Sept ans après Réparer les Vivants, Katell Quillévéré effectue son retour derrière la caméra avec Le Temps d’Aimer, qui comprend au casting Anaïs Demoustier, Vincent Lacoste, Paul Beaurepaire, Hélios Karyo ou encore Morgan Bailey. Au cœur du long-métrage, la relation entre François et Madeleine, deux êtres faisant fi de leurs secrets pour vivre d’amour et d’eau fraîche dans la France d’après Guerre…
Comme elle l’avait démontré lors de son précédent essai, qui adaptait avec justesse le roman de Maylis de Kerangal, Katell Quillévéré sait se servir à bon escient des codes du drame en évitant le pathos pour toucher le public sans verser dans le mélo pur et dur. En résulte Le Temps d’Aimer une fresque romanesque portée par les excellents Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste, s’articulant sur la relation passionnée de deux êtres faisant front commun face aux épreuves de la vie et aux poids des secrets.
Comme le disait Virgile, l’amour triomphe de tout. Une assertion pour le moins optimiste, d’autant plus lorsque la réalité vient nous rappeler que la vie est une lutte de tous les instants, ce que surligne la cinéaste à travers son nouvel ouvrage, synonyme de ballade en tandem sur un chemin sinueux, où l’espoir de jours heureux peut s’assombrir à chaque tournant. Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, une page pour le moins trouble comme le rappelle à raison la scène inaugurale du film, une rencontre fortuite en bord de plage va bouleverser la trajectoire d’un homme et d’une femme, issus d’horizons différents. Elle apprend à élever seule un fils lui rappelant un passé qu’elle aimerait oublier, lui tente de suivre un destin tout tracé de par son héritage familial.
Et pourtant, inéluctablement attirés l’un vers l’autre, Madeleine et François se laissent emporter par la puissance de leurs sentiments, regardant ensemble vers la même direction. Un lien indéfectible, les aidant à passer outre les obstacles se dressant face à eux, ayant le pouvoir de détruire ce cocon dans lequel ils se réfugient. Du pas de deux de notre couple à travers les décennies, se dessine les contours d’un drame raffiné, où l’amour et le mensonge se confondent pour mieux prendre le pouls d’une société ayant du mal à évoluer avec son temps et à faire sienne les notions d’égalité et de fraternité. Un constat amer transparaissant avec force dans le scénario écrit à quatre mains par Katell Quillévéré et Gilles Taurand, qui puise dans sa dramaturgie de quoi interroger le spectateur sur la question de l’acceptation, celle de soi, celle de son prochain.
D’ailleurs, Le Temps d’Aimer trouve sa raison d’être dès son deuxième acte, se voulant une plongée en clair-obscur dans la frénésie propre aux fifties, avec l’entrée en scène d’un soldat afro-américain, donnant – littéralement – du corps aux principales thématiques du long-métrage, où l’étincelle de la passion vient approfondir la psyché de nos protagonistes, désireux de s’épanouir et de s’affranchir de leurs zones d’ombres. Sur ce point, si la romance entre François et Madeleine est primordiale pour l’avancée de l’intrigue, la relation filiale entre cette dernière et la chair de sa chair, Daniel n’en est pas moins toute importante même si elle paraît parfois périphérique – gagnant fort heureusement en épaisseur dans son ultime ligne droite, où les sentiments et les ressentiments prennent le dessus.
Si l’on pourra regretter un effet de manche prévisible pour que la tragédie viennent finalement frapper à la porte de notre famille recomposée, dans l’ensemble, le savoir-faire de Katell Quillévéré pour dérouler son récit, avec un mise en scène certes classique mais non dénué de charme (entre autres durant les moments de quiétude, les instants suspendus) aide à se laisser porter par cette histoire de cœur, tantôt sensible tantôt mouvementée.
Avec Le Temps d’Aimer, Katell Quillévéré tisse une fresque romantique démontrant de la puissance des liens du cœur face aux drames de la vie, donnant la part belle au tandem Anaïs Demoustier/Vincent Lacoste, au diapason.
