Un an seulement après Twist à Bamako, Robert Guédiguian revient derrière la caméra avec Et la fête continue ! qui réunit Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Lola Naymark, Gérard Meylan, Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet ou encore Alicia Da Luz Gomez au casting et nous entraîne au cœur de Marseille pour suivre le quotidien de Rosa, une soixantenaire se partageant entre obligations familiales et politiques…
Passée une courte parenthèse au Sénégal pour les besoins de Twist à Bamako, qui fît figure de renouveau au sein de sa filmographie, Robert Guédiguian revient dans sa zone de confort sous le doux soleil de Marseille, s’entourant de ses inséparables camarades de jeu pour nourrir une comédie dramatique célébrant la vie et saluer la résilience de ces hommes et ces femmes de la cité fosséenne, se relevant avec combativité des épreuves les mettant à terre.
Au cœur de ce vingt-troisième long-métrage, l’hommage rendu aux habitants de la rue d’Aubagne, sinistrés en 2018 suite à l’effondrement de deux immeubles vétustes qui aura entraîné la mort de huit personnes. Un traumatisme ayant marqué au fer rouge la ville, ce que souligne avec tact et pudeur le réalisateur, en situant une grande partie de son intrigue dans l’enceinte du quartier de Noailles, où se préparent les commémorations de ce tragique événement. Avec le style qui le caractérise, Guédiguian se sert de ce fait-divers pour illustrer de la force de caractère de l’être humain, puisant dans la douleur l’énergie nécessaire pour continuer de lutter, d’aspirer à de meilleurs lendemains. Un sentiment d’espoir se reflétant dans chaque pore de Et la fête continue ! qui baigne de ce fait dans une aura lumineuse.
Outre ce beau témoignage de respect, le cinéaste n’oublie pas ses vieilles maraudes et profite de l’occasion pour évoquer la politique mais également les relations filiales, en s’articulant sur le parcours d’une fratrie dont la matriarche se démène pour les siens – que ce soit ses proches et ses concitoyens. Pimpante soixantenaire, Rosa est de tous les fronts, se consacrant à ses enfants et à ses engagements avec le même sens du sacrifice. Une abnégation sur le point d’être remise en question tandis que son quotidien s’éclaircit à travers sa rencontre avec le père de sa future belle-fille, Henri, présent à Marseille pour renouer le contact avec la chair de sa chair. Quand l’amour frappe contre toute attente à sa porte, notre protagoniste apprend dès lors le lâcher prise et s’ouvre à de nouveaux horizons.
Si l’on pourra regretter que le scénario concocté par Guédiguian et son comparse Serge Valletti tisse trop de fils rouges et se perde dans des chemins de traverses quelques peu inutiles, ce trop-plein et la cacophonie y étant inhérente ne pénalise pas totalement Et la fête continue ! au final, grâce notamment à la partition du tandem Ariane Ascaride/Jean-Pierre Darroussin, le rayon de soleil du film. Ces deux complices aident à gommer les imperfections d’un script ayant du mal à se canaliser, la romance entre Rosa et Henri donnant un supplément d’âme à ce récit surchargé, l’union ici dépeinte ayant davantage de sens que la difficile union des gauches esquissée maladroitement – entre deux états d’âmes et le spectre d’un conflit armé en Arménie. Et n’oublions pas la mise en scène feutrée du cinéaste, qui connaît Marseille comme sa poche et le prouve une fois de plus, le tout sous une photographie lumineuse qui ne manque pas de charme.
Pouvant paraître brouillon, Et la fête continue ! bouillonne pourtant de vie, Robert Guédiguian sachant prendre le pouls d’une société ayant la lutte et l’espoir figé au corps et ce en dépit des coups durs, des drames se présentant à elle. Certes, ce dernier cru en date du réalisateur ronronne narrativement parlant mais dans le même temps, on se laisse tout de même toucher par sa chaleur humaine et la prestation de sa fidèle distribution.
