Après avoir collaboré sur le court-métrage King, les réalisateurs danois Anders Ølholm et Frederik Louis Hviid se retrouvent derrière la caméra pour Shorta, long-métrage commun qui comprend au casing Jacob Lohmann (The Guilty, Valhalla), Simon Sears (Au Nom Du Père) et Tarek Zayat, nous entraînant dans une banlieue de Copenhague incandescente à la suite d’une bavure policière…

Avec Shorta, le tandem Anders Ølholm et Frederik Louis Hviid livrent une première œuvre tendue nous plongeant en plein chaos avec un polar pour le moins musclé qui traite avec force de sujets brûlants et d’actualités, pour ce qui se révèle un portrait plus complexe qu’il n’y paraît de deux entités qui ne se comprennent plus.

Se voulant un film de genre à part entière, le long-métrage délaisse quelque peu la notion de réalisme pour un certain sensationnalisme, ce qui n’est pas une mauvais chose en soi car permettant de souligner à travers un climat anxiogène ce fossé séparant deux fanges de la population. Pour se faire, nos scénaristes et réalisateurs danois s’appliquent à exposer les problèmes inhérents à l’image de la banlieue, qui prennent corps sur l’autel des violence policières, deux thématiques sensibles qui fusionnent pour un cocktail explosif. C’est ainsi que nous suivons Jens et Mike, deux gardiens de la paix que tout oppose, qui se retrouvent entre deux feux à la suite d’une patrouille alors que la banlieue de Copenhague s’embrase suite au décès d’un adolescent survenu en pleine garde à vue.

Un évènement tragique qui sert de moteur à l’intrigue car point de friction prenant des proportions démesurées aussi bien chez nos forces de l’ordre que dans l’enceinte des quartiers populaires de la ville. Ainsi, alors qu’ils procèdent à l’arrestation – plus ou moins arbitraire – d’un jeune, les gardiens de la paix se retrouvent face à une population hostile, qui les poussent à prendre la fuite et de s’enfoncer dans les entrailles de cette enclave de béton, afin de s’extirper de cette situation bouillante où leur vie est clairement en jeu. Considérés comme les ennemis à abattre et devant se frayer un chemin entre les blocs pour se sortir de ce nid de guêpes, alors les émeutes se multiplient, nos flics et leur camarade d’infortune vont se retrouver au plein cœur de la tempête.

S’engage alors traque dans cette cité prête à craquer, pour une plongée dans une spirale infernale où l’intensité gagne progressivement du terrain alors que les esprits s’échauffent de toutes parts. Anders Ølholm et Frederik Louis Hviid tirent profit de cette ambiance anarchique pour dresser un constat amer sur une société à couteaux tirés, qui se complaît dans la facilité et les amalgames plutôt que de comprendre l’autre. Ainsi, Shorta examine ce rapport de force entre la police et certaines catégories sociales, qui se nourrit de la haine et entraîne des débordements, mettant son duo principal face à cette problématique. La violence des deux partis est évoqué, en évitant de s’enfoncer dans un manichéisme simpliste et vain, chacun ayant sa part de responsabilité dans ce conflit semblant sans fin. Cela se traduit d’ailleurs dans la détérioration de la relation entre nos hommes de lois, qui voient leur antagonisme se renforcer tandis que l’étau se resserre sur eux.

Grâce à l’interprétation fébrile de Jacob Lohmann et Simon Sears, les failles de ces personnages – aux méthodes et pensées opposées – se font ressentir à l’écran et ajoutent un supplément d’intensité à l’ensemble alors que leur intégrité ainsi que leurs préjugés volent en éclats. Outre la prestation des acteurs, ce qui retient l’attention est le soin porté à la mise en scène, Anders Ølholm et Frederik Louis Hviid se servant des codes du thriller pour nourrir ce chaos ambiant, avec un attrait particulier pour le hors-champ, qui devient symbole de menace et instaure un malaise palpable. Ces bâtiments, ces couloirs exigus deviennent rapidement des lieux d’insécurité tandis que l’obscurité prend le pas sur la clarté, avec un dernier acte où l’ennemi n’a pas de visage, caché sous un capuche et devenant une ombre surgissant de la nuit, un effet que l’on doit à la photographie de Jacob Møller, qui ajoute un certain poids à l’atmosphère du film.

Avec Shorta, leur première œuvre commune, Anders Ølholm et Frederik Louis Hviid naviguent en eaux troubles pour un polar qui sent le souffre, traitant sous forme de thriller de thématiques ô combien d’actualités avec un angle d’attaque brutal contrebalancé par une analyse nuancée de la crise sociale et sécuritaire qui touche la plupart des démocraties occidentales. Malgré un sombre propos, nos réalisateurs laissent tout de même poindre par instants une infime dose d’optimisme, en nous montrant que derrière l’on peut surpasser la violence et la haine de l’autre, pour se mettre à accepter son prochain et le comprendre.

Alba Films

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