Six ans après Les Anarchistes, Elie Wajeman fait son retour derrière la caméra avec Médecin De Nuit, qui réunit au casting Vincent Macaigne, Sara Giraudeau, Pio Marmaï, Sarah Le Picard, Enst Umhauer, Florence Janas ou encore Thibault Fraisse et nous fait suivre les déambulations nocturnes d’un médecin à travers les quartiers difficiles de la capitale…

Avec Médecin De Nuit, Elie Wajeman signe un film noir à l’atmosphère poisseuse nous immergeant avec intensité dans les bas-fonds de la société pour mieux sonder les abîmes de l’âme, donnant lieu à une virée crépusculaire teintée de désespoir, permettant à Vincent Macaigne de montrer son côté sombre, ce qui lui va à ravir.

S’enfonçant progressivement vers l’obscurité, le long-métrage se concentre sur la croisée des chemins d’un médecin qui, durant sa ronde nocturne, tente de reprendre le contrôle sur sa vie et de sortir de la spirale dans laquelle il s’est enfermé. Reprendre son destin en main et espérer revenir vers la lumière telle est la volonté de Mikaël, qui sillonne les quartiers populaires de Paris du coucher du soleil jusqu’à l’aube oscillant entre consultations et petites magouilles. Se voulant un thriller urbain, le scénario, co-écrit par la réalisateur et Agnès Feuvre convoque les esprits de Martin Scorsese et de Spike Lee pour offrir une vision désabusée de notre époque, révélant sa complexité quand la ville dort.

S’il erre comme une âme en peine au sein du domicile conjugal, étant aux abonnés absents en tant que père et mari, notre protagoniste principal se révèle une fois la nuit tombée, agissant en sauveur à la fois pour ses patients légaux et illégaux, notre professionnel de la santé prenant en charge les toxicomanes des environs avec des prescriptions de Subutex, destiné à calmer leur état de manque. Une pratique pour le moins discutable déontologiquement, qui émane d’une collaboration frauduleuse avec Dimitri, son cousin pharmacien, qui veut profiter davantage du système au contraire de notre anti-héros. Voulant sortir la tête hors de l’eau et s’éloigner de cette navigation en eaux troubles, Mikaël va s’engager sur une route salutaire mais ses espoirs vont se voir rattraper par la réalité qui est la sienne.

Médecin De Nuit est ainsi le portrait d’une société en perdition, en quête d’échappatoire, ce que l’on remarque à travers les pérégrinations de chacun, qu’ils choisissent la drogue, l’argent ou l’adultère comme besoin illusoire pour se sentir vivant. Des lueurs viennent par instants redorer ce sombre tableau, à l’image d’un possible futur aux côtés d’humanitaires pour notre médecin, mais au final les ténèbres persistent. Si l’on peut regretter une surplus d’évènements qui mettent quelque peu à mal l’unité de temps, ainsi qu’un triangle amoureux qui paraît de trop, on se laisse tout de même embarquer dans cette histoire prenant une tournure malsaine, alors que la trajectoire de notre toubib bascule.

Ce qui fonctionne avant tout dans cette troisième réalisation, qui est à ce jour le meilleur ouvrage de Wajeman, est le soin porté à la tension avec l’instauration d’une ambiance électrique, sorte d’oiseau de mauvais augure planant autour de nos personnages jusqu’au point de non-retour. Un sens de l’implacabilité qui fait la qualité première du film, amenant le spectateur à attendre dans une certain angoisse que la situation s’envenime alors que la combine dans laquelle trempent le médecin et son cousin de pharmacien offre des perspectives peu rassurantes. Vincent Macaigne et Pio Marmaï se sont pas en reste dans l’établissement de ce climat anxiogène, les deux acteurs sachant savamment joué avec l’ambiguïté de leur personnage pour que l’on croit au délitement de la relation entre Mikaël et Dimitri. Si Sara Giraudeau et Sarah Le Picard ne déméritent pas, les prestations que l’on retient réellement sont ceux de notre tandem central, avec un préférence pour Macaigne, qui casse avec brio son image bienveillante et électrise l’écran.

Après deux essais passés quelque peu inaperçu, Elie Wajeman attire l’attention avec Médecin De Nuit, thriller moite nous offrant une plongée sombre et mélancolique dans un Paris nocturne où le désespoir règne en maître, lieu central de la déambulation de Vincent Macaigne vers l’obscurité – pour un résultat convaincant. Une bonne surprise.

© Diaphana Distribution

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