Six ans après le parcours remarqué de sa dramédie collégiale Le Grand Bain, Gilles Lellouche vient d’effectuer son retour à la réalisation avec L’Amour Ouf, adaptation made in France du roman éponyme de Neville Nelson comprenant au casting François Civil, Adèle Exarchopoulos, Benoit Poelvoorde, Alain Chabat, Elodie Bouchez, Karim Leklou, Raphaël Quenard ou encore les jeunes Mallory Vanecque et Malik Frikah. Au menu des réjouissances, la romance plus que contrariée entre les jeunes Jackie et Clotaire, voyant les affres du quotidien jouer les oiseaux de mauvaise augure sur leur amour passionnel…
Depuis ses débuts derrière la caméra, opérés il y a de cela vingt ans aux côtés de Tristan Haurouet avec Narco, Gilles Lellouche a toujours clamé son appétence pour le cinéma anglo-saxon, l’exprimant notamment au niveau de sa mise en scène, qui gagne en maîtrise au gré des années. Et pour sa troisième réalisation en solo, l’acteur lâche ses rênes, se laissant emporter par le tourbillon émotionnel inhérent à la flamboyante romance qu’il transpose à l’écran – que ce soit pour le meilleur ou pour le pire.
En adaptant à sa sauce le roman L’Amour Ouf de l’écrivain irlandais Neville Nelson, en transposant son intrigue dans le Nord de la France, ce dernier s’embarque ainsi dans une fresque romanesque de près de trois heures, prenant corps à travers le parcours chaotique de Jackie et Clotaire, deux âmes sœurs issues de milieux sociaux que tout oppose, tentant de garder la flamme de leur passion passion intacte malgré les coups du sort. De leur rencontre aux portes de l’adolescence jusqu’aux retrouvailles à l’âge adulte, nos protagonistes vont s’aimer, se séparer, se retrouver – le cœur ayant ses raisons, que la raison ignore. Peu importe les errances de chacun, peu importe les choix de vie douteux de notre ténébreux Roméo, dont la progressive attirance pour la criminalité et sa violence intrinsèque se veut un élément crucial de l’histoire, l’amour triomphe toujours à la fin.
Une forme d’absolutisme sentimental, qui se veut le fil rouge du dense scénario tissé par Gilles Lellouche, Audrey Diwan et Ahmed Hamidi, dont l’association se veut percutante. S’embarrassant alors de toute nuance, notre équipe privilégie la grandiloquence question dramaturgie, les coups de gueules, les coups de poings, les coups de feu venant perturber l’inexorable attraction de ces amants à fleur de peau. Une volonté de souffler sur les braises de la tragédie Scorsesienne à plein poumon, quitte à frôler l’apoplexie. Voulant appuyer au maximum le propos de son film quant à la puissance évocatrice de la passion mais également de la vengeance, notre cinéaste ne lésine pas sur les moyens question symbolisme avec une réalisation clinquante, multipliant les références et effets de manche visuels, à grands coups de travellings et plans tape-à-l’œil. Un style exubérant qui, malgré quelques bonnes séquences bien pensées (l’idée d’intégrer de timides instants de comédie musicale en fait partie) finit par affaiblir la dramaturgie du long-métrage – celle-ci pouvant apparaître artificielle à force de tout surligner au marqueur fluo.
Heureusement, s’il a du mal à se canaliser en termes d’écriture et de réalisation, notre chef d’orchestre maîtrise sa direction d’acteurs et parvient à tirer profit de sa distribution quatre étoiles, les couples Adèle Exarchopoulos/François Civil/Mallory Vanecque/Malik Frikah réussissant à successivement électriser l’écran dans la peau de Jackie et Clotaire, tandis que des seconds rôles comme Alain Chabat, Élodie Bouchez, Vincent Lacoste ou Benoit Poelvoorde ont l’espace nécessaire pour exister. Une troupe de qualité, aidant à s’investir dans cette frénétique valse tournoyant, tournoyant, jusqu’à donner le tournis aux spectateurs que nous sommes. Tantôt enivrante, tantôt irritante, l’expérience L’Amour Ouf ne laisse pas indifférent, même si ses nombreux excès l’empêche d’être ce blockbuster made in France mettant tout le monde d’accord.
Avec L’Amour Ouf, Gilles Lellouche se laisse (un peu trop) emporter par les vertiges de la passion, nous livrant une fresque romanesque où les émotions s’expriment intensément dans un style pour le moins clinquant, soit sa principale qualité et son principal défaut. Que ce soit devant ou derrière la caméra, un bouillonnement intérieur se fait ressentir, jusqu’à l’explosion des sentiments dans sa forme la plus littérale. Une grandiloquence pouvant parfois se révéler éreintante, surtout sur trois heures de métrage.
