[Critique] Tenet, les couloirs du temps

Trois ans après Dunkerque, Christopher Nolan est de retour derrière la caméra avec Tenet, qui réunit un casting composé de John David Washington, Robert Pattinson, Elizabeth Debicki, Kenneth Branagh, Clémence Poésy, Himesh Patel, Dimple Kapadia, Michael Caine et nous entraîne dans une mission pour le moins alambiquée où le temps va devenir un élément clé pour déjouer une possible Troisième Guerre Mondiale…

Avec Tenet, Christopher Nolan poursuit son analyse de la temporalité, une thématique récurrente de son oeuvre, pour nous propulser dans un film d’espionnage où action et science-fiction vont de pair pour mieux dérouter le public.

Après une parenthèse historique avec Dunkerque, le scénariste/réalisateur revient avec un high-concept prometteur qui joue avec une notion de physique, en l’occurrence l’entropie, pour mieux se l’approprier. Ainsi, les tropes propres au cinéma de Nolan sont aux abonnés présents, ce qui en réjouira certains et en énervera d’autres. Ce qu’il faut retenir de Tenet, c’est qu’il a été pensé comme une expérience à découvrir sur grand écran et en ce sens, cet essai est réussi. Le réalisateur est d’ailleurs un petit malin, il complexifie son intrigue pour mieux nous faire revenir dans les salles obscures ! De ce fait, pour se faire une idée précise de ce blockbuster pour le moins iconoclaste, plusieurs visionnages pourront être nécessaire selon les ressentis, afin de mieux apprécier (ou non) cette oeuvre.

Plus sérieusement, si les ficelles qu’utilise Christopher Nolan commencent à être visibles, se traduisant par quelques maladresses au niveau de l’écriture et de la théorisation de l’inversion temporelle, qui aurait gagné à être plus fluide scénaristiquement parlant. Un défaut qui témoigne dans ce cas précis de la difficulté de ce dernier à expliquer simplement les principes qu’il veut mettre en place. Malgré ce manque de limpidité, le voyage palindromesque auquel nous sommes conviés est si généreux qu’au final on ne peut renier son efficacité.

Le long-métrage invite son protagoniste principal – un agent secret – à repenser sa conception de la réalité quand il se voit rejoindre les rangs d’une organisation nébuleuse, qui lui confie une mission capitale pour lui et pour l’avenir de l’humanité. De ce point de départ à la James Bond, permettant une investigation d’envergure internationale et des séquences d’infiltration intenses et explosives, Tenet nous plonge sans temps mort dans un film d’espionnage classieux, qui doit beaucoup au charme de son casting, à commencer par le tandem formé par les personnages de John David Washington et Robert Pattinson, dont la complémentarité et la complicité, qui doivent beaucoup à l’alchimie entre les deux comédiens, tout deux impeccables dans leur costumes, sont l’âme du film. Ajoutons à cela une Elizabeth Debicki remarquable dans ce rôle à la hauteur de son talent – qui on l’espère lui permettra de prendre de l’ampleur dans le milieu du septième art (elle le mérite) – et nous avons un trio chic et choc qui fonctionne. Leur parcours ainsi que leurs intérêts étant terre-à-terre, cela aide à capter notre attention quant aux tenants et aboutissants de ce mic-mac temporel car y ajoutant une variable émotionnelle non négligeable dans cette équation qui remue les méninges.

En parlant des éléments de science-fiction nécessaires à notre compréhension de cette histoire, ceux-ci sont inséminés progressivement dans notre esprit et dans celui de nos personnages, ce qui divise le long-métrage en deux parties distinctes : une première qui se veut prenante et nous embarquant doucement mais sûrement dans ce concept d’inversion entropique, avant de nous y immerger totalement dans une seconde partie qui rebat les cartes de même que les enjeux de l’intrigue. Malgré quelques instants confus, le rythme est bien géré, les deux heures trente passant à une vitesse folle.

Si le scénario n’est pas exempt de défauts, il faut reconnaître que cet exercice de style purement nolanien offre un divertissement grisant, avec une idée porteuse visuellement et parfaitement mise en valeur au niveau de la réalisation, maîtrisée. Les nombreux ‘set-pieces’ émaillant Tenet confirment l’ambition voulue par son maître d’orfèvre, c’est-à-dire nous en mettre plein la vue. Sur ce point la mission est réussie, on se laisse facilement happer par ces moments forts et notre rétine retient entre autres les séquences d’assaut ouvrant et refermant cet imposant chapitre de l’oeuvre du metteur en scène mais également les passages de l’aéroport d’Oslo ainsi que les courses-poursuites, truffées de références passées ou futures, un soin du détail qui est la plus grande qualité du métrage.

S’il ne restera pas dans les mémoires comme l’opus le plus remarquable de la filmographie de Christopher Nolan, la faute à un scénario retranscrivant les limites d’écriture du cinéaste, Tenet n’en reste pas moins un film conceptuel atypique et bougrement divertissant. Porté par un casting de haut-vol et une réalisation léchée, cette mission temporellement instable happe le spectateur grâce à son sens de la précision et de la grandiloquence, pour un spectacle quelque peu confus mais qui en met plein la vue.

© Warner Bros

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