Un an après Le deuxième acte, qui aura eu les honneurs d’une présentation à Cannes, Quentin Dupieux revient sur le devant de la scène avec L’accident de piano. Porté par Adèle Exarchopoulos, Sandrine Kiberlain, Jérôme Commandeur ainsi que Karim Leklou, ce nouvel essai se concentre sur les déboires d’une star du web hors sol se retrouvant dans le viseur d’une journaliste pour le moins curieuse…
Dans un quotidien penchant doucement mais sûrement vers l’absurde, Quentin Dupieux n’a plus besoin distordre la réalité afin de critiquer nos petits travers. Ce que vient souligner L’accident de piano, une comédie noire emprunte de cynisme, permettant au réalisateur de déverser son fiel sur cette société du paraitre qu’est la notre, où quête de glorification va de pair avec une inéluctable désincarnation de l’être.
D’humeur bougonne, notre cher Mr. Oizo expose – avec un style qui lui est propre – les velléités d’une époque s’abandonnant à la futilité, le temps étant à l’action et non à la réflexion. Symbole de ce monde de l’instantané, les fameux réseaux sociaux, aidant à l’amplification de ce phénomène du buzz. Il faut faire parler pour intéresser le public, proposer du contenu chic et choc pour susciter la controverse – et attirer la lumière (ainsi que les sponsors) sur soi. Un système devenant la norme dans beaucoup de domaines, ce qui agace passablement Dupieux si l’on en croit l’intrigue ici tissée, se concentrant sur le parcours débridé d’une vedette 2.0, prête à tout pour faire du clic. Magalie. Des exactions de cette personnalité clivante, s’amorce une session de ‘damage control’ tournant progressivement à la sortie de piste pour elle et son assistant.
Quand une mystérieuse journaliste tente de jouer la carte du chantage pour obtenir un entretien exclusif de l’influenceuse de l’extrême – qui s’est mise au vert après un incident (qui donne son titre au film) – les repères de cette dernière vacillent, sa coquille se fendillant au gré des questions posées, ne faisant que révéler ses multiples facettes. Un instant vérité servant de moteur à un script lorgnant du côté du récent Daaaaaali ! pour mettre en parallèle l’art et l’humain, le tout sur l’autel de la créativité. Mais ici, point de fantaisie, juste de l’amertume derrière un humour poil à gratter. Car nos protagonistes sont enfermés dans une cage métaphorique, les empêchant de s’accomplir tous autant qu’ils sont. Que l’on soit une star d’internet, un homme à tout faire, une titulaire de carte de presse, un fan, dans l’absolu rien n’empêche de se sentir faillible, seul.
Un constat plutôt triste, bifurquant malheureusement dans le tragi-comique dans un dernier acte où la perte de contrôle se fait ressentir devant et derrière la caméra, histoire de conclure cette diatribe sur un joyeux bordel. Se terminant en eau de boudin, L’accident de piano peut par contre compter sur la prestation de sa distribution, en particulier Adèle Exarchopoulos, qui sait se montrer tour à tour cinglante, dérangeante puis touchante dans la peau de Magaloche, star du trash difficile à cerner. L’actrice s’éclate à camper des rôles à la marge chez Dupieux et cela se ressent. À ses côtés, si l’on regrettera l’utilisation faite de Karim Leklou, peu mis en valeur, apprécions la place donnée à Jérôme Commandeur et Sandrine Kiberlain, qui savent rapidement trouver leurs marques dans l’univers si particulier du réalisateur.
Avec l’accident de piano, Quentin Dupieux nous joue la mélodie cinglante de la satire pour se moquer d’une génération dénuée d’âme à l’ère des réseaux sociaux et de la recherche permanente du buzz. Le tout pour une œuvre caustique pouvant compter sur la prestation remarquée de sa distribution pour palier aux fluctuations d’un scénario s’essoufflant malheureusement en fin de partition.
