Repéré il y a de cela quatre ans avec le court T’es morte Hélène, qui aura fait le tour des festivals (et tapé dans l’œil d’un certain Sam Raimi), Michiel Blanchart s’attèle à son premier long-métrage avec La Nuit se traîne. Comprenant au casting Jonathan Feltre, Natacha Krief, Jonas Bloquet ou encore Romain Duris, celui-ci s’articule sur les déboires d’un étudiant opérant en tant que serrurier déverrouillant malgré lui une porte qu’il n’aurait jamais ouvrir…
Figure émergente du cinéma belge, Michiel Blanchart prouve qu’il est un talent à suivre avec son premier long, La Nuit se traîne, un galop d’essai lui permettant d’afficher ses ambitions en termes de mise en scène et de dramaturgie, le réalisateur livrant un thriller restant constamment sur le fil du rasoir pour mieux maintenir le spectateur – et ses personnages – sous pression.
Pour s’y faire, ce dernier tisse une intrigue synonyme de ruée vers l’obscurité prenant corps à travers le parcours de Mady, un étudiant joignant les deux bouts financièrement parlant en travaillant en tant que serrurier, se laissant berner par une cliente en ouvrant une porte qui aurait dû rester fermée. Une volonté de bien faire se révélant être une erreur monumentale car servant d’élément déclencheur à un engrenage au mécanisme retors, faisant tomber une chape de plomb sur notre jeune homme, devenant dès lors la victime collatérale d’une affaire de vol. Petit hic, ce larcin implique le milieu de la pègre, qui comme on le sait n’apprécie guère de se faire doubler mais surtout arnaquer.
Cherchant à tirer un maximum profit de son unité de temps, en l’occurrence l’espace d’une nuit, le scénario écrit par le cinéaste s’apparente à une chute libre, en particulier pour Mady, aspiré malgré lui dans un univers sans foi ni loi dont il est difficile de s’extirper. Si certains enchaînements de situations paraîtront un tantinet forcés en fin de parcours, cela n’entache aucunement l’expérience ici proposée, une fuite en avant nerveuse dont les échappatoires se réduisent inéluctablement aussi bien pour notre protagoniste que ces camarades d’infortunes, qu’ils soient du bon ou du mauvais côté de la barrière. Dans les rues de Bruxelles, un cadre jouant un rôle clé dans le déroulement du récit, la caméra se concentre ainsi sur des âmes en peine se laissant submerger par le désespoir, s’enlisant pas à pas jusqu’au point de non retour.
Au fur et à mesure que la situation se crispe, Michiel Blanchart resserre son montage, créant un sentiment d’urgence symbolisant cette descente aux enfers – ne pouvant se terminer qu’après avoir toucher le fond. Une ambiance entre chien et loup superbement retranscrite à l’écran, la mise en scène étant un atout de choix dans l’efficacité de La Nuit se traîne, grâce à des plans léchés et des séquences en drone pour le moins inspirées. Un point fort auquel s’ajoute une direction d’acteurs aux petits oignons, aidant à s’investir dans ce survival urbain et craindre pour ce pauvre Mady, incarné avec justesse par Jonathan Feltre qui sait retransmettre la fébrilité de même que les doutes traversant l’esprit de son alter-ego. Celui-ci est d’ailleurs bien accompagné par ses camarades Natacha Krief, Jonas Bloquet et Romain Duris, dont l’intensité de jeu parvient à faire monter d’un niveau la pression.
Avec La Nuit se traîne, Michiel Blanchart réussit son passage du format court au long en mettant en scène un thriller synonyme de ruée vers l’obscurité sachant tirer profit de sa tension permanente pour jouer avec les nerfs du spectateur. Un premier essai efficace.
