Deux ans après avoir réalisé le court-métrage Partir un Jour, auréolé d’un César, Amélie Bonnin prolonge cette aventure sentimentalo-musicale au format long, en compagnie d’une partie de son casting original à savoir Juliette Armanet, Bastien Bouillon et François Rollin, maintenant rejoints par Dominique Blanc, Tewfik Jallab, Pierre-Antoine Billon, Mhamed Arezki et Amandine Dewasmes. Ayant eu le droit aux honneurs d’une présentation au Festival de Cannes – ayant ouvert le bal de la 78e édition – ce premier film se concentre sur le parcours d’une chef de cuisine revenant dans son village natal, l’amenant à renouer avec un passé mis de côté…
Repérée en 2023, Amélie Bonnin vient de faire son entrée dans la cour des grands avec Partir un Jour, extension de son court-métrage éponyme, lui permettant d’approfondir sa réflexion sur l’évocation pure et simple des sentiments, que ce soit ceux que l’on exprime ou ceux que l’on tait. Un sujet devenant le métronome d’une comédie musicale où des airs bien connus aident à mettre en exergues les doutes, les interrogations de tout à chacun. Ou comment, dans cette morne réalité qu’est la nôtre, la musique adoucit les mœurs, aide à se recentrer sur soi.
Une quête intime servant de moteur au film, qui se veut le miroir de sa version raccourcie, ici les rôles ainsi que les fonctions du duo vedette formé par Juliette Armanet et Bastien Bouillon étant inversés dans un but créatif, cette modification permettant à la cinéaste de se concentrer sur de nouvelles problématiques en termes de sentimentalismes. Ici, le script qu’elle a co-écrit avec Dimitri Lucas suit le retour au bercail de Cécile, gagnante de Top Chef, quittant la capital pour retrouver le restaurent routier dans lequel elle a grandi, suite à l’accident cardiaque de son père. Sur ses terres, notre héroïne se voit alors confrontée à ses choix de vies présent et passé, cette parenthèse familiale se transforme rapidement en catharsis, le tout en musique. Entre l’ouverture prochaine de son propre établissement et ses relations plus ou moins vacillantes avec les hommes de sa vie, notre as des fourneaux passe à la casserole de la fameuse crise existentielle, prenant corps sur une bande-son allant des années 60 à 2000 – allant de Céline Dion à K’maro en passant par les 2Be3. Un mélange des genres qui fait le sel de cette bluette pop où la nostalgie fonctionne à plein tube.
Dans la droite lignée de ce qu’avait opéré Alain Resnais avec On connaît la chanson par exemple, Amélie Bonnin prend appui sur des titres populaires de la chanson française pour alimenter son récit, paroles et mélodies devenant sources de dialogues, de moments de complicité, d’instants à cœur ouvert. Un artifice scénaristique auquel se greffe la volonté de proposer des numéros chantés et non du play-back, la distribution du film se réappropriant les morceaux choisis avec leur propre tessiture. Un choix faisant sens, ajoutant de la sincérité à l’ouvrage, de leurs fluctuations vocales naissant ce sentiment de fragilité inhérent à la trajectoire des nos personnages. Preuve en est, si Juliette Armanet et Bastien Bouillon continuent de former un tandem attachant, la maîtrise de la voix de la première se mariant avec les imprécisions de son partenaire, ces derniers se font voler par deux fois la vedette par François Rollin qui, dans sa partition d’irascible bougon, devient une figure paternelle attendrissante en s’appropriant de son timbre rauque Je veux mourir sur scène de Dalida et Cécile, ma fille de Claude Nougaro. Des imperfections amplifiant les imperfections de nos protagonistes, particulièrement bercés par les regrets, les remords.
L’utilisation de ces chansons se révèle être l’atout cœur de Partir un Jour, aidant à passer outre les tergiversations d’un script étirant plus que de raison les enjeux du métrage, notamment concernant Cécile et son compagnon, ajoutant une dramaturgie qui n’avait pas réellement lieu d’être, les tumultes intérieurs de notre protagoniste étant déjà bien chargés. Ajoutez à cela des dialogues qui parfois tombent à plat, des défauts d’écriture faisant baisser la note globale de cette balade mémorielle, qui ne manque pas de charme malgré tout. Car nous assistons à l’émergence d’une cinéaste, Amélie Bonnin peaufinant sa réalisation au gré de l’avancée de la partition qu’elle a composée aux côtés de Dimitri Lucas, son cadre s’agrandissant petit à petit, s’affirmant alors que ses acteurs évoluent sur la scène de la vie quotidienne, pour mieux offrir un élan de liberté à sa mise en scène dans un acte final où s’esquissent des trouvailles visuelles, avec comme point d’orgue la réminiscence d’une romance avortée à travers la fameuse séquence de la patinoire sur l’air de Femme Like U, symbolisant le propos de l’œuvre, qui joue de ce décalage avec la musique au sein de sa diégèse pour expliciter ces liens qui nous (dés)unissent. Il y a de l’idée.
D’humeur à la mélancolie, Amélie Bonnin livre avec Partir un jour une comédie romantique tout en fragilité, où les remords et émotions refoulés s’expriment en chansons – pour un résultat tantôt décalé, tantôt sensible.
