Treize ans après l’adaptation cinématographique d’Edgar Wright, l’univers de Scott Pilgrim s’étend sur le petit écran avec une série d’animation, supervisée par son géniteur en personne, Bryan Lee O’Malley. Comprenant au casting vocal Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Kieran Culkin, Chris Evans, Anna Kendrick, Brie Larson, Alison Pill, Aubrey Plaza, Brandon Routh, Satya Bhabha, Jason Schwartzman, Johnny Simmons, Mark Webber, Mae Whitman et Ellen Wong, Scott Pilgrim prend son envol vient de débarquer sur Netflix et se révèle contre toute attente une relecture des romans graphiques moins linéaire que prévue.
Publiée de 2004 à 2010, la série de comic book Scott Pilgrim aura su marquer la culture pop, la création originale multi-récompensée de Bryan Lee O’Malley ayant su trouver le chemin lui permettant de se frayer un chemin à travers différents médias. Auréolées de succès, les aventures de ce jeune canadien vivant d’amour, d’eau fraîche et de rock se sont ainsi transposées une année plus tard de la page à l’écran du côté d’Universal Pictures mais malheureusement si les critiques ont été emportées par le délire proposé par Edgar Wright, en terme de recettes cette expérience cinématographique s’est révélée être un cuisant échec – amassant seulement 48,9M$ dans le monde lors de son exploitation.
Ce fût dès lors une surprise d’apprendre que plus d’une décennie plus tard, Netflix et UCP (Universal Cable Productions) – succursale d’Universal Studio Group – se sont unis pour travailler travaillé de concert sur une nouvelle adaptation, au format sériel. Mieux encore, de savoir que Bryan Lee O’Malley en assurait l’écriture du show et sa production, aux côtés de BenDavid Grabinski (showrunner de Fais-moi peur !) mais aussi d’Edgar Wright. Cerise sur le gâteau, l’annonce au casting de l’intégralité des acteurs et actrices du long-métrage orchestré par ce dernier, qui aligne tout de même des noms tels que Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Brie Larson, Jason Schwartzman. Une équipe de choc se réunissant pour un projet de cœur et disposant un vaste terrain de jeu avec Scott Pilgrim prend son envol, l’animation étant garant de davantage de libertés niveau mise en scène et tonalité pour à la fois se rapprocher du style visuel de O’Malley et tenter de nouvelles choses. De ce point de vue là, le moins que l’on puisse dire c’est que l’on est servi.
En effet, alors que l’on pensait que la série suivrait plus ou moins à la lettre la trame originale des comics, celle-ci en prend au contraire le contre-pied et ce dès la fin du premier épisode – s’amusant des attentes du public. S’il ressort sa guitare du placard pour nous jouer de bons vieux riffs avec ses camarades de Sex Bob-omb, notre cher Scott prend rapidement une trajectoire alternative à son alter-ego de papier, son conflit avec la ligue des ex maléfiques pour les beaux yeux de Ramona Flowers n’étant plus l’enjeu principal de l’intrigue. Partant du principe que les fans connaissaient les tenants et aboutissants de Scott Pilgrim, Bryan Lee O’Malley et BenDavid Grabinski en ont réécrit la mythologie, voulant se réinventer. Un choix créatif ayant du sens, permettant à notre tandem de scénaristes de rebattre les cartes et de développer des thématiques connexes, notamment en mettant en lumière la majorité des personnages secondaires imaginés par l’auteur.
Exit les combats à répétition, l’essentiel est désormais ailleurs, dans l’épanouissement personnel. Bien entendu, ça se bastonne encore un peu, surtout dans son ultime ligne droite, mais ce qui compte est de se concentrer sur le petit cœur battant derrière l’apparence aigrie des anciens copains de Ramona, qui devient la protagoniste clé de cette relecture chaotiquement déjantée, réfléchissant sur sa propre nature. Se moquant de la mode actuelle de la nostalgie, la série ne va nullement là où on l’attend, embrassant un côté méta qui lui sied plutôt bien, à l’image du tournage d’un film consacré à la vie de Scott Pilgrim – réalisé par un certain Edgar Wrong. Oui le délire va jusque là (avis aux amateurs de la Cornetto Trilogy, des clins d’œil sont au programme). Si notre héros glandeur s’éclipse durant une majeure partie de l’histoire, cela sert au final le récit, qui en profite pour développer son entourage mais également celui de Miss Flowers. En particulier les sept ex de celle-ci, qui se révèlent sous un jour inédit et gagnent en substance, que ce soit Matthew Patel, Lucas Lee, Todd Ingram, Roxy et même Gideon.
Ce qui donne lieu à un joyeux bordel en huit chapitres, marqué par un humour référencé et une réalisation stylée. Inspirée par leur sujet, la team des studios Science SARU (Inu-oh, Ride Your Wave) rendent une copie impeccable, rendant hommage à la charte graphique de O’Malley tout en procédant à quelques expérimentations question mise en scène, l’amour du cinéma et du jeu-vidéo respirant dans chaque pore du show – notamment lorsque l’action est de la partie. Retenons entre autres une séquence musclée dans un vidéo-club au cours du deuxième épisode, intelligemment pensée en terme de créativité et de lisibilité.
Avec Scott Pilgrim prend son envol, Bryan Lee O’Malley s’amuse à exploser sa création façon puzzle, prenant le contre-pied de l’adaptation pour proposer une série animée rock n’ roll synonyme dynamitage en règle.
