Quelques mois après la parenthèse télévisée qu’était Knuckles (diffusée sur Paramount +), la saga Sonic reprend sa course en direction des salles obscures avec un troisième long-métrage, toujours sous la direction de Jeff Fowler. Porté physiquement par Jim Carrey, James Marsden, Tika Sumpter, Lee Madjoub, Kristen Ritter et vocalement par Ben Schwartz, Colleen O’Shaughnessey, Idris Elba, Keanu Reeves, cette nouvelle aventure voit la team Sonic aux prises avec des adversaires obnubilés par leur soif de vengeance…
Initiée en 2017, la collaboration entre Sega et Paramount Pictures aura fini par porté ses fruits au cinéma avec la transposition de l’une de ses franchises vidéoludiques cultes, Sonic. Passée une phase de développement en dents de scie, notamment en fin de parcours quand le mauvais accueil réservé à une première bande annonce obligea le réalisateur Jeff Fowley et ses équipes techniques à changer leur fusil d’épaule en terme de CGI, cette adaptation en live-action rencontra contre toute attente son public, initiant dès lors une saga se développant à vitesse grand V au cinéma ainsi qu’à la télévision.
Et si la partie débutait mollement en 2020, avec un premier film mou du genou, le réalisateur Jeff Fowler laissait transparaître des signes encourageants quant à la trajectoire que devait suivre sa version de Sonic dans une suite cherchant à donner davantage d’envergure à la mythologie vidéoludique propre à la création de Sega. Si le résultat était loin d’être parfait – avec un aspect comédie horripilant – en termes d’action, le divertissement était de mise pour les plus jeunes, ce qui était déjà ça de gagné. De quoi laisser naître l’espoir d’un troisième volet synonyme de passage à l’âge adulte, avec moins de cabotinage, moins de sous-intrigues inutiles consacrées aux protagonistes en chair et en os et plus de place consacré à nos héros numérique. Est-ce le cas ?
Pour sa troisième incursion au sein de l’univers Sonic, le cinéaste et ses scénaristes sortent de sa manche un atout de taille, à savoir Shadow, un personnage emblématique qui aura su taper dans l’œil du public dès son introduction. Apparu pour la première fois en 2001, dans le jeu-vidéo Sonic Adventure 2, ce ‘sosie maléfique’ de notre hérisson bleu créé par Gerald Robotnik (qui n’est nul autre que le grand-père de notre excentrique Eggman) lui aura donné du fil à retordre en cherchant à détruire le monde, rien que ça. Une origin story servant de base au script concocté par le trio Patrick Casey, Josh Miller, John Whittington, qui reprend des éléments clés du jeu-vidéo cité ci-dessus pour mieux les remodeler afin de laisser de la place au casting humain, en particulier Jim Carrey – doublement présent à l’écran. Si les pitreries de l’acteur sont loin de faire mouche à tous les coups, la faute une fois de plus à une écriture ne sachant pas réellement jauger son humour (le pas de deux entre Robotnik grand-père et petit-fils en tête), ce dernier vole la vedette à ses partenaires de jeu – prouvant que l’on peut se passer de beaucoup de joueurs sur l’échiquier (James Marsden, Tika Sumpter, Kristen Ritter ou encre Shemar Moore en sont réduit au strict minimum niveau prestation).
Se concentrer avant sur le conflit opposant Sonic, Tail, Knuckles à Shadow se veut la clé pour réussir la mission, d’autant plus que cet ennemi sorti tout droit des laboratoires du G.U.N. possède un arc narratif où la dramaturgie est de mise. De la tragédie inhérente à son passé se nourrit sa haine pour l’espèce humaine, un point crucial qui n’est pas éludé, fort heureusement. Seul point négatif, que son voyage personnel se face de pair avec celui de Gerald Robotnik, qui n’était qu’un souvenir dans Sonic Adventure 2. Cela ne l’empêche pas d’être l’attraction de ce troisième volet, son sérieux ainsi que son abnégation donnant finalement du corps à la franchise, qui en manquait cruellement. De la vengeance au sauvetage de la planète, il y a un sacré pas à franchir, ce qu’effectue Shadow en croisant le fer avec ces ennemis tout feu tout poil, qui l’amène à progressivement évoluer du bon côté de la barrière.
Une transition s’opérant avec fracas, d’un affrontement initial en plein Tokyo à une coopération de la dernière chance hors de l’atmosphère terrestre, ce qui est l’occasion pour Jeff Fowler de muscler son jeu question mise en scène, caressant dans le sens du poil les fans en rejouant des séquences phares – en particulier dans son acte final (qui reprend même le thème Live and Leara lorsque Sonic et Shadow passent en mode Super). Des efforts notables qui aident à apprécier ce chapitre cinématographique qui, s’il pâtit encore et toujours de cette patte enfantine ne lui seyant guère, accélère la cadence en termes de grand spectacle, avec des moments de bravoure efficaces – se rapprochant de son modèle vidéoludique. En clair, on se rapproche d’un produit de qualité, il ne manque plus qu’un scénario sachant tenir sur la durée et mettant la pédale douce en vannes de bas étages. À voir désormais quelle piste sera privilégiée pour Sonic 4, qui s’est déjà esquissé à travers deux scènes post-génériques intrigantes pour l’avenir (se dirige t-on vers une transposition de Sonic CD, réponse en 2027).
En sortant la carte ‘Shadow’ de sa manche, Sonic 3 gagne quelque peu en intensité (malgré un scenario en dents de scie), ce qui permet à Jeff Fowler de muscler son jeu et de donner de l’ampleur à sa mise en scène.
