[Critique] Bombay Rose, amours interdits

Après s’être faite repérée avec ses courts-métrages Printed Raimbow ou encore True Love Story, la réalisatrice indienne Gitanjali Rao s’attaque à son premier long avec Bombay Rose, qui nous entraîne dans les rues de Bombay afin d’y évoquer l’amour et ses tabous, nombreux dans une société conservatrice comme l’Inde. Initialement prévu pour sortir sur grand écran, le film d’animation est directement sorti en VOD, depuis le 6 Août.

Travail de longue-haleine pour Gitanjali Rao, qui aura mis six ans à réaliser Bombay Rose, qui se démarque des productions actuelles en matière d’animation, la réalisatrice ayant peint chaque plan à la main, pour un résultat remarquable et hautement poétique, permettant de donner corps aux propos du long-métrage.

S’attelant également à l’écriture du scénario, la réalisatrice nous brosse une vision nuancée de l’Inde et de Bollywood, dépeignant aussi bien les bons que les mauvais côtés de la société, ajoutant de l’épaisseur à l’intrigue. Ainsi Bombay Rose évoque sans fards les tabous qui règnent encore au sein du pays, où les traditions et préjugés ont encore la vie dure, surtout en matière de relations amoureuses, ce qui nous est démontré à travers le parcours de plusieurs personnages. Ces difficultés inhérentes à l’amour nous sont exposées notamment via l’histoire de Kamala et Salim, deux âmes sœurs devant se confronter à leurs origines, elle étant hindoue et lui musulman, de même qu’à leur statut social. Si la subtilité n’est pas toujours de mise pour cette storyline, la destinée de nos tourtereaux maudits étant placée sous le signe du pessimisme, saluons le côté doux-amer des autres intrigues développées.

L’homosexualité est ainsi traitée avec sensibilité et romantisme, la réalisatrice prônant l’ouverture d’esprit avec justesse et lyrisme, nous prenant par les sentiments avec la quête mémorielle d’une ancienne professeure,  se remémorant de sa vie passée avec la femme de sa vie. Gitanjali Rao rend également un hommage à Bollywood, en saluant l’amour du peuple indien pour son cinéma, une thématique présente en filigrane tout du long de l’oeuvre, servant d’exutoire à nos protagonistes qui peuvent rêver, se projeter dans un imaginaire où les problèmes du quotidien s’évaporent et d’espérer des jours meilleurs. Un optimiste teinté d’amertume qui ajoute un certain contraste à cette peinture riche, qui marie tonalités colorées et sombre pour mieux croquer les aspects dissonants de l’Inde qui se mure dans les vestiges du passé au lieu d’évoluer.

Le principal atout de Bombay Rose est sans conteste sa mise en scène, Gitanjali Rao nous offrant des tableaux de toutes beautés, qui captent l’œil du spectateur et aident à instaurer une atmosphère romanesque au long-métrage. La large palette de couleurs utilisée insuffle une certaine poésie à l’ouvrage, passant de nuances vives à ternes, pour mieux souligner les aspérités de son récit, entre ombre et lumière. Notons également les nombreuses idées de mise en scène qui ajoutent un cachet non négligeable à l’ensemble, entre passages oniriques, propices à l’évasion ou séquences en noir et blanc, avec des jeux de miroirs symbolisant le passage du temps, des trouvailles bienvenues et prouvant de la qualité du travail de la réalisatrice.

Avec Bombay Rose, Gitanjali Rao livre un film d’animation visuellement sublime, qui dresse le portrait d’une Inde perdue dans ses traditions d’un autre temps, empêchant toute avancée sociale ou émotionnelle. Un constat amer se traduisant dans les histoires d’amour présentées, avec un scénario oscillant entre espoir et pessimisme, nous démontrant que le chemin vers l’épanouissement est semé d’embûches à cause d’une société ancrée dans le passé. 

BombayRose

© Jour2Fête

 

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