Deux ans après avoir mis en scène le documentaire Jerry Lee Lewis: Trouble in Mind, qui fût présenté en séance spéciale lors du 75e festival de Cannes, Ethan Coen s’attèle à sa première œuvre de fiction en solo avec Drive-Away Dolls, qui comprend au casting Margaret Qualley, Geraldine Viswanathan, Beanie Feldstein, Colman Domingo, Bill Camp, Matt Damon ou encore Pedro Pascal. Soit le périple pour le moins contrarié de deux amies prenant la route vers la Floride afin de livrer une voiture, dont elles ignorent le bagage qu’elle renferme dans son coffre…
Si son frère Joel s’en était tiré avec les honneurs avec son adaptation de MacBeth portée par Denzel Washington, qui lui permettait d’opérer un véritable changement de trajectoire par rapport au reste de sa filmographie, Ethan Coen loupe pour sa part le coche pour son aventure en solo dans le milieu du septième art en cherchant à poursuivre sur la voie sur laquelle il s’est engagé en tandem. Une belle erreur, le réalisateur prouvant avec Drive-Away Dolls que la magie n’opère plus sans son fidèle coéquipier, se retrouvant aux manettes d’un road-movie forçant le trait pour provoquer les rires mais calant au démarrage sans jamais réussir à redémarrer le véhicule.
Une mystérieuse mallette refermant un secret qui ne doit pas être divulgué, des truands prêts à tout pour la récupérer, un couple d’amies jouant le temps d’un trajet les livreuses de voitures, trois ingrédients devant se marier pour donner du corps à une comédie gentiment trash et barrée. Sur le papier, le potentiel était pourtant là pour brosser dans le sens du poil les fans de l’univers déjanté des Cohen, avec une intrigue simple agrémentée d’éléments alambiqués pour rajouter une saveur piquante à l’ensemble – qui se veut un joyeux bordel. Une formule qui aura fait le sel de leur cinéma, mais pourtant ici la sauce ne prend pas. Pour quelle raison ? Pas besoin de chercher bien loin pour trouver la réponse, l’écriture étant à mettre en cause. Officiant au scénario aux côtés de sa femme Tricia Cooke, Ethan Coen semble hésiter entre plusieurs directions quant à sa trame centrale. Se concentrer avant tout sur la trajectoire commune de Jamie et Marian, deux camarades aux caractères diamétralement opposés, s’attirant doucement mais sûrement l’une vers l’autre au gré de leur périple ou alors donner la part-belle au mic-mac politico-criminel concernant cette fameuse valise attirant les convoitises.
En résulte un tâtonnement pour le moins maladroit, les croisements entre les deux storylines étant effectués au forceps, avec en prime un trait volontairement grossi en termes d’humour pour faire passer la pilule quant à une structure scénaristique des plus fragiles. Les tribulations de nos héroïnes sur la route devant les amener à Tallahassee sentent le réchauffé et malgré les efforts de Margaret Qualley et Geraldine Viswanathan pour donner du crédit à la romance lesbienne se nouant devant nos yeux, difficile d’y croire. Pire encore, en dépit d’apparitions éclair de Pedro Pascal et Matt Damon, l’imbroglio autour du colis mystère finissant par être au cœur de toutes les attentions débouche sur un grand n’importe quoi qui aurait pu être drôle si finement dosé. Hélas, les révélations quant à son contenu provoquent davantage la gêne que les rires, malgré des efforts en fin de parcours pour cette anarchie prête à sourire.
S’il tente de donner un minimum de puissance à son film en instaurant un semblant de rythme en terme de mise en scène, privilégiant les cuts rapides – le tout entrecoupés de séquences psychédéliques (avec là aussi le caméo d’une autre star) – Ethan Cohen ne peut pas faire grand chose pour rattraper les errances du script confectionné à quatre mains avec sa moitié. Ironiquement, malgré sa durée réduite, d’à peine une heure vingt, Drive-Away Dolls paraît interminable, preuve d’une défaillance moteur.
En prenant la route en solo Ethan Coen fait une embardée, Drive-Away Dolls étant une comédie maladroite échouant à devenir le road-trip anarchique qu’il rêve d’être, la faute à un scénario tournant rapidement en rond. Reste la performance de Margaret Qualley et Geraldine Viswanathan, les deux actrices faisant de leur mieux pour élever le niveau de ce délire tombant malheureusement à plat.
