Quatre ans après Hurdang, disponible sur Netflix (tout comme sa première réalisation Brij Mohan amar rahe), le réalisateur indien Nikhil Nagesh Bhat effectue son retour derrière la caméra avec Kill – qui a cette fois le droit à une sortie en bonne et due forme dans les salles obscures françaises. Porté par Laksh Lalwani, Raghav Juyal, Tanya Maniktala, Ashish Vidyarthi, Harsh Chhaya ou encore Abhishek Chauhan, le long-métrage s’articule sur la prise d’otage d’un train à destination de New Delhi par une bande de voleurs sans scrupules…
S’il s’était déjà auparavant essayé à l’action, mais en l’enrobant d’une bonne dose de comédie (dans Brij Mohan amar rahe), Nikhil Nagesh Bhat change son fusil d’épaule avec le frémissant Kill, jeu de massacre à deux vitesses, maîtrisant dans un premier temps ses coups avant de s’engouffrer dans un déluge de violence à vitesse grand V – histoire d’en donner pour leur argent aux amateurs de castagne débridée.
Fidèle aux codes du cinéma hindi, le réalisateur convoque un esprit romanesque et grand-guignolesque pour donner l’impulsion nécessaire à l’efficacité de son actioner, qui lie l’ivresse de l’amour à celle de la vengeance, avec un sens de la poésie pour le moins macabre. Ou quand une romance tourne à la tragédie suite au courroux d’un destin préférant laisser deux âmes sœurs sur le quai de la romance plutôt que de les réunir. Officiant à l’écriture aux côtés de la scénariste Ayesha Syed, Nikhil Nagesh Bhat ne perd pas de temps à exposer les enjeux de son intrigue, histoire de passer rapidement aux choses sérieuses. En l’espace d’un acte, les principales relations servant de moteur au film sont définies, se partageant entre amour fusionnel, filial et amical, pour mieux les mettre à mal – où plutôt plus bas que terre.
Partant rejoindre sa dulcinée Tulika dans le train qui l’amène elle et sa famille de la ville de Ranchi à la capitale New Delhi, lieu où seront célébrées ses fiançailles avec un homme choisi par son businessman de père, le capitaine Amrit Rathod ne sait pas dans quel guêpier il met les pieds avec son camarade de garnison Viresh. Si au bout de ce trajet notre protagoniste doit s’enfuir avec la femme de sa vie pour partir vers un nouvel horizon, celui-ci s’obscurcit dès le départ de la gare. Quand un groupe d’une quarantaine de bandits s’infiltre à bord pour prendre en otage les voyageurs et les dépouiller de leurs biens par n’importe quel moyen, la barbarie s’apprête à se déchaîner. Une fois le train en marche, celui-ci devient un piège mortel pour tout ceux qui y sont montés. Faisant progressivement monter la tension en dispersant ses principaux personnages dans des wagons différents, Kill se décide brutalement en plein milieu de métrage à muscler son jeu, à embrasser son côté nihiliste.
Une fois le point de non-retour atteint, Nikhil Nagesh Bhat lâche ses rênes que ce soit dans son script et sa mise en scène, profitant du huis-clos pour mieux enfermer victimes et bourreaux dans ce purgatoire s’élançant vers l’enfer. Tentant au maximum d’éviter le bain de sang, Amrit va dès lors laisser sa rage s’exprimer, devenant une bête qu’il est impossible d’arrêter en dépit des blessures infligées. Et dans un espace réduit tel que le train, essayer d’éviter le face à face est une mission impossible, la collision étant inéluctable. De quoi initier une sauvagerie sans nom, les ennemis devenant des cibles à abattre purement et simplement, perdant de leur humanité – tout comme notre héros devenu un instrument de mort. Pour faire court, n’importe quel élément peut devenir une arme par destination et l’équipe créative s’en amuse. Les crânes explosent, les couteaux se plantent dans les visages, les os craquent.
Parfois gratuit, Kill porte bien son titre et ne trompe pas le spectateur sur la marchandise, son interdiction aux moins de seize ans n’étant pas galvaudé – la violence étant bien au programme. Le cinéaste resserre son cadre pour mieux donner du corps aux chorégraphies proposées en termes de combats, qui permettent à Ayesha Syed (plus connu sous le pseudonyme Lakshya) de se révéler dans ce premier rôle au cinéma, avec une prestation frénétique. Nul doute que l’acteur sera se faire une place dans le domaine de l’action.
Avec Kill, Nikhil Nagesh Bhat propose un actioner nerveux et nihiliste se voulant un massacre à grande vitesse où tous les coups sont permis – même les plus gratuits.
