant le maximum d’elle-même, portant L’Evénement sur ses épaules.

Adaptant avec justesse le roman d’Annie Erneaux, Audrey Diwan frappe un grand coup avec L’Evénement, un second long-métrage maîtrisé de bout en bout, que ce soit au niveau du scénario, de la mise en scène et de la direction d’acteurs. Manifeste pour la liberté de choix des femmes, ce drame intimiste symbolise avec intensité le combat pour disposer de son corps, dénonçant le conservatisme et la bien-pensance à travers un chemin de croix viscéral.

© PROKINO Filmverleih GmbH

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