Trois ans après The Lighthouse, Robert Eggers revient derrière la caméra avec The Northman, qui comprend au casting Alexander Skarsgård, Nicole Kidman, Claes Bang, Anya Taylor-Joy, Ethan Hawke, Björk, Willem Dafoe ou encore Gustav Lindh et se centre sur la quête vengeresse d’un guerrier viking marqué par la tragédie…

En l’espace de deux longs-métrages, Robert Eggers a su tirer son épingle du jeu avec un sens de la narration et de la mise en scène qui lui sont propres. Un style permettant à cette figure récente du cinéma indépendant de gravir les échelons et de passer dans la cour des grands en décrochant un budget conséquent pour sa nouvelle expérience cinématographique, The Northman – qui préfigurait d’une plongée âpre et sans concession au cœur de la mythologie scandinave.

Promesse tenue ? Plus ou moins, Eggers mettant à profit son savoir-faire en matière de réalisation pour donner du corps à un scénario qui, malgré quelques fulgurances, se voit limité par un premier degré parfois déroutant qui atténue la dimension épique du récit abordé. Le cinéaste, accompagné de l’auteur et scénariste islandais Sjón, revisite ainsi la légende du prince Amleth, connu des scandinaves depuis l’époque médiévale (on retrace les premiers écrits de cette histoire au Xe siècle) et qui aura su perdurer à travers le temps et les générations, inspirant notamment à Shakespeare son Hamlet. En se centrant sur le mythe originel venu du nord, l’intrigue permet de mettre en avant la notion de mysticisme chère au géniteur de The Witch et The Lighthouse, où sorcières et sirènes servaient d’éléments fondamentaux. Là encore, le fantastique apporte une caisse de résonnance importante aux bassesses de l’Homme, le long-métrage se reposant sur le destin, cette force inéluctable qui régit les actions de chacun, qui alimente l’épopée ici dépeinte avec une touche de surnaturel et aide à l’immersion du public dans cet univers Viking.

Si l’on reconnaît le soin porté à la reconstitution du mode de vie nordique à l’époque médiévale, avec ce qu’il faut de mythologie pour ne pas basculer dans la surenchère, il est dommage de constater que The Northman ne peut pas réellement s’élever jusqu’au Valhalla, la faute à une écriture qui patine quelque peu à donner du relief à une légende somme toute classique. Ce qui est là son plus grand défaut. La quête d’Amleth, prince ayant du fuir son royaume pour échapper au courroux de son oncle, qui s’est emparé du trône dans la violence la plus totale, n’est bien entendu pas dénuée d’intérêt mais le soucis provient de son scénario, qui traîne en longueur en s’étalant sur près de deux heures vingt, impliquant quelques trous d’air. Habité par un irrépressible besoin de vengeance, ce noble devenu par la forces des choses un berserker – guerrier aussi impitoyable qu’un fauve – se voit guider par les dieux et ramené sur la terre de ses ancêtres pour assouvir son funeste destin. Tuer le responsable de la mort de son père, Fjölnir.

Une trame des plus simples mais qui n’empêche pas le spectateur de se laisser un premier temps embarquer, grâce à l’interprétation habitée d’Alexander Skarsgård, qui se démène comme un beau diable devant la caméra d’Eggers en oscillant entre bestialité et sincérité. Accompagné par une Anya Taylor-Joy une nouvelle fois excellente, l’odyssée d’Amleth se conjugue d’une romance avec une esclave elle aussi déterminée à faire couler le sang de ses oppresseurs. Un pas de deux qui vient heureusement rattraper les moments de flottements de l’intrigue, qui ne sont pas aidés par ce premier degré assumé qui n’est pas toujours un avantage. De quoi lisser un film qui aurait gagné à totalement embrasser son sujet, ses instants de pure barbarie et de mythologie étant parmi ses meilleurs atouts. De ces séquences violentes, oniriques et poétiques, Robert Eggers s’en voit inspiré, en témoigne ses trouvailles visuelles de toute beauté pour illustrer son récit, avec un final tout feu tout flamme venant symboliser la puissance destructrice de la vengeance.

Avec The Northman, Robert Eggers s’aventure en pleine mythologie scandinave pour une épopée barbare qui, malgré des instants de grâce, se voit pénalisée par une intrigue simpliste tirée en longueur venant affaiblir sa puissance de frappe. Malgré cette faiblesse scénaristique, le cinéaste parvient à rehausser le niveau par son sens de la mise en scène, qui ajoute une aura envoûtante à cette expérience à gros budget.

© Universal Pictures

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