[Critique] Better Call Saul saison 5 : it’s all good, man !

Spin-off de Breaking Bad centré sur le personnage de Saul Goodman (Bob Odenkirk), l’avocat véreux collaborant avec Walter White (Bryan Cranston) et Jesse Pinkman (Aaron Paul), Better Call Saul n’a jamais eu la renommée de la série mère, ce qui est regrettable tant la création de Peter Gould et Vince Gilligan a su trouver son propre ton et sa voie tout en s’imprégnant de celle tracée par sa grande soeur, pour une combinaison qui a su progressivement devenir homogène et un résultat qui tient toutes ses promesses.

Si nous avions prévu depuis des années de ce préquel lors d’une rétrospective dès lors qu’elle sera achevée (les treize derniers épisodes seront diffusés entre 2021 et 2022), la qualité exemplaire de la cinquième saison, qui vient tout juste de se terminer sur AMC et Netflix, nous a poussé à vous parler dès à présent de la lente transformation de Jimmy McGill en Saul Goodman car elle vaut clairement le coup d’oeil.

Après plus d’un an et demi d’attente, la cinquième saison de Better Call Saul a enfin fait son arrivée et l’on peut sans nul dire que notre attente a été récompensée, tant celle-ci est maîtrisée, surpassant les précédentes.

La quatrième saison se concluait sur l’audition réussie de Jimmy pour récupérer sa licence d’avocat, ce dernier révélait avoir sciemment joué la comédie pour attendrir le jury, au grand dam de sa compagne Kim (Rhea Seehorn), effarée en plus d’apprendre que pour son retour aux affaires, son homme allait prendre un nom d’emprunt, Saul Goodman…
Avec une telle fin, on ne pouvait que s’attendre à voir le facétieux personnage se révéler et assister aux premiers « exploits » de l’avocat criminel et ce fut le cas. Si c’est à la fois un plaisir et une source d’inquiétude, car nous savons que le chemin emprunté mènera au chaos, l’émergence de Saul est traitée avec intelligence par l’équipe créative.

La dualité entre Jimmy et son alter-ego est exacerbée alors que la frontière entre la légalité et l’illégalité s’efface sur l’autel du profit et des petites combines, comme mis en lumière lors de la première partie de saison où l’appel de l’argent sera plus forte que l’équilibre de sa vie privée, conclusion désarmante à la clé. Par la suite, la présence et la pression cartel s’invite dans l’existence de notre avocat pour mieux altérer son évolution culminant en un dyptique sublime dans les plaines désertiques entre Albuquerque et le Mexique, où la part d’innocence restante de notre homme s’envole, pour un traversée pour le moins marquante. Bob Odenkirk est toujours aussi impliqué dans son rôle et brille en ajoutant de nouvelles nuances à son jeu, parvenant à passer du coq à l’âne en jonglant entre Jimmy et Saul.

Alors que précédemment, les histoires du cartel n’impliquait pas le tandem Jimmy/Kim, cette saison, celles-ci se propagent à la majorité des storylines, pour un mariage réussi puisque voir les balbutiements de Saul dans ce milieu offre une énergie et un gain de maturité bienvenue, permettant à Better Call Saul à jouer dans la même cour de Breaking Bad et de l’égaler sans problème. Si la guerre des nerfs entre Gus et Lalo prend de l’ampleur pour un résultat explosif et violent, rendu possible grâce à l’imprévisibilité du dernier Salamanca introduit dans l’univers, faisant souffler le chaud et le froid pour des moments de grandes tensions (dans les deux derniers épisodes le personnage s’intensifie et fout clairement les jetons, incarné avec délectation par Tony Dalton qui s’éclate dans la peau du criminel).

Au milieu de tout cela, Mike se remet difficilement de son action de la saison passée, ce qui prend du temps mais cette descente aux enfers renforce notre affect pour notre homme de main, aidé par l’interprétation sans faille de Jonathan Banks qui, après avoir été touchant, renoue avec son côté implacable dans le dernier tiers de cette cinquième saison. De plus son association avec Jimmy s’accentue et nous avons les bases de leur relation future. Nacho est également pris entre deux feux et sa trajectoire ne cesse de nous remémorer celle de Jesse, le pauvre ne pouvant s’échapper du sac de nœud dans lequel il est empêtré depuis plusieurs saisons et son parcours du combattant est douloureux, Michael Nando livrant une prestation dramatique qui fait son effet.
Quant à Howard Hamlin, si sa présence est fantomatique, se résumant à un running-gag sur une proposition d’emploi, ce qui s’annonce pour lui dans la prochaine saison est plus qu’intriguant et devrait permettre à Patrick Fabian d’avoir du matériel niveau interprétation. Une pause récréative avant la tempête pour notre avocat de HHM.

Terminons avec le meilleur personnage de la série, la seule et unique Kim Wexler qui, cette fois encore surpasse tout le monde. Tout comme Nacho, le flou règne quant à son futur, n’existant pas dans Breaking Bad et les scénaristes s’en amusent en l’amenant vers un destin imprévisible. Nous avons tout d’abord eu peur pour sa carrière puis peur pour son couple lorsqu’elle a oscillé en eaux troubles concernant un dossier de son cabinet pour Mesa Verde, s’acoquinant avec son cher Jimmy/Saul pour un jeu plus que dangereux, qui a débouché sur une proposition surprenante. Mais ce sont les deux derniers épisodes qui nous ont fait craindre le pire pour cette dernière avec une confrontation épique à la clé qui ne font que prouver que Kim Wexler est la meilleure chose qui soit arrivée à Better Call Saul. Rhea Seehorn est une nouvelle fois parfaite, électrisant l’écran rien qu’avec un regard ou un souffle et mettant tous ses camarades de jeu à l’amande lorsque l’intensité est au rendez-vous. Ses confrontations avec Bob Odenkirk ou Tony Dalton sont parmi les heures de gloire de cette saison. Du grand art.

Si l’écriture est comme d’habitude à un niveau exceptionnel, Peter Gould (qui a supervisé la saison, Vince Gilligan ayant lâché du lest pour s’occuper de El Camino) et ses scénaristes proposant des scripts solides, pour une trame générale uniforme et dix épisodes de haut vol, les meilleurs de la série, la réalisation n’est pas en reste. Déjà l’un des points forts depuis ses débuts, la mise en scène passe là aussi à un stade supérieur, surpassant sa grande soeur. Entre la séquence de la glace mangée par les fourmis, représentant l’esprit corrompu de notre avocat ou le plan sur le visage de Jimmy et son reflet, symbole de sa dualité interne, chaque détail sublime le scénario et au niveau des paysages, nous avons une fois de plus l’impression de regarder une oeuvre d’art. Tout cela prend son sens dans le remarquable et flamboyant 5×09 – Transporteur le seul épisode réalisé par Gilligan cette année, qui est de toute beauté avec ce mélange d’action et d’introspection, renforcé par la certaine poésie des scènes menées par Jimmy et Mike dans l’infinité désertique du Nouveau-Mexique.

La cinquième saison de Better Call Saul frôle la perfection et offre un grand moment de télévision, conjuguant à merveille ce qui fait sa force et ce qui faisait le charme de Breaking Bad. Alors que nous nous rapprochons inexorablement de la fin, le basculement de Jimmy McGill vers le côté obscur recèle d’éléments de surprise ne cessant d’ajouter de l’épaisseur au personnage. Si nous connaissons dans les grandes lignes où ce dernier va terminer et où la guerre du cartel nous mènera, la véritable inconnue quant au futur de la série concerne principalement Kim Wexler et la route qui s’ouvre devant elle à l’aube de cette dernière salve d’épisodes est plus que réjouissante même si inquiétante. 

BetterCallSaul

© AMC

 

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