Trois ans après La Fête Des Mères, Marie-Castille Mention-Schaar revient derrière la caméra avec A Good Man, qui comprend au casting Noémie Merlant, Soko, Vincent Dedienne, Alysson Paradis, Jonas Ben Ahmed ou encore Anne Loiret. Présenté en avant-première lors de la vingt-deuxième édition de l’Arras Film Festival, le long-métrage se centre sur Aude et Benjamin, un couple aimant mis face aux difficultés inhérentes au désir d’enfanter, qui va bousculer leur existence…

Avec A Good Man, Marie-Castille Mention-Schaar s’empare d’un sujet pour le moins délicat, à savoir la transidentité, pour livrer un drame à fleur de peau abordant pêle-mêle l’acceptation de soi, le regard des autres et le désir de maternité, donnant lieu à un long-métrage qui malgré ses qualités indéniables divisera à coup sûr doute les spectateurs – de par ses choix artistiques.

A l’origine de ce nouveau film, un documentaire intitulé Coby, revenant sur la transition de Jacob Hunt. sous le regard bienveillant de son demi-frère Christian Sonderegger, metteur en scène de cette œuvre présentée notamment au festival de Cannes en 2017 – dans la sélection de l’ACID. Une histoire notamment produite par la réalisatrice, qui s’est inspiré de ce parcours de vie atypique pour concevoir A Good Man, qui se concentre sur le parcours d’un homme transgenre pour être reconnu par la société et par ses proches comme tel, malgré les épreuves, malgré les souffrances. Au cœur des enjeux, la notion de procréation, qui amène à une réflexion sur la non-binéarité, qui se veut pédagogique et s’abstient de tout voyeurisme, le prisme de l’émotion primant sur celui de la démonstration. Ce qui est un bon point, même si la démarche pourra paraître vaine pour certains, sachant que devant et derrière la caméra se trouvent des femmes cisgenres – ce qui a été dénoncé dès l’annonce du projet et qui continuera à l’être.

Ainsi, le choix du rôle principal – celui de Benjamin – qui s’est porté sur Noémie Merlant, une fidèle collaboratrice de Marie-Castille Mention-Schaar sera plus ou moins accepté selon la sensibilité de chacun, ce qui pourra nourrir le débat sur la visibilité des acteurs trans. Passée cette problématique, on ne peut nier que l’actrice s’en sort avec les honneurs, portant A Good Man sur ses épaules avec une prestation remarquée dans la peau de ce personnage sensible ne cherchant qu’à s’épanouir dans un corps qui n’était pas le sien à la naissance et à couler des jours heureux avec la femme qu’il aime. Cette relation de couple est d’ailleurs le moteur de ce drame, servant à expliciter la problématique de l’enfantement, qui touche tout le monde peu importe son sexe. En se focalisant sur cette thématique, le scénario co-écrit par la réalisatrice et Christian Sonderegger – dont la connaissance du sujet apporte une plus-value quant au réalisme- s’accroche sur des notions universalistes, l’amour étant une voie d’entrée facilement accessible pour capter l’attention du public.

De ce fait, l’intrigue du long-métrage s’articule autour de la relation liant Benjamin et sa compagne Aude, qui ont su traverser les tempêtes pour vivre heureux, loin des regards désapprobateurs. Expatriés sur l’île de Groix, en Bretagne, nos tourtereaux, lui infirmer, elle danseuse, regardent vers l’horizon avec l’espoir de jours meilleurs. Dans ce cocon qu’est le leur, l’envie de fonder une famille prend le pas sur tout le reste, ce désir emportant tout sur son passage, quitte à provoquer un raz-de-marée. En partant de la conception et de ses difficultés, le scénario évoque le transsexualisme avec pudeur, en privilégiant l’aspect psychologique propre à ce parcours transitoire. Ce qui importe est l’état d’esprit de notre protagoniste et de ses proches, alors qu’une décision radicale est prise pour combler ce manque d’enfant. Suite à l’échec de plusieurs fécondation in vitro, Benjamin prend le relais de sa bien-aimé, acceptant de porter leur futur bébé.

Un défi de taille car venant complexifier sa situation personnelle, lui qui était à l’aube d’une opération essentielle pour compléter sa transformation physique. Attendant d’être finalement considérer comme un homme au yeux de la société et de la loi, ce dernier prend à la fois le rôle du père et de la mère, fragilisant les bases de son couple pourtant si solides, de même que ses relations avec son frère. Si au niveau des dialogues, quelques répliques apparaissent comme didactiques, notamment lors de certaines confrontations, dans sa globalité l’écriture est soignée. A travers cette grossesse se reflètent les traumatismes et les doutes du passé, pour un voyage introspectif tumultueux, finement tracé. Au cœur de ce cadre isolé qu’est l’île de Groix, qu’elle met en scène de manière élégante, Marie-Castille Mention-Schaar s’emploie à une étude de personnages maitrisée, évitant tout pathos pour traiter de la condition de Benjamin et de sa quête identitaire, essentielle à l’intrigue.

Avec A Good Man, Marie-Castille Mention-Schaar se base sur des faits réels pour nous inviter à l’introspection avec une délicate histoire d’amour et de désir. Un désir d’affirmation, un désir de maternité, qui prennent corps dans un drame évitant tout voyeurisme, amenant à aborder la transsexualité et la non-binéarité avec un certain tact. Non sans défauts, avec notamment des choix artistiques discutables selon les opinions, ce long-métrage n’en reste pas moins délicat, avec des prestations solides à la clé. Ce qui est sûr, c’est que A Good Man appelle au débat et divisera selon les sensibilités. A chacun de se faire son avis sur la question.

© Pyramide Distribution

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