Après avoir supervisé l’écriture de la deuxième saison de Killing Eve et interprété Camilla Shand/Parker-Bowles dans The Crown ces dernières années, l’actrice et scénariste britannique Emerald Fennell s’attèle à une nouvelle expérience en réalisant son premier long-métrage, intitulé Promising Young Woman. Comprenant au casting Carey Mulligan, Bo Burnham, Alison Brie, Clancy Brown, Jennifer Coolidge, Laverne Cox ou encore Connie Britton, celui-ci se centre sur le parcours sinueux de Cassie, une jeune femme bouleversée par un traumatisme passé, qui l’a amené à un changement de vie radical…

Pour sa première réalisation, Emerald Fennell flirte entre le thriller et le revenge-movie pour mieux en détricoter les codes, Promising Young Woman bousculant les attendus en se voulant une œuvre post Me-Too dénonçant frontalement la question des violences sexuelles, pour un résultat pour le moins percutant.

Pour évoquer ce thème fort et tristement d’actualité, la réalisatrice – qui signe également le scénario du film – joue la carte de la causticité plutôt que la provocation, bifurquant du schéma-type du rape and revenge pour s’aventurer dans le domaine de la comédie noire. Une décision se révélant rapidement pertinente car permettant d’instaurer un malaise palpable en grossissant le trait sur les éléments déterminants de la culture du viol, que ce soit la masculinité toxique ou la banalisation des agressions subies généralement par la gente féminine. Ainsi, sous couvert d’une ambiance pop, Emerald Fennell gratte sous la surface et pervertit un tableau aux couleurs vives pour l’assombrir et ce afin de mettre en exergue sa dénonciation de cette société patriarcale dans laquelle nous naviguons.

Tout est question d’apparence dans Promising Young Woman qui prend un malin plaisir à nous emmener là où on ne l’attendait pas, nous déroutant volontairement vers une quête vengeresse non pas sanguinolente – comme on aurait pu le croire – mais plutôt psychologique, destinée à nous déstabiliser. Ce qui est effectivement le cas. L’intrigue nous fait suivre Cassie – interprétée par une Carey Mulligan étonnante et détonnante – une ancienne étudiante en médecine ayant tout plaqué suite à une perte personnelle, qui l’a transformé à jamais. Travaillant dans un café le jour, notre jeune femme à l’apparence angélique se transforme en justicière la nuit, feintant l’ivresse pour attirer dans ses filets ces hommes bien sous tous rapports qui sont en réalité mal intentionnés, voulant tirer avantage d’une telle situation. Des pervers qui regrettent vite de vouloir s’en prendre à notre protagoniste dès lors qu’elle révèle son véritable visage, se voyant ramener à leur statut de prédateur, de quoi leur couper toute envie et les couvrir de honte.

Ce sentiment, que peut ressentir toute victime, devrait prédominé chez tout coupable et telle est la mission que s’est fixée Cassie, cherchant à inverser cette balance en hommage à sa meilleure amie, disparue tragiquement après avoir mis fin à ses jours. Une conséquence d’un viol impuni, qui va revenir hanter notre anti-héroïne alors que son passé revient à la surface tandis qu’elle se met à fréquenter un ancien camarade de promo. La cicatrice béante laissée par ces événements traumatiques va alors se rouvrir pour notre anti-héroïne, qui s’engage vers une entreprise de destruction mutuelle assurée avec tous ceux ayant joué un rôle dans ce drame. Particulièrement retors, les manœuvres mises en place par notre personnage principal pour mettre l’auteur de cet acte ignoble et ses complices face à leur responsabilité nous amènent vers un constat amer sur la justice et l’impunité.

Si certains choix scénaristiques pourront faire tiquer, notamment dans un dernier acte penchant vers le sordide, force est de constater que la parenthèse désenchantée proposée par Emerald Fennell fait son effet, laissant de temps à autres la subtilité au vestiaire pour alerter le public sur les dérives de cette société patriarcale. Certains pourront s’en trouver décontenancer mais tel est le but de la démarche de la réalisatrice et au final cela fonctionne.

S’il n’est pas exempt de maladresses, Promising Young Woman est un premier essai pour le moins remarqué pour Emerald Fennell, qui ne prend pas de gants pour dénoncer – à juste titre – une culture du viol omniprésente qui mérite de disparaître. Une critique qui s’effectue par le biais d’une comédie noire pop et acidulée portée par une Carey Mulligan habitée, dont la partition ambiguë se marie à merveille à l’ambiance glauque et déstabilisante établie par la réalisatrice.

© Universal Pictures

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s