Quatre ans après le spin-off Buzz l’éclair, qui aura timidement accueilli par les fans de la première heure, l’heure est venue pour la franchise Toy Story de reprendre le cours de son histoire. Sous la supervision de Kenna Harris et Andrew Stanton, figure de proue de l’écurie Pixar (on lui doit les oscarisés Le Monde de Némo et Wall-E), s’est ainsi développé un cinquième film, où nos héros de plastique se retrouvent confrontés aux nouvelles technologies. De quoi initier un choc générationnel parmi nos jouets, notamment concernant le bien-être de leur enfant de cœur – la jeune Bonnie…
Pierre angulaire de Pixar, qui a été essentiel à sa renommée, Toy Story a révolutionné l’animation par ordinateur lors de ses débuts en 1995. Succès colossal, donnant lieu à quatre opus et une série de courts-métrages, la saga nous a introduit à un monde où les jouets ont une âme et vivent comme les humains des aventures qui les dépassent. Woody, Buzz, Zig-Zag ou encore Monsieur et Madame Patate, autant de personnages qui auront ainsi amusé – et ému – petits et grands au gré de leurs périples. Et alors que l’on pensait que l’aventure, aussi bien littérale que psychologique, de nos protagonistes étaient achevées, force est de constater que le studio n’en a pas terminé avec eux.
Ce qui nous amène à ce fameux cinquième opus, marquant l’arrivée d’Andrew Stanton au poste de réalisateur, ce qui en soi un gage de qualité – notre homme étant derrière des bijoux de la firme. Mais en débarquant à stade aussi avancé dans l’histoire de la propriété intellectuelle, ce dernier peut-il réellement distiller un parfum de fraîcheur ? Tout n’a pas déjà été dit en trente-et-un ans d’existence ? Avec l’apogée des nouvelles technologies, l’équipe créative semble avoir trouvé la matière nécessaire pour continuer de creuser la psyché de certains de nos jouets…mais également de la figure humaine désormais cruciale à l’intrigue. Bonnie. Ici, l’idée est donc de se servir d’outils numériques pour proposer une réflexion sur la réalité des liens que l’on tisse avec son prochain – avec comme point de tension la peur du rejet, de l’abandon. Et quoi de mieux que de mettre en avant Jessie pour aborder ce sujet, notre cow-girl ayant été personnellement affectée par cette problématique par le passé (comme évoqué dans le deuxième long-métrage).
Ayant déjà analysé Woody et Buzz sous toutes les coutures, nos mascottes se retrouvent de ce fait au second plan du script concocté par Andrew Stanton et sa coscénariste Kenna Harris, qui fait le choix de l’intimisme aussi bien en terme de narration que de mise en scène. On resserre les enjeux, on se concentre sur un nombre limité de joueurs pour mieux faire rejaillir à l’écran les nuances de sa thématique principale. Ainsi, quand une tablette en forme de grenouille, Lilypad, débarque au sein du foyer de la famille de Bonnie, celle-ci compte bien montrer à ses camarades de chambrée qu’ils sont devenus obsolètes – les enfants préférant les applications et autre joyeusetés du web aux bons vieux jouets pour se divertir. De quoi faire bouillir Jessie, bien déterminée à lui prouver le contraire. Si au départ, ce conflit se contente de suivre un chemin tout tracé – avec quelques clichés à la clé, celui-ci prend une tournure plus sensible à mi-parcours.
Faisant fi de cette opposition 2.0, le scénario remet l’humain au centre des préoccupations, en particulier en s’appuyant sur les hésitations de sa jeune héroïne – qui elle fait face à la violence d’un monde où l’on ne se comprend plus, où l’on a du mal à accepter l’autre. Soit le point qui fait prendre de la hauteur à Toy Story 5, en mettant Jessie et Bonne face à leurs craintes, suscitant un impact émotionnel qui fait mouche dans le dernier acte du film. Certes nous restons loin du baroud d’honneur épique du troisième volet et des adieux de l’au revoir de Woody en conclusion du précédent épisode, mais dans l’ensemble l’équipée sauvage venant parachever ce périple nous met du baume au cœur par son message simple sur le fait de se battre pour ceux que l’on aime, de les aider à s’épanouir.
Ajoutez à cela des parenthèses empruntes de douce poésie avec l’arche concernant une cargaison de Buzz l’Éclair (modèle High-Tech s’il vous plaît) devant trouver leur raison d’être dans ce champ de tous les possibles qu’est notre planète Terre, et vous obtenez un volet qui ne manque ni de charme ni de cœur – ce que l’on doit à la mise en scène d’Andrew Stanton, qui privilégie une atmosphère mélancolique et appose un style bien à lui par le biais des séquences imaginées par Bonnie, qui se démarquent visuellement par ses couleurs pastels. Des éléments aidant à donner un supplément d’âme à ce cinquième volet – qui même s’il sent parfois le réchauffé (nous sommes face au Toy Story le moins impactant) reste un bon cru de chez Pixar. Preuve de l’excellente qualité générale de la saga.
Sous la houlette d’Andrew Stanton, Toy Story 5 prouve sa raison d’être en faisant de son conflit central quant aux nouvelles technologies un cheval de Troie pour aborder frontalement de la question du rejet. Soit un choix salutaire, aidant à donner du cachet au film, qui n’évite malheureusement pas la redite – sa mythologie ayant été exploitée comme il se doit ces trois dernières décennies que ce soit au cinéma ou à travers sa série de courts-métrages. Ce qui n’empêche d’apprécier ce nouveau voyage au pays de jouets, qui a une place de choix chez Pixar.
