Six ans après Lune de Miel, Elise Otzenberger effectue son retour derrière la caméra avec Par amour, qui comprend au casting Cécile de France, Arthur Igual, Darius et Navid Zarrabian. Au cœur de ce long-métrage, l’épreuve vécue par une mère, devant faire face à la condition soudaine de son fils ainé, lui déclarant entendre des voix…
Repérée il y a de cela six ans avec la comédie Lune de Miel, Elise Otzenberger tente de transformer l’essai avec Par Amour, soit un second film naviguant entre drame familial et conte fantastique afin d’aborder la question du délitement du couple le tout en parallèle d’une réflexion sur la foi. Lorsqu’un événement hors du commun remet en perspective notre appréhension du monde, comment réagir ? Doit-on faire comme s’y de rien n’était ou prendre le problème à bras le corps, quitte à se laisser glisser vers l’inconnu ?
Deux thématiques centrales alimentant le scénario consigné par la réalisatrice, Maud Ameline, Mauricio Carrasco ainsi que Louise Groult, qui font planer l’ombre de Jeff Nichols sur cette histoire de cellule familiale au bord de la rupture et ce sur l’autel du surnaturel. Un vecteur propre à l’incertitude, à l’introspection, amorçant ainsi la fragmentation du cocon dans lequel Sarah et Antoine se sont enveloppés, se craquelant irrémédiablement suite aux agissements pour le moins déstabilisants de leur fils aîné. Comme souligné par sa scène introductive jouant habilement avec les nerfs du spectateur, le jeune Simon s’est retrouvé dans une situation délicate lors du promenade en bord de mer, qui l’a traumatisé, voire transformé. Que s’est-il passé ce jour-là ? De ce mystère réside le cœur de l’intrigue, cette zone de flou servant d’élément déclencheur aux dissensions à venir au sein de ce foyer uni – du moins en apparence.
En effet, nos protagonistes – usés par l’épreuve du temps et les ambitions de chacun – vont suivre des rives opposées, père et mère réagissant différemment face à la condition de la chair de leur chair, qui confesse entendre des voix l’une soutenant son fils à corps perdu quand l’autre prend ses distances avec les siens. Des approches contradictoires permettant à Elise Otzenberger et ses coscénaristes de semer le doute quant à la véritable nature de son intrigue, en s’immergeant à pas feutrés aux frontières du réel, que ce soit niveau écriture ou mise en scène. Un parti-pris instillant une atmosphère teintée d’onirisme, alors que l’absolue confiance accordée par Sarah à son enfant suscite la perplexité, particulièrement dans l’acte final du long-métrage, où l’ambiguïté est à son paroxysme. De quoi permettre à Cécile de France de nager avec conviction en eaux troubles, l’actrice sachant crédibiliser avec tact les indécisions de son personnage, basculant progressivement vers une forme d’obsession tandis que se décante lentement la réalité quant à ce qui arrive à ce fils à la dérive. Sa partition, de même que celle des jeunes Darius et Navid Zarrabian aident à s’investir dans ce récit où fantastique rime avec intimisme, non sans quelques remous.
Mais si le script à quelques difficultés à rester la tête hors de l’eau en milieu de parcours, celui-ci reprend son souffle en convoquant plus frontalement des motifs de science-fiction, pour le plus grand plaisir de la réalisatrice. Elise Oztenberger se plaît à proposer des séquences déformant subtilement le prisme de la réalité, en se reposant sur la force inhérente aux éléments naturels pour pimenter sa mise en scène – l’eau et l’air devenant des symboles métaphysiques, appuyant cette notion de trouble obscurcissant l’horizon de nos personnages.
Avec Par amour, Elise Otzenberger convoque l’esprit de Jeff Nichols, naviguant plus ou moins habilement entre drame et conte fantastique pour narrer la plongée d’une famille en eaux troubles – le tout pour un résultat surprenant.
