Trois ans après Je te veux moi non plus, proposée sur Prime Video Rodolphe Lauga s’aventure du côté de chez Netflix avec son nouveau long-métrage, Ad Vitam. Porté par Guillaume Canet, Stéphane Caillard, Nassim Lyes, Alexis Manenti, Zita Hanrot ou encore Johan Heldenbergh, ce thriller musclé nous fait suivre la course contre la montre d’un ancien membre de l’IGPN pour sauver sa femme et exposer un complot politique…

Depuis quelques années, le cinéma d’action made in France prend une place de plus en plus importante dans le catalogue de Netflix, la plateforme ne cessant de miser sur des productions où la castagne et les règlements de compte virils sont de mise, que ce soit Bronx, Balle Perdue, AKA ou GTMAX. Une tendance se poursuivant aujourd’hui avec Ad Vitam, qui permet à Rodolphe Lauga de s’éloigner de la comédie pour s’essayer au polar nerveux et ce avec l’aide de Guillaume Canet, qui l’épaule devant mais également derrière la caméra.

Aux côtés de sa vedette, qui a participé à l’écriture du scénario, le cinéaste change de registre, s’immergeant au cÅ“ur de l’unité d’élite de la gendarmerie – le GIGN – afin de retracer le quotidien des hommes et femmes constituant ce redoutable groupe d’intervention toujours paré au pire. Un salut à cette force spéciale n’hésitant pas à braver le danger et la mort sur l’autel de la lutte anti-terrorisme, se voyant ici intégré à une intrigue type d’actioner, où le temps-mort ne figure pas sur l’ordre de mission. en l’occurence, la mise au grand jour d’une nébuleuse affaire d’État impactant la vie de nos personnages. Deux trames ne devant en constituer une, alors que le spectateur est amené à courir derrière Franck Lazarev, ancien membre de ce fameux groupe d’intervention se retrouvant dans le viseur d’un groupe armée déterminé à lui en faire baver lui et ses proches – dont sa femme enceinte jusqu’aux yeux.

Hélas, la coopération entre Lauga, Canet et David Corona (qui a collaboré à la conception du script) se révèle des plus bancales, l’impression d’avoir deux films en un se faisant de plus en plus prégnante alors que passé et présent s’entrechoquent pour donner de la teneur à cette histoire de complot qui honnêtement tient sur un post-it. En particulier avec la quête d’un MacGuffin intégré au forceps, afin que la fuite en avant de notre ex-gendarme ait un semblant de sens, servant de vecteur à son face à face avec ses ennemis de l’ombre. Ne sachant pas sur quel pied danser, se perdant entre vitrine promotionnelle offerte au GIGN – avec leur accord et utilisation de ses locaux en prime – et cavalcade effrénée pour rétablir la vérité et l’honneur, Ad Vitam peine à trouver son rythme, avec un énorme ventre mou d’une quarantaine de minutes qui se voulait une caution émotionnelle mais échoue à réellement nous connecter avec ses frères et sÅ“urs d’armes toujours là sur le terrain et dans la vie (le personnage de Zita Hanrot est d’ailleurs l’exemple le plus probant de ses atermoiements scénaristiques).

Pour palier à cette inconsistance, Rodolphe Lauga se rappelle par instants qu’il doit donner une impulsion à sa mise en scène et proposer des moments de bravoure en dehors de sa séquence introductive. D’autant plus que Guillaume Canet, accompagné de ses comparses Stéphane Caillard et Nassim Lyes, ont donné de leur personne en s’entraînant avec ces gendarmes de l’ombre. D’où l’idée de tirer en longueur l’inéluctable affrontement final, qui fait parler la poudre et les poings. Si notre distribution s’en sort bien lorsqu’il faut jouer les action heroes, surtout notre tête d’affiche qui se plaît à imiter son modèles Belmondo (avec en clin d’Å“il un petit footing sur les toits de Paris), le problème est que dans sa dernière ligne droite le long-métrage sonne faux – n’étant pas aidé par son premier degré.

Malgré un court passage de poursuite en voiture pensé en plan-séquence ne manquant pas de pep’s, le réalisateur frôle par la suite le nanar en mettant ce brave Franck Lazarev au volant d’une moto-cross puis d’un ULM, le tout en survolant les prestigieux jardins du château de Versailles. Peut-être que le second degré aurait dû être de mise sur ce climax, qui n’aide pas à crédibiliser cet imbroglio politique dans lequel se retrouvent notre protagoniste, sa femme et son collègue. N’en reste donc que la publicité du GIGN, portée par les valeurs du dépassement de soi et de l’esprit d’équipe, qui auraient pu donner lieu à un véritable film si l’intrigue développée tenait la route, ce qui n’est pas le cas. Reste donc le dépassement de GuiGui Cruise (surnom donné à l’acteur sur le tournage dixit lui-même), qui bombe le torse, réalise ses cascades et y prend goût, étant prêt à s’ouvrir à un univers où la testostérone transpire à travers la pellicule. Dans l’absolu un choix pas si ridicule, ce dernier n’ayant pas chômé pour avoir de la carrure, mais encore faut-il qu’il choisisse un meilleur projet (ou s’entoure mieux, sachant qu’il a participé au scénario).

Avec Ad Vitam, Rodolphe Lauga s’engage maladroitement sur le terrain de l’action, proposant un thriller se voulant musclé mais manquant de vigueur, la faute à une intrigue tombant à plat une fois passée la promotion du GIGN. Reste alors la performance d’un Guillaume Canet en mode ‘énervé’, véritable attraction d’une production calibrée pour Netflix, s’oubliant malheureusement aussitôt son visionnage terminé.

© Netflix

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