Trois ans après avoir atteint son apogée au cinéma, avec Godzilla vs Kong – que les spectateurs français n’auront pu aller découvrir en salles à l’époque, la faute à la fermeture des salles – le MonsterVerse se tourne vers l’avenir en écrivant une nouveau chapitre de son histoire. Ainsi, passée la récente diffusion de Monarch : Legacy of Monsters sur Apple TV+, l’heure est venue de retrouver les deux mascottes de la franchise dans un second film commun, toujours sous la houlette d’Adam Wingard. Au menu de Godzilla x Kong : Le Nouvel Empire, qui comprend Dan Stevens, Rebecca Hall, Kelly Hottle et Bryan Tyree Henry au casting, une escapade mouvementée au coeur de la Terre-Creuse, peuplée de Kaijūs désireux de semer le chaos…
Suivant la trajectoire du précédent volet qu’il avait mis en scène, Adam Wingard confirme la mue du MonsterVerse en une machine de destruction massive où la recherche de grand spectacle prend le pas sur un quelconque soin porté à l’écriture, le but étant de multiplier les séquences d’action dantesques au détriment d’une réelle dimension dramatique pouvant élever les enjeux de l’intrigue. Un parti-pris assumé, d’autant plus dans ce Godzilla x Kong : Le Nouvel Empire, qui s’abandonne entièrement à sa mission de proposer un blockbuster décomplexé, cherchant à en mettre plein les mirettes – quitte à rayer la rétine des spectateurs.
Disposant désormais d’un vaste terrain de jeu, maintenant que la Terre-Creuse a été révélée au grand jour, le réalisateur se fait clairement plaisir visuellement parlant, conviant un bestiaire peu ragoûtant à prendre part à un combat de Titans, où prime la loi du plus fort. Dans cette terrible jungle, s’exposent alors les règles d’un nouveau régime, Kong se retrouvant au centre d’une lutte de pouvoir. Celui qui fût le Roi de Skull Island doit chercher sa place dans ce royaume hostile, se confrontant à un ennemi bien décidé à lui en faire voir des vertes et des pas mûres – avant de vouloir partir à la conquête de la surface, le monde des humains lui faisant de l’œil. S’il n’avait eu qu’un film solo pour tirer la couverture sur lui, ce cher King Kong a rattrapé son retard sur son camarade au souffle radioactif, le scénario concocté par Terry Rossio, Simon Barrett et Jeremy Slater le mettant sur le devant de la scène, son parcours primant sur tout le reste, que ce soit Godzilla ou les protagonistes de chair et d’os – qui font office de seconds couteaux. D’où un titre quelque peu trompeur, mais cela n’est pas le réel problème du long-métrage.
Les facilités d’écriture ainsi que le rôle donné au casting figurent parmi les points faibles de Godzilla x Kong, avec cette volonté de lorgner du côté de l’Univers Cinématographique Marvel en ce qui concerne l’humour – gadget réduisant les rares efforts de dramatisation. Si Dan Stevens tente de tirer son épingle du jeu en sortant les cartes cool et désinvolte de sa palette, Bryan Tyler Henry se contente une fois de plus de n’être qu’une caution comique, avec des vannes faisant rarement mouche. Le tandem Rebecca Hall/Kelly Hottle s’en sort davantage, la relation mère/fille institué dans l’opus précédent aidant à instiller un minimum d’émotion. Comme souvent, le MonsterVerse ne sait pas comment intégrer naturellement les personnages humains dans son bestiaire et cela se ressent ici, surtout lorsque le script nous fredonne la douce mélodie de la prophétie dans son dernier acte, histoire de donner du grain à moudre à ces derniers (en explicitant ce que l’on savait déjà mais soit, l’équipe créative ne s’embrasse plus de grand chose à ce stade).
L’essentiel est de faire parler les griffes et les pattes, avec deux clans s’affrontant pour la place de dominant sur et sous Terre. Plus à l’aise avec ses monstrueuses vedettes, Adam Wingard tire profit des différents environnements à sa disposition pour proposer des séquences musclées, où nos kaijūs s’en mettent plein le museau. Si en termes d’échelles, la notion de gigantesque n’a plus lieu d’être – ce qui est regrettable – concernant l’action, l’anarchie est de mise. Pendant d’un Godzilla se lance tranquillement dans un road-trip en Europe en écrasant tout sur son passage, son comparse Kong croise le fer avec un némésis simiesque et sa monture givrée. Et pour clore le tout, ce petit monde se retrouve finalement en fin de parcours pour régler des comptes en équipe, se rappelant que le sujet initial était l’association des deux têtes d’affiche du Monsterverse. Mieux vaut tard que jamais. Malgré cette union éclair, la castagne est de mise, avec un déluge de CGI et de destruction porn, ce que beaucoup recherchaient.
Sur ce point, nos Titans s’en donne à cœur joie pour se taper les uns sur les autres, sur une bande son faussement épique et des décors flashy. En clair un spectacle régressif à souhait qui, effectivement en met plein la vue – dans le bon comme dans le mauvais sens du terme car l’on passe parfois de plans bien pensés à de la bouillie numérique.
Avec Godzilla x Kong : Le Nouvel Empire, Adam Wingard nous convie à une match de catch à la sauce kaijū synonyme de blockbuster décomplexé, oubliant toute logique pour se concentrer sur la meilleure manière de confronter ses joueurs sur le ring.
