[Critique] Nimic, usurpation d’identité

Deux ans après La Favorite, Yórgos Lánthimos fait son retour derrière la caméra avec Nimic, un court-métrage – disponible sur la plateforme Mubi – qui comprend au casting Matt Dillon, Susan Elle, Daphne Patakia et nous fait suivre un violoncelliste professionnel qui va voir sa vie chamboulée après une rencontre dans le métro…

Après une parenthèse caustique avec La Favorite, Yórgos Lánthimos revient au style froid et anxiogène de ses précédentes œuvres, poursuivant avec Nimic l’étude de sa thématique phare à savoir la notion d’identité.

Qu’est ce que l’être humain et quel est son rôle en ce bas-monde ? Une question qui taraude notre réalisateur grec depuis ses débuts et qui continue de l’inspirer si l’on se fie à ce nouvel objet filmique non identifié qu’il nous offre. Les amateurs de son univers si particulier se réjouiront de ces douze minutes angoissantes tandis que ceux qui y sont restés imperméables seront probablement conforter dans leur avis. Quoiqu’il en soit Nimic se veut un thriller à tendance paranoïaque, plongeant son personnage principal dans une réalité échappant à son contrôle et bouleversant ses convictions.

Le réalisateur, qui a co-écrit ce court avec son comparse Efthymis Filippou, s’amuse avec la suspension de l’incrédulité et cherche une fois de plus à tout bousculer le spectateur dans ses attentes. Ici, la rencontre fortuite entre une homme et une femme va donner lieu à une réflexion la place de chacun dans l’existence et sur son utilité. Quand un violoncelliste à la vie bien rangée va demander l’heure à une inconnue dans le métro, ce dernier va voir s’abattre sur lui une force du destin implacable et prodigieusement sadique, qui va le mettre face à sa propre artificialité. Suivi par cette personne qu’il ne connaissait pas la minute d’avant, notre homme va rapidement déchanter quand celle-ci s’immisce littéralement dans son quotidien.

L’intrigue prend alors un tournant absurdement glauque quand cette femme prétend être notre personnage principal. L’atmosphère se tend alors que ce döppelganger prend littéralement la place de notre musicien, aussi bien dans l’enceinte de sa maison que dans son milieu professionnel. Sans en dévoiler la finalité, cette histoire abracadabrantesque dérange – dans le bon sens du terme – instaurant un malaise que l’on a l’habitude de ressentir chez Lánthimos. En à peine un quart d’heure, on se laisser déboussoler par Nimic, qui prend un malin plaisir à déstabiliser pour mieux renforcer sa réflexion sur l’identité. Sommes-nous d’une telle uniformité que n’importe qui peut prendre la place d’un autre ? Un questionnement qui est pertinent dans la réalité présentée par le réalisateur, qui critique souvent une société déshumanisée. Ce court se veut d’ailleurs le miroir d’Alps, son long-métrage sorti en 2011, avec cette idée de remplacement et prolonge son analyse sur la superficialité de l’être humain. Un produit à l’obsolescence programmée, facilement interchangeable.

Un cynisme et une froideur qui sont amplifiés par la mise en scène caractéristique de Yórgos Lánthimos, dont la patte est bien présente à l’écran avec entre autres l’utilisation de ces focales courtes, ces fisheye – procédés qui agrémentent cette sensation de pertes de repères – sans oublier son sens de la symétrie ainsi que fluidité avec plans séquences et travellings à la clé. Quant au jeu d’acteurs, le stoïcisme apparent de Matt Dillon et de Susan Elle est certes troublant mais convient parfaitement à la démonstration du réalisateur sur ce qu’est l’incarnation d’un rôle. N’oublions pas la place centrale de la musique dans cette intrigue, avec une partition orchestrale dissonante venant parachever ce sentiment d’inconfort et instaurant une tension progressive.

Avec Nimic, Yórgos Lánthimos propose un court-métrage déroutant creusant une thématique précédemment mise en lumière dans ses longs-métrages : l’identité. Par le biais du thriller psychologique, le réalisateur renoue ainsi avec le style cynique et glaçant de ses débuts pour une réflexion pessimiste sur l’uniformité de l’être.

© MUBI France

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