Après avoir chapeauté des projets auto-produits, Marcia Romano et Benoît Sabatier s’attèlent à leur premier long-métrage en bonne et due forme avec Fotogenico. Un premier essai sur grand écran comprenant au casting Christophe Paou, Roxane Mesquida, Angèle Metzger ou encore John Arnold et se centrant sur les errances d’un père venu à Marseille pour se souvenir de sa fille tragiquement disparue…

Marseillais d’adoption, Marcia Romano et Benoît Sabatier font de la cité phocéenne – chère à leur cÅ“ur – le théâtre d’une production gentiment foutraque, sa richesse architecturale donnant du cachet à la tragi-comédie underground concoctée par le tandem de cinéastes, prompt à sortir du cadre propre au drame afin de pimenter la déambulation maladroite d’un père pour le moins paumé venant s’imprégner du souvenir de la chair de sa chair dans la ville qui était devenu son repère.

Au gré de la bande son new wave de Froid Dub qui sert de fil conducteur à l’intrigue, nous suivons ainsi Raoul, une âme esseulée marchant sur les pas de sa fille, Agnès, morte d’une overdose, afin de se rapprocher spirituellement de cette dernière. Un pèlerinage sentimentalement chargé, devenant une quête pour la vérité, notre protagoniste mettant au jour la spirale de mensonges dans laquelle s’était laissée piégée son enfant, dont il connaissait finalement pas grand chose de sa vie – plus dissolue qu’il ne le pensait, s’axant autour du fameux moto Sexe, drogue et rock ‘n’ roll. De cette révélation, s’enclenche une intrigue partant volontairement dans tous les sens, Marcia Romano et Benoît Sabatier multipliant les fils rouges afin de pimenter le chaotique parcours de notre moustachu de héros (à l’improbable slip rouge) dans les ruelles de la frénétique Marseille – symbole d’une génération livrée à elle-même, tentant de se trouver à travers errances et expériences en tous genres.

En découvrant que sa gamine donnait de la voix pour un groupe de rock, Fotogenico, ce père ayant la tête dans le coaltar se lance un défi, celui de retrouver les membres de cette formation musicale (désormais éclatée) afin de découvrir les personnes qui gravitaient autour de la planète Agnès. De quoi faire surgir des personnages fantasques sur le chemin emprunté par Raoul, dont l’ancienne compagne de sa fille et son dealer, histoire de remettre en contexte la thématique du deuil ici abordée sans volonté aucune de s’engager le terrain du pathos. En évitant le jugement, le scénario s’évertue à mettre cette joyeuse troupe se formant progressivement devant nos yeux face à leurs contradictions, leurs addictions, leurs fragilités et ce dans la joie et la bonne humeur. Ce qui permet à cet adulescent de Christophe Paou (MVP du film) de partager son terrain de jeu, laissant de l’espace à Roxane Mesquida et John Arnold pour s’exprimer.

De ce second degré permanent, parfois déroutant, Fotogenico fait de la perte d’un enfant le point de départ d’une ode à la vie, la balade mémorielle initiée amenant à la redécouverte de soi, de son entourage. Au fond du trou, Raoul tisse des liens avec de nouvelles personnes, renouant métaphoriquement le contact avec cette fille qui lui était finalement inconnue, laissant de ce fait apparaître en fin de route (sinueuse) une mélancolie bienvenue. Si l’écriture pêche parfois, ce premier essai se rattrape en mettant du cÅ“ur à l’ouvrage question mise en scène, Marcia Romano et Benoît Sabatier ne manquant pas d’inspiration pour créer un univers tendrement surréaliste, grâce à l’alliance d’un montage frénétique et d’une photographie jouant habilement de ses contrastes, qui offre du relief à ce délire quelque peu fauché mais complètement barré. Un ofni laissant transparaître le savoir-faire de ses auteurs, qui ont une patte visuelle originale.

Balade mémorielle joyeusement bordélique, Fotogenico permet à Marcia Romano et Benoît Sabatier de signer un premier long-métrage punk où la voix du cÅ“ur s’exprime avec une certaine exubérance. Une Å“uvre iconoclaste, imparfaite mais ne manquant pas de panache.

JHR Films

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