[Critique] Once Upon A Time…In Hollywood, gloires du passé

Trois ans après Les Huit Salopards, Quentin Tarantino est de retour à la réalisation avec son neuvième film intitulé Once Upon A Time…In Hollywood, pour lequel il s’est entouré entre autres de Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Margot Robbie, Al Pacino, Emile Hirsch, Julia Butters, Timothy Olyphant ou encore Margaret Qualley pour nous conter le destin de personnalités de l’industrie cinématographique des années 60, un époque charnière avec l’arrivée du « Nouvel Hollywood »…

Avec Once Upon A Time…In Hollywood, Quentin Tarantino nous transporte de l’autre côté de l’écran et nous révèle les coulisses d’une industrie en plein bouleversement pour nous offrir une ode au septième art et à ses artisans .

L’amour de Tarantino pour le cinéma transpire dans chaque pore du long-métrage et nous transporte facilement dans ce conte nostalgique d’une période révolue. Le spleen s’invite dans la Cité des Anges à travers le parcours du duo central du film à savoir Rick Dalton et Cliff Booth, un acteur sur le déclin et sa doublure, qui déambulent dans un univers qui ne leur ressemblent plus, un monde qui change plus rapidement qu’espérer.

Se centrer sur le monde du petit et du grand écran permet de nous dévoiler l’envers du décor au sein des studios et de mettre en lumière les hommes et les femmes qui ont rendu possible ce voyage vers l’imaginaire que propose le cinéma et qui fait rêver des millions de spectateurs. La filmographie de Tarantino a toujours été marquée par ses nombreux emprunts et clins d’oeil aux oeuvres qui ont bercé sa cinéphilie et une fois de plus, son neuvième long-métrage est l’occasion pour lui de partager avec le public ce qui a nourrit sa passion, sauf que cette fois-ci, un virage semble s’être amorcé. Once Upon A Time In Hollywood se veut le l’opus le plus intimiste de Quentin Tarantino et le plus mélancolique, une émotion qui transparaît dans le parcours de son tandem central.

Dans les deux storylines avec lesquelles jongle le film, se dessine un contraste entre l’ombre et la lumière, entre le désespoir et l’optimisme, pour un résultat doux-amer qui donne une aura particulière à l’ensemble. Celles-ci s’articulent autour du septième art, domaine qui a été témoin de cette transformation progressive de la société à l’aube des années 70 où culture et contre-culture s’entrechoquent.

Le duo Rick Dalton/Cliff Booth est victime de l’arrivée de ce Nouvel Hollywood : vestiges du passé, leur déclin est inévitable et de la morosité de leur vie respective, ressort leur indéfectible amitié. L’alchimie évidente et palpable entre Leonardo DiCaprio et Brad Pitt est ce qui fait la force de Once Upon A Time…In Hollywood et son moteur. La partition des deux acteurs est exemplaire, chacun parvenant à l’autre la place pour exister. La complémentarité de leur jeu, avec un DiCaprio incarnant avec intensité cet acteur aux abois, à la limite de la dépression et un Pitt imposant dans la peau de ce cascadeur taiseux, flegmatique, qui peut passer du calme à la violence d’un claquement de doigts.

L’intrigue tournant autour de Sharon Tate est quant à elle solaire, rendant grâce à l’actrice, qui symbolisait la nouvelle génération. Les séquences la mettant en valeur sont des interludes qui peuvent dérouter au premier abord, nous demandant où l’on veut nous amener mais qui prend tout sens lors de la conclusion, optimiste et prenant le contre-pied de ce que l’on été en droit d’attendre, connaissant le destin tragique de cette étoile montante. La prestation de Margot Robbie est toute en légèreté, son insouciance et sa joie de vivre venant apporter un contre-poids à la morosité ambiante qui se dégage de ses pendants masculins.
D’ailleurs dans un final à la limite du grand-guignolesque, dans la pure tradition Tarantinesque, la réalité se voit réfutée au profit de la fiction, un choix artistique qui peut là encore dérouter mais en y repensant est compréhensible si l’on repense à la démarche du réalisateur de glorifier ses idoles. Par le biais de la trajectoire nouvelle de Sharon Tate dans le film, la vie est célébrée même si à la fin c’est l’amertume qui prime.

On peut toutefois regretter que la forme semble privilégiée sur le fond car durant ces 2h41 de métrage, les errances des personnages tournent quelque peu à vide à la longue, diminuant au final l’impact émotionnel des messages véhiculés dans le film. Resserrer les différentes intrigues aurait probablement permis de gagner en efficacité niveau rythme tout en ne dédommageant pas l’introspection inhérente de l’oeuvre.

Au niveau de la réalisation donc, rien à redire, Quentin Tarantino retranscrit avec soin le Los Angeles des années 60, avec des décors lumineux et colorés, dignes de décors de cartes postales, un effet renforcé par l’excellent travail de Robert Richardson sur la photographie. S’il s’amuse avec ses digressions habituelles pour rompre le rythme installé, le metteur en scène pose davantage sa caméra pour magnifier ses personnages principaux et achever son éloge de l’âge d’or hollywoodien.

Avec Once Upon A Time…In Hollywood, Quentin Tarantino nous partage son amour inconditionnel du cinéma avec ce conte mélancolique rendant hommage aux artistes ayant donné au septième art ses lettres de noblesse. S’il pâtit de son rythme , cette réflexion sur le métier et l’industrie qui fait rêver tant de monde n’en reste pas moins un exercice de style doux-amer, porté par une distribution de haut-vol, Leonardo DiCaprio et Brad Pitt en tête, donnant le meilleur d’eux-même pour une belle dédicace à la profession.

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