Cinq ans après avoir créé la surprise avec Joker, Todd Phillips prolonge son incursion dans le monde des comics en offrant aux spectateurs une suite aux frasques d’Arthur Fleck. Sous-titrée Folie à Deux, celle-ci voit ainsi Joaquin Phoenix être rejoint par Lady Gaga, Brendan Gleeson, Catherine Keener ou encore Steve Coogan, une distribution solide se retrouvant sur un projet pour le moins casse-gueule, s’articulant sur le procès de son protagoniste…
Figure emblématique de l’univers Batman, le Joker a souvent suivi son nemesis lors de ses incursions sur grand écran, rappelant au public qu’il est un ennemi de choix pour notre chevalier noir. Mais il y a de cela cinq ans, Todd Phillips s’est décidé à mettre sur le devant de la scène le criminel au sourire carnassier, le réalisateur prenant la tangente de l’Univers Cinématographique DC pour proposer un long-métrage déconnecté de la mythologie principale. Un opus à part entière revisitant l’origin-story du personnage, se nommant ici Arthur Fleck, qui a su dépasser (et de loin) les attentes de Warner Bros., réussissant à engranger plus d’un milliard de dollars de recettes sur la surface du globe. Un plébiscite donnant au studio l’envie de prolonger le délire Joker en compagnie du cinéaste. Mais ce dernier avait-il réellement envie de poursuivre l’aventure ? Rien n’est moins sûr.
Semblant avoir été piqué au vif par les retours du public, qui ont fait l’amalgame de prendre son protagoniste pour un produit d’une société malade (problème de lecture que l’on doit à une écriture manquant de tact), Todd Phillips s’est lancé dans un exercice de destruction de son œuvre avec une suite destinée à aliéner les fans de la première heure sans prendre de gants, le but de Folie à Deux se révélant de prendre tout le monde à revers. Vous vouliez voir Arthur Fleck devenir cet électron libre semant l’anarchie dans les rues de Gotham ? Mauvaise pioche. Le long-métrage renie ce qui avait été amorcé précédemment, l’intrigue tissée par Phillips et son co-scénariste Scott Silver se partageant entre rêve et réalité pour mieux dissocier Arthur de son alter-ego clownesque. Un choix créatif à double-tranchant, le risque étant de provoquer des réactions épidermiques parmi les spectateurs (ce qui n’a pas manqué).
Sur le papier, la quête intime de cet anti-héros devant se confronter à ses actes devant un tribunal pouvait donner lieu à un examen de conscience pertinent quant à la notion de regard, que ce soit le sien ou celui des autres. Surtout lorsque l’on convoque l’esprit de Gene Kelly et Jacques Demy. Mais encore faut-il réussir à créer une homogénéité entre le fond et la forme, ce qui n’est pas le cas avec ce second opus de Joker. La mise à nu du personnage aurait pu fonctionner si le script arrêtait ses circonvolutions, étirant son récit plus que de raison pour nous expliquer que l’on fait fausse route avec Arthur mais également Lee (qui n’est qu’une proto Harley Quinn). En deux heures quarante, le réalisateur déverse sa bile avec une subtilité proche de zéro, entrecoupant le procès de notre meurtrier ainsi que son parcours au sein de l’asile d’Arkham avec des séquences musicales à la qualité variable.
Avec Lady Gaga au casting, quel dommage de ne pas avoir jouer la carte de l’originalité de A à Z et d’avoir proposer des morceaux imaginés pour l’occasion (à l’image du titre The Joker…non utilisé dans le film). Une occasion ratée, d’autant plus que certains numéros – les plus ‘oniriques’ – ont de la gueule visuellement parlant grâce à la photographie léchée de Lawrence Sher et des décors feutrés construits par Mark Friedberg/Karen O’Hara. En se montrant petit bras sur cet aspect comédie musicale, qui n’apparaît que comme un artifice, Todd Phillips se prend les pieds dans le tapis, achevant d’énerver son auditoire. Les blagues les plus courtes sont les meilleures, il aurait fallu se contenter d’un film de procès à part entière (et de l’excellent prologue animé, chapeauté par notre Sylvain Chomet national, qui ironiquement explicite mieux l’enjeu de la dissociation que le métrage qui suit). Reste la partition de la distribution, menée par un Joaquin Phoenix se donnant une fois encore à fond afin de sauver les meubles, qui cherche à crédibiliser ce pied de nez effectué par le cinéaste. Hélas, pénalisée par une écriture pataude, Joker : Folie à Deux loupe le coche sur à peu près tous ses sujets, devenant pénible à la longue.
D’humeur badine, Todd Phillips joue les provocateurs de bas étage avec Joker : Folie à Deux, un acte de sabotage qui aurait pu avoir de la gueule si la subtilité était au programme. Ce qui n’est pas le cas du numéro proposé, dont la forme annihile le style.
