Trois ans après avoir mis en scène Retour À Zombieland, Ruben Fleischer nous revient derrière la caméra pour donner vie à l’adaptation cinématographique d’Uncharted, qui aura su se faire attendre. Porté notamment par Tom Holland, Mark Wahlberg, Antonio Banderas, Sophia Ali et Tati Gabrielle, le long-métrage nous introduit à Nathan Drake, voleur astucieux et intrépide, se voyant recruté par le chasseur de trésors chevronné Victor « Sully » Sullivan…

Éditée par Sony Interactive Entertainment pour PlayStation, la série Uncharted a su trouver son public et ce dès ses débuts en 2007, amorçant une success-story qui aura su dépasser les frontières du médium vidéoludique. Centrés sur le personnage de Nathan Drake, la saga joue la carte de l’action et de l’exotisme avec une inspiration cinématographique assumée, l’aura d’Indiana Jones et des pulp des années 30/40 n’étant jamais loin – avec des quêtes archéologiques au quatre coins du globe pour trouver trésors et autres artefacts légendaires. Une recette qui a fait ses preuves, donnant des idées à certains producteurs.

Ainsi, porter à l’écran la création de Naughty Dog s’est rapidement imposé du côté de chez Sony, avec Avi Arad attaché à son développement, et ce dès 2008. La route vers les salles obscures s’est révélée jonchée d’obstacles et le film a eu toutes les peines du monde à se monter. Entre la valse des réalisateurs, David O. Russell, Seth Gordon, Dan Trachtenberg, Shawn Levy ou encore Travis Knight étant tour à tour convié à prendre la barre du projet ainsi que les nombreuses sessions de réécriture, beaucoup ont cru que celui-ci ne se concrétiserait jamais. Et pourtant, malgré une succession d’épreuves, notre anti-héros est aujourd’hui en mesure de montrer de quel bois il se chauffe dans les salles obscures. Au menu de cette transposition, chapeautée par Ruben Fleischer, un préquel destiné à plaire aussi bien aux novices qu’aux aficionados des jeux-vidéos dont il s’inspire, soit une prise de risque minime pour tenter de se mettre le plus de monde possible dans la poche. L’avenir d’une franchise en devenir étant en jeu – il fallait que le spectacle soit calibré.

Devant composer avec les tropes de l’origin story, dans le but de légitimer Tom Holland dans la peau de ce roublard de Nathan Drake – encore inexpérimenté – cette adaptation live perd de ce fait du temps en matière d’exposition, avant de tenter de passer la seconde en matière de divertissement. En témoigne l’amorce du film, qui nous présente une séquence clé en guise d’amuse bouche, histoire d’attirer l’attention et de convaincre le public que l’action sera au rendez-vous au fil de l’aventure, ce qui est tout de même l’un des ingrédients essentiels d’Uncharted. De ce point de vue là, reconnaissons que la volonté de l’équipe créative d’aller droit au but joue en sa faveur, puisque nous avons là un blockbuster de moins de deux heures, ce qui n’est plus si courant actuellement. De ce sens de l’efficacité, où le cahier des charges se déroule sans accroc à un rythme soutenu, se cache pourtant une bien morne réalité : cet habillage clinquant sert de cache misère à une intrigue bien mal agencée, se contentant du minimum.

S’il pioche quelques idées dans les différents épisodes vidéoludiques à disposition, le scénario ficelé par Rafe Judkins et Art Marcum préfère articuler sa trame principale autour d’un MacGuffin inédit à savoir le trésor perdu de Magellan, qui a du potentiel il est vrai. Seulement, il est dommage que la quête pour retrouver cet objet de convoitise soit aussi sommaire dans son développement, les phases de recherches et d’expédition manquant cruellement d’ambition – avant un dernier acte qui se décide finalement à jouer la carte de l’exotisme et de la grandiloquence. Si les pièces du puzzle amenant à la découverte des bateaux du célèbre explorateur et son équipage s’emboîtent un peu trop facilement, il est d’autant plus dommageable que l’emphase soit davantage mise sur le concept du buddy movie. En effet, en décidant de se concentrer sur un Nathan Drake novice, le long-métrage modifie par conséquence les rapports de forces entre le protagoniste et son mentor de toujours Victor Sullivan – affectueusement surnommé Sully – avec l’instauration d’une relation ami/ennemi où engueulades et piques en tout genre servent de caution humoristique pour pimenter les choses.

Sauf que le manque d’alchimie entre Tom Holland et Mark Wahlberg, qui est principalement dû à une direction d’acteurs plutôt à l’ouest (il n’y a qu’à voir les pauvres Antonio Banderas et Tati Gabrielle, qui errent sans âme au beau milieu de cette galère) n’aide pas vraiment à nous investir dans les tribulations de ‘Nate’ et compagnie. Il faut d’ailleurs attendre que le personnage de Sophia Ali – qui campe une Chloe Frazer proche de son pendant en pixels – se mêle à notre tandem pour que ce jeu de dupes voulu par le scénario prenne un peu de hauteur. Manigances et faux-semblants essayent de donner un peu de pep’s à cette expédition convenue mais le mal est fait, la relative faiblesse de l’écriture pénalise l’ensemble de l’aventure. Pour donner le change, la mise en scène de Ruben Fleischer se devait d’être dynamique et recherchée mais le cinéaste loupe le coche en ne parvenant pas à donner de l’ampleur à ses ‘set-pieces’, à l’image de la fameuse séquence aérienne ainsi que de la bataille finale où écrans verts et CGI ne font pas bon ménage. Il est d’ailleurs regrettable que depuis peu, les effets spéciaux de bon nombre de grosses productions ne tiennent plus la route.

Si Tom Holland et Mark Wahlberg font du mieux qu’ils peuvent pour sauver les apparences, force est de constater que cette adaptation cinématographique d’Uncharted prend le large sous une mer des plus troublées. Si l’expérience n’est pas foncièrement mauvaise, difficile de céder aux sirènes de l’aventure, la faute à une écriture brouillonne et une réalisation convenue – qui viennent gâcher un spectacle moins divertissant que prévu. Avoir si cette trajectoire sera corrigée par la suite, Nathan Drake étant parti pour durer au cinéma si l’on en croit son succès financier.

© Sony Pictures

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