Que ce soit au cinéma et à la télévision, Marvel Studios compte bien se refaire une santé en capitalisant sur des protagonistes phares de son écurie. Ainsi, si côté grand écran, Sam Wilson vient de voler de ses propres ailes dans Captain America : Brave New World, sur la petit lucarne, un héros de l’ombre vient se rappeler au bon souvenir de son public. Daredevil. Et l’on peut dire qu’il était temps, ce dernier (et son nemesis Wilson Fisk) s’étant contenté de petites apparitions depuis son intégration officielle à l’Univers Cinématographique de la Maison des Idées, opérée en 2021 dans Spider-Man : No Way Home.
Si elle avait donné une belle impulsion au genre super-héroïque sur Netflix durant trois saisons, la série Daredevil supervisée par Drew Goddard – dont le succès donna naissance au spin-off The Punisher – vit son parcours s’achever prématurément fin 2018 alors que la plateforme s’affranchissait des productions estampillées Marvel Television, ce qui n’a pas été sans conséquence. En effet, parmi les causes de ce partenariat, l’interdiction d’utiliser les personnages des shows conçus jusque là (outre les deux pré-cités, figuraient également Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist) durant deux ans en cas d’annulation. Ce qui a marqué le début d’un long chemin de croix pour que Matt Murdock reprenne la lumière sur le petit écran.
Car l’apparition dans Spider-Man : No Way Home n’était qu’une petit étape, les pièces s’assemblant petit à petit pour que la série revienne en bonne et due forme. Ce qui a mené à une (ré)introduction progressive du héros et de son principal antagoniste Wilson Fisk alias Le Caïd dans le sacro-saint MCU de Kevin Feige, au gré de Hawkeye, Ms. Hulk et Echo. De quoi préparer le terrain pour ce revival qu’est Daredevil : Born Again, dont le titre s’inspire du célèbre run de Frank Miller et David Mazzucchelli. Une résurrection télévisuelle qui aura subi quelques remous avant de débarquer sur Disney +, l’équipe créative hésitant entre le semi-reboot et la volonté de poursuivre le chapitre développé sur Netflix.
Des interrogations ayant mené à un changement de direction drastique en cours de production, partir sur une page en grande partie blanche n’étant plus à l’ordre du jour, modifiant en profondeur la structure de la série. En a résulté la nomination d’une nouvelle équipe créative, Dario Scardapane (qui connaît déjà l’écurie pour avoir travaillé sur The Punisher) remplaçant le tandem Matt Corman/Chris Ordet en tant que showrunner tandis que des figures marquantes telles que Deborah Ann Woll, Elden Henson, Jon Bernthal, Ayelet Zurer ou encore Wilson Bethel ont été rappeler en renfort, histoire de resserrer davantage les liens entre présent et passé. Des couacs en interne laissant craindre une saison en dents de scie. Alors est-ce réellement le cas ?
Si son premier épisode est l’exemple le plus probant du bricolage qui s’est effectué en coulisses, avec à la clé des effets spéciaux conçus à la hâte, Daredevil : Born Again a su maintenir un certain équilibre entre les diverses versions des scénaristes en chef, raccommodant des pièces quant intrigues développées pour que les enjeux prennent petit à petit de la hauteur. Ici, la thématique centrale se veut l’acceptation de sa part sombre, peu importe les tentatives pour prendre ses distances avec son moi intérieur. Une dualité permettant de traiter sur un pied d’égalité les trajectoires de Matt Murdock et Wilson Fisk, l’un ayant abandonné son rôle de justicier à la suite d’une tragédie personnelle (la mort de Foggy) tandis que l’autre se créé une nouvelle image en briguant le poste de maire de New York.
En restant du côté de la même barrière, nos ennemis jurés sont-ils réellement prêts à aller de l’avant, à renier le démon sommeillant en eux ? Une storyline présente en filigrane au long de cette première partie de Born Again (une deuxième saison est déjà en production), aidant à établir ce semblant de continuité recherché par Marvel Studios, qui se renforce avec l’évocation en parallèle d’un sujet pertinent dans l’univers de Daredevil, la corruption. Ici, les forces de l’ordre sont les agents du chaos, régnant par la force tout en se sortant des griffes de la loi, au grand dam de notre protagoniste. Vous l’aurez compris, le but est de faire bouillir la marmite, de faire de New York une poudrière prête à exploser sur l’autel de la justice. D’autant plus avec le diable de Hell’s Kitchen et le Caïd tapis dans l’ombre, luttant pour ne pas rejaillir brutalement – ce qui paraît inévitable vu les circonstances.
Un point crucial de la reprise en main de la série par Dario Scardapane et ses camarades d’écriture, trouvant sa raison d’être au gré des deux ultimes chapitre de cette salve inaugurale, totalement de leur fait. Ce qui annonce la couleur quant à la suite des événements, la tension ainsi que la violence se réveillant dans ce dernier tournant, rebattant les cartes quant à la position de nos principaux personnages sur l’échiquier. Si l’on pourra regretter que la majorité des nouveaux visages du show soient jusqu’ici transparents – ce qui devrait s’arranger dans le futur, certains se préparant à prendre du galon – et que le bad guy de la saison, en l’occurrence Muse, ait vu sa présence réduite pour se révéler quasiment anecdotique, dans l’ensemble Daredevil : Born Again reste dans le haut du panier niveau MCU.
Certes, nous sommes un – bon – cran en dessous du niveau de la première et de la troisième saison du programme mais en s’affirmant en cours de production, cette mouture laisse présager du meilleur pour l’avenir, les bases posées ont un potentiel non négligeable pour corser les aventures en clair-obscur de Matt Murdock et de ses compagnons d’infortune. Face à une politique de la terre brûlée, un conflit de taille s’annonce entre Daredevil et son nemesis, de nouveau à couteaux tirés. D’ailleurs espérons que ce qu’il se passe dans la série ait un écho dans la partie cinématographique de l’Univers Marvel car cela est d’une importance capitale pour les héros virevoltant dans la Grosse Pomme (un certain Spider-Man notamment…).
Quoiqu’il en soit pour synthétiser, nous sommes face à tour de chauffe solide, qui peut compter sur l’implication sans bornes de Charlie Cox, Vincent D’Onofrio – et dans une moindre mesure Jon Bernthal (qui lui aussi avait fait part de son mécontentement face à la vision de la première équipe aux manettes quant au Punisher) qui se sont battus pour leur alter-ego, voulant leur rendre justice et ont eu gain de cause. Les choses sérieuses vont pouvoir commencer désormais, avec le retour de joueurs de poids, dans le chaos et l’anarchie.
En dépit du remue-ménage créatif ayant eu lieu en interne, Daredevil : Born Again parvient à trouver sa voie avec plus ou moins d’équilibre, réussissant à faire sortir le diable de Hell’s Kitchen de sa boîte avec panache.
