[Critique] Pinocchio, voyage initiatique poétiquement baroque

Deux ans après Dogman, le réalisateur italien Matteo Garrone revient derrière la caméra pour Pinocchio, la nouvelle adaptation en date du roman Les Aventures De Pinocchio de l’écrivain Carlo Collodi avec au casting Roberto Benigni, Federico Ielapi, Gigi Proietti, Marine Vacth, Rocco Papaleo, Alida Baldari Calabria, Davide Marotta, nous entraînant dans l’Italie du XIXème siècle, où un menuisier a sculpté une marionnette qui va miraculeusement prendre vie.

Mainte fois adaptée, du cinéma à la télévision en passant par le théâtre, l’histoire fantastique de Pinocchio, connue de tous, nous est pourtant racontée sous un nouveau jour, cette version se voulant la plus fidèle possible à son modèle littéraire, ce qui en fait sa force.

En regardant le long-métrage de Matteo Garrone, on se dit que le réalisateur a trouvé en l’oeuvre de Carlo Collodi un miroir de sa propre filmographie, son style se reflétant à merveille dans ce conte moral. De la naïveté de son personnage principal à la peinture des milieux modestes, ce voyage initiatique est dans la mouvance de ce que nous a auparavant dépeint le metteur en scène, la violence en moins bien entendu, du parcours tragique des adolescents dans Gomorra ou encore de Marcello dans Dogman. De ce voyage vers l’inconnu et cette perte d’innocence en ressortent ce lyrisme, cet aspect baroque, présent en permanence durant les mésaventures de notre pantin de bois, qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère si particulière de Tale Of Tales, que ce soit dans son opposition entre réalisme et extraordinaire ou par la présence d’un bestiaire plus ou moins pittoresque (visuellement, on retient le côté dérangeant du design des marionnettes de Mangefeu ou encore du grillon).

Avec Pinocchio, Matteo Garrone est donc en terrain conquis, ce dernier transposant naturellement avec son co-scénariste Massimo Ceccherini la trame originale du récit, ce qui permet d’installer une certaine poésie à la trajectoire de notre personnages principal, découvrant avec les yeux de l’innocence les bassesses de ce monde, à travers une série d’épreuves en tout genre, des manigances du Chat et du Renard à l’écran de fumée que représente le Pays Des Jouets. Si le côté candide de notre jeune héros et sa propension à tomber facilement dans tous les pièges possibles peut parfois irriter, une redondance de l’oeuvre originale, le légèreté des moments passés avec la Fée Bleue ou l’émotion de distillant de la relation Pinocchio/Gepetto aident à maintenir notre intérêt face à ces péripéties.

D’ailleurs, en parlant de Gepetto, signalons la performance nuancée de Roberto Benigni qui signe un retour sur le devant de la scène remarqué, se montrant attachant dans la peau de ce menuisier sans le sou qui trouve en sa création, le fils et le réconfort qu’il a tant cherché. On aurait aimé que son temps de présence soit rallongé mais ce dernier s’efface pour laisser le jeune Federico Ielapi porter le long-métrage sur ses épaules, ce qu’il réussit avec une prestation simpliste faisant ressortir la naïveté propre à son personnage. Quant aux seconds rôles, de Gigi Proietti à Marine Vacth, tous incarnent avec implication ces figures marquantes du roman et l’ensemble du casting parvient à insuffler ce soupçon de fantaisie propre à cet univers iconoclaste.

Du côté de la réalisation, Matteo Garrone se montre plutôt classique dans la forme, privilégiant un certain côté intimiste et évitant le déluge d’effets numériques, pour mieux nous faire croire à ce qui se passe devant nos yeux. Visuellement, si les choix artistiques quant à l’apparence des certains protagonistes pourront en dérouter plus d’un, cela instaure au final une aura fantasmagorique au long-métrage, un effet renforcé par la photographie lumineuse et soignée de Nicolai Brüel, qui invite au voyage.

Avec Pinocchio, Matteo Garrone livre une adaptation des plus fidèles à l’oeuvre de Carlo Collodi, lui permettant de poursuivre l’exploration de ses thèmes phares pour un conte initiatique où la bassesse de l’homme est vu à travers le prisme de l’innocence. En résulte un long-métrage, certes consensuel mais poétiquement baroque où l’ordinaire se mêle au merveilleux, pour une odyssée plaisante à suivre.

Pinocchio

© Archimede Film

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