Treize ans après s’être essayé à son premier long-métrage en chair et en os, à savoir Attila Marcel, Sylvain Chomet vient de renouer avec son genre de prédilection, l’animation. Si l’on avait pu se remémorer le savoir-faire du réalisateur lors de la séquence d’ouverture de Joker : Folie à Deux, confectionnée par ses soins, ce dernier s’est finalement attelé à son grand retour dans le milieu du septième art avec un projet synonyme d’hommage à un conteur de renom à travers Marcel et Monsieur Pagnol. Disponible depuis peu en DVD/Blu-ray, le long-métrage porté par les voix de Laurent Lafitte, Géraldine Pailhas, Thierry Garcia se concentre ainsi sur Marcel Pagnol – alors qu’il se replonge dans ses souvenirs d’enfance pour un projet littéraire…
Véritable touche-à-tout, Pagnol aura su faire de son nom une référence et de sa Provence natale un cadre idyllique, que ce soit dans la littérature, au théâtre de même qu’au cinéma. De Topaze à La fameuse trilogie Marseillaise (Marius, Fanny, César) en passant par Le Schpountz, La Gloire de mon Père ou encore Le Château de ma Mère, l’artiste posa avec succès sa patte sur tous les domaines créatifs à sa disposition – son œuvre restant populaire même après sa disparition en 1974. Ce n’est ainsi pas étonnant de voir Sylvain Chomet lui rendre hommage à travers un film se voulant une fresque humaine et historique, retraçant la progressive ascension de l’artiste vers la gloire, vers la reconnaissance.
Avec le style graphique qui lui est propre, mêlant animation traditionnelle 2D agrémentés d’éléments 3D (avec parcimonie) le réalisateur embarque le public dans un biopic se partageant entre passé et présent, entre la grisaille parisienne et les couleurs chatoyantes du Sud afin de dresser le portrait d’un homme en quête perpétuelle d’inspiration. Un point crucial dans le scénario tissé par notre homme, se construisant autour du souvenir, de l’empreinte que l’on laisse en ce bas-monde. Débutant à l’aube des années 60, à une époque où Pagnol – à ce stade académicien – n’a plus rien à prouver, le long-métrage s’engage sur le fil de la mélancolie pour nous offrir un résumé de sa carrière, en s’appuyant sur la réminiscence d’étapes clés de son existence.
Pensant qu’il est temps de tirer sa révérence, notre protagoniste se voit proposer une belle opportunité de la part de la directrice du magazine Elle, qui lui propose d’écrire des articles sous forme de feuilleton littéraire – se consacrant à sa vie. De quoi initier un travail d’introspection pour ce cher Marcel, aidé notamment par le jeune Pagnol, qui lui ouvre la voie pour voyager dans les méandres de son esprit et se reconnecter à lui-même. Un procédé permettant à Sylvain Chomet de proposer des séquences s’arrogeant de la réalité histoire d’insuffler de la poésie sur cette escapade mémorielle qui ne manque pas de charme, son sens du trait et de la narration aidant à se laisser bercer par ce salut sincère à un amoureux des mots, galvanisé par les arts qu’il pratique.
Mais aussi charmant soit-il, Marcel et Monsieur Pagnol a du mal à se hisser à la même hauteur que L’Illusioniste et Les Triplettes de Belleville, manquant de cette folie douce qui caractérisait ces œuvres. Ici, en dépit de quelques instants enlevés, le didactisme est de mise – empêchant cet exercice stylistique de monter en puissance émotionnellement parlant. Il n’empêche qu’il offre un bon résumé de l’impressionnant curriculum vitae de Marcel Pagnol, avec à la clé des anecdotes ignorées de certains, donnant envie de se replonger dans ses romans, ses pièces, ses films.
