Après un an d’absence, Désenchantée, la dernière série d’animation en date de Matt Groening (le papa des Simpson et Futurama) co-créée avec Josh Weinstein est finalement de retour sur Netflix, pour entamer sa seconde saison – ce qui correspond à sa troisième partie. Alors que nous avions laissé Bean, Elfo et Luci dans une situation pour le moins ‘brûlante’, notre trio échappant de justesse à leur mise à mort grâce à l’intervention inespérée de Dagmar – la maléfique mère de notre princesse – quelles mésaventures les attend désormais ?

Après quelques balbutiements au démarrage, Désenchantée avait su trouver un semblant de rythme dans sa seconde partie en parvenant à dévoiler certaines de ses cartes quant à sa mythologie tout en nous embarquant dans des quêtes annexes loufoques, pour un résultat plaisant. Empruntant un chemin différent des précédentes créations de Matt Groening en privilégiant le développement d’intrigues sur le long terme, la série trouve peu à peu son identité, un constat se confirmant en ce début de deuxième saison, qui nous accapare ici.

Les dix premiers épisodes composant cette troisième partie renforcent ce format sériel instauré avec une avancée notable dans l’articulation des différentes storylines établies depuis le commencement, permettant ainsi de préciser – petit à petit – le rôle de Bean au sein de cet échiquier géant où chaque joueur met en place des pions stratégiques dans l’élaboration de leurs stratagèmes, que ce soit Odval, Dagmar ou Alva Gunderson, nouveau protagoniste clé affirmant l’importance du monde steampunk de Steamland dans ces histoires de complots, qui sont décidément légions à Dreamland. Un royaume au cœur de toutes les convoitises et qui n’est pas prêt de connaître une once de stabilité, avec le spectre d’un conflit imminent et une gouvernance des plus fragilisées. Rien ne va plus et les choses sérieuses commencent pour nos principaux personnages.

L’équipe créative a ainsi mis la pédale douce au niveau de l’humour, avec un délire plus atténué que d’habitude, faisant le choix de laisser place à une certaine forme d’introspection. Certes, nous rions moins dans cette troisième partie mais le comique de situation est toujours présent pour nous divertir et les dialogues restent efficaces, même si l’on doit concéder que les sarcasmes de Luci manquent cruellement. D’ailleurs l’effacement du personnage en milieu de route nuit est clairement le point faible de cette nouvelle salve d’épisodes, notre démon se voyant reléguer au second plan – pour mieux revenir en force dans la prochaine on l’espère, ce qui est fort probable vu la tournure des événements. Si le résultat n’est pas drôle, il y a tout de même des fulgurances à l’image de la prise de drogue de Bean et Oona dans Sacré Coup De Lune donnant lieu à un trip hilarant.

Nos scénaristes se concentrent avant tout sur la crise identitaire de nos personnages et ce à plusieurs échelles, des premiers rôles aux seconds couteaux. Ainsi, le jeune Derek a le droit a une mise en avant avec son couronnement furtif puis son passage à l’adolescence – synonyme de remise en question, lui permettant d’être à l’honneur d’un épisode au même titre que ce cher cochon de Merkimer qui va profiter d’un retour au pays pour réfléchir sur le sens de la loyauté. Les atermoiements de Bean, Elfo et Zøg sont plus profonds à commencer par la plongée progressive de ce dernier dans un état de folie. Une perte des réalités qui a démarré comme un running-gag avec ses nombreux cancanements et s’est terminé sur une note plus amère, avec un renoncement tragique amenant sa fille à devenir celle qu’elle ne voulait pas : le reine de Dreamland.

Avec un destin trop grand pour elle, Bean cherche encore qui elle veut être et doit s’affirmer, pour une remise en question intéressant à suivre, d’autant plus lorsque sa sexualité est abordée – ce qui est rare dans le domaine de l’animation. Un cas de figure faisant écho à la trajectoire d’Elfo, qui ne sait pas non plus qu’elle est sa place et peine à trouver l’amour. Des thématiques matures qui sont traitées lors d’un épisode intimiste, Le Grand Plongeon, qui voit notre duo dans un voyage introspectif au milieu de l’océan où rêve et réalité se confondent – ou pas – pour mieux apporter une révélation sur notre chère Tiabeanie avec l’éclosion d’une romance entre cette dernière et une sirène. Un chapitre qui témoigne de cette volonté de Matt Groening et Josh Weinstein de creuser la quête intérieure de leurs personnages, quitte à faire déchanter quelques fans, en attente de délires en tout genre.

Si l’écriture repose moins sur l’humour, on ne boude pas son plaisir devant cette troisième partie qui s’avère plus personnelle et confirme un tournant dans l’histoire de Désenchantée, avec l’émergence d’une tonalité plus sombre. Ces nouveaux allers-retours entre Dreamland et d’autres contrées ne manquent pas de piquant et on apprécie l’identité que prend la série, aussi bien au niveau de son scénario mais également de sa réalisation – toujours supervisée par Rough Draft Studios – qui profite d’une animation travaillée et fluide, avec comme point d’orgue la photographie onirique de l’épisode Le Grand Plongeon, qui sert de porte-étendard de la nouvelle direction empruntée par l’équipe créative. Il n’y a plus qu’à voir si les fils directeurs tirés dans cette fournée nous emmèneront sur un terrain satisfaisant dans la suite de cette deuxième saison.

© The Hululu Company / Netflix

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