Quelques mois après s’être envolé du côté de Netflix via le thriller Trouble, le réalisateur suédois Jon Holmberg vient de débarquer sur grand écran avec Super Charlie. Soit la transposition de la saga littéraire jeunesse à succès de Camilla Läckberg, s’articulant sur les aventures d’un nourrisson doté de pouvoirs hors du commun et de son grand frère – luttant ensemble contre le crime…
Autrice prolifique qui aura fait du polar son genre de prédilection, Camilla Läckberg se sera autorisée une parenthèse enchantée au début des années 2010 avec la série Super-Charlie, composée de neuf tomes, destinée à s’amuser avec les codes super-héroïques en vigueur dans les comics pour proposer des récits à l’esprit bon enfant. Où comment aborder le sujet de l’injustice dans la joie et la bonne humeur. Et pour son incursion dans le domaine de l’animation – sous l’égide de A.Films et Nordisk films – Jon Holmberg a donc jeté son dévolu sur ce titre populaire, bien décidé à en reprendre le style narratif et visuel (les illustrations de Millis Sarri assument un côté cartoonesque) pour mener à bien un long-métrage où courage rime avec partage.
Parce que de la poussière d’étoiles est tombée sur son berceau le jour de sa naissance, Charlie n’est pas un bébé ordinaire. Et, très tôt, notre protagoniste réalisé qu’il sait faire des choses qu’aucun autre bambin n’est capable de faire, comme parler et s’élever dans les airs…au grand dam de son frère aîné Will, dix ans, qui rêvait au plus profond de lui de devenir une telle figure héroïque. Tiraillé entre la jalousie et l’envie d’épauler son cadet, l’enfant va se lancer dans une quête intime et tenter de faire régner à sa manière la justice. Quitte à se frotter avec un ennemi pour le moins imposant, Inferio, dont l’organisation criminelle œuvre dans les rues de Stockholm.
Si l’on pensait que ce sujet de nourrisson affublé de super-pouvoirs allait être traitée de manière enfantine, cela n’est pas réellement le cas, Jon Holmberg – qui officie également à l’écriture – préférant un angle plus mature, évitant ainsi les vannes faciles pour le jeune public. Ce qui compte dans l’intrigue s’avère être le bouillonnement intérieur de deux garçons cherchant leur place dans ce grand échiquier de la vie, devant apprendre par l’expérience à grandir, à se faire confiance. Bonne idée donc d’user du rapport de force entre frères, la relation entre notre bambin héroïque et son frère oscillant pertinemment entre solidarité et ressentiment. Ce qui aide à passer outre les attendus d’une telle production quant à la notion de héros, avec l’inéluctable confrontation avec un méchant bien méchant, se cachant derrière un alias pour commettre ses méfaits.
Sachant tirer profit de son rythme survitaminé, parvenant à dérouler l’intégralité de son script en à peine une heure vingt, Super Charlie prend sa mission – de divertir – au sérieux, ce qui lui permet de capter l’attention des spectateurs en culotte courte avec un enchaînement de séquences sans temps morts. Si le scénario tire des ficelles bien connues, surtout pour les adultes, le long-métrage n’en reste pas moins sympathique à suivre. Mais là où le bat blesse quelque peu se situe au niveau de la réalisation, Jon Holmberg restant malheureusement trop scolaire, malgré le soin porté au design 3D des personnages et aux divers environnements présents à l’écran (l’architecture de Stockholm est d’ailleurs bien mise en valeur). Pour résumer, Super Charlie ne manque pas de cœur, ce qui rattrape une mise en scène manquant quelque peu de puissance.
