Trois ans après La Ch’tite Famille, Dany Boon nous présente sa toute nouvelle comédie, 8 Rue de l’Humanité, qui débarque en exclusivité sur Netflix. Comprenant au casting, en plus de l’acteur/réalisateur, Laurence Arné, François Damiens, Liliane Rovère, Yvan Attal, Alison Wheeler, Tom Leeb, Jorge Calvo ou encore Nawell Madani, le long-métrage se concentre sur le confinement des habitants d’un immeuble situé en plein cœur de Paris suite à une certaine pandémie…

Depuis son apparition, il y a de cela près de deux ans désormais, le COVID-19 aura impacté le quotidien d’une grande partie de la population mondiale en étant l’élément déclencheur de périodes anxiogènes où peur du virus, restrictions et confinements se sont entrechoqués avec les conséquences que l’on connaît. Délicat, ce sujet a pourtant rapidement inspiré quelques cinéastes, donnant lieu jusqu’ici à des œuvres opportunistes au mieux ennuyantes, au pire médiocres, Connectés et Songbird – pour parler d’elles – étant loin d’avoir laissé un souvenir impérissable. Dans un contexte qu’il lui est défavorable, entre un faible intérêt du public et des essais infructueux, Dany Boon s’immisce dans la brèche pour nous livrer sa vision de la pandémie, avec une comédie en huis-clos destinée à rendre hommage aux héros du quotidien.

Hypocondriaque connu et reconnu, il était quasi-certain que le plus ch’ti des comédiens allait tôt ou tard s’atteler à ce type de projet. Développé pour Netflix, 8 Rue De l’Humanité nous parle ainsi d’un temps pas si lointain, où le mot d’ordre était de rester calfeutré chez soi, en attendant des jours meilleurs. Pour illustrer cette galère, bouleversant les habitudes de chacun, Dany Boon a choisi le cadre cossu d’un immeuble situé dans le onzième arrondissement de Paris, se concentrant sur une galerie de personnages que tout oppose . Co-écrit avec Laurence Arné, cette comédie permet au comédien de nous rappeler l’importance de se serrer les coudes face à l’adversité et – comme l’indique son titre – de rester humain malgré tout. Un message optimiste et naïf, qu’il n’est pas surprenant de retrouver, puisqu’on le retrouve en filigrane dans sa filmographie, un fil rouge qui n’est pas dérangeant en soi. Ce qui l’est plus est cette propension à s’appuyer sur des archétypes pour développer son propos, qui joue parfois en la défaveur du réalisateur, comme dans le cas présent, où la caractérisation des protagonistes présentés laisse à désirer.

En se reposant sur un schéma classique, le scénario du long-métrage suit un chemin tout tracé où poncifs et lieux communs se rejoignent sur l’autel de l’humour, afin de nous remémorer ces instants passés seul ou en famille entre les quatre murs de nos logements. Se croisent ainsi dans les parties communes, une avocate essayant de concilier vie personnelle et professionnelle aux côtés d’un mari hypocondriaque, une patronne de bistrot désespérée de la fermeture de son établissement, un entrepreneur imbu de lui-même devant s’occuper de ses enfants, un coach sportif et sa fiancée se lançant à l’assaut des réseaux sociaux, une infirmière ou encore un scientifique un brin mégalo voulant à tout prix trouver le vaccin contre la COVID-19. Une galerie de personnages devant faire face aux épreuves dérivant du confinement ainsi qu’aux humeurs des uns et des autres, pour une série de scénettes se moquant gentiment de ce que l’on a collectivement vécu, du parcours du combattant pour sortir de chez soi à la difficulté de télétravailler sans oublier le casse-tête pour adultes et enfants de se retrouver coincés ensemble. En clair, Dany Boon et Laurence Arné ratissent large pour toucher le plus de monde possible mais leur script s’en voit malheureusement plombé, les différentes intrigues développées associées mettant énormément de temps pour trouver leur raison d’être.

D’une durée excessive de plus de deux heures, 8 Rue De L’Humanité pâtit de son écriture pataude, qui joue sur les clichés et stéréotypes. Preuve criante, le numéro de l’acteur/réalisateur, qui nous rejoue la partition de Supercondriaque avec ce rôle de grand angoissé aux méthodes radicales pour se protéger lui et les siens du virus. Même constat pour le self-made man incarné par François Damiens, qui doit composer avec un alter-ego arrogant qui ne fait pas dans la nuance ou encore le professeur foldingue interprété par Yvan Attal, un simili Raoult n’ayant aucune éthique, prêt à tous les coups tordus pour mener à bien ses essais cliniques. Les errements de notre galerie de locataires (et d’un propriétaire) mettent à mal l’efficacité du scénario, qui pagaie longtemps avant de trouver son rythme, ne révélant ses qualités qu’à de très rares occasions. Celles-ci se retrouvent d’ailleurs dans le dernier acte du long-métrage, où l’idée n’est plus de tenter de nous faire rire – ce qui était mal engagé dès le départ – mais de nous attendrir voir de faire pleurer. Lorsque la triste réalité du COVID-19 nous est rappelé, que ce soit au travers la présence de l’infirmière campée par Nawell Madani – qui aurait gagné à une meilleur mise en avant – ou du mari dévoué de la concierge (Jorge Calvo), la bonne surprise de l’intrigue, Dany Boon change de registre et oscille entre chaleur humaine et émotion, avec un dosage aléatoire.

Avec 8 Rue De l’Humanité, Dany Boon nous convie à une comédie en huis-clos à la sauce COVID-19 manquant cruellement de saveur à cause d’un scénario enchaînant les facilités avec clichés à la clé. S’il y a du mieux en fin de parcours, il est dommage que le film patine autant de temps avant de montrer son potentiel – qui reste effleuré. Si cette démarche d’évoquer la pandémie n’est pas des plus enthousiasmantes, on ne peut nier que celle-ci part d’une bonne intention, l’hommage aux personnes ayant souffert de la perte d’un proche ainsi qu’aux héros du quotidien semblant sincère à l’écran. Il y a du cœur à l’ouvrage mais celui-ci se révèle plutôt faiblard.

© Kris Dewitte/Netflix

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