[Critique] Donnybrook, lutter pour survivre

Après Dark Night, inédit en France, le scénariste et réalisateur Tim Sutton est de retour derrière la caméra avec Donnybrook, l’adaptation du roman éponyme écrit par Frank Bill comprenant au casting Jamie Bell, Frank Grillo, James Badge Dale et Margaret Qualley, nous faisant suivre Jarhead, un père désespéré prêt à tout pour nourrir ses enfants, quitte à participer à un combat clandestin…

Avec Donnybrook, Tim Sutton livre un thriller âpre et sous tension, nous plongeant dans une Amérique désabusée où le désespoir règne en maître. Le long-métrage dresse un portrait acerbe et peu flatteur d’un système laissant une partie de la population sur la touche, ces derniers devant (littéralement) se battre pour espérer vivre des jours meilleurs.

C’est dans ce contexte que le scénario, écrit par le réalisateur, met en opposition des destins tragiques, ceux de deux vétérans, Jarhead et Chainsaw Angus, qui foncent tête baissée vers la perdition. Si pour le premier, les choix sont dictés pour le bien de sa famille, luttant pour un avenir plus radieux, pour le second, son propre profit est au cœur de ses agissements, ce dernier dealant de la méthamphétamine avec Liz, sa jeune soeur.

Nous suivons ainsi le parcours de ces êtres désespérés, s’entrecroisant alors que tous s’enfoncent vers la noirceur, Jarhead mettant tout en oeuvre pour participer au Donnybrook, un combat clandestin avec pactole à la clé, unique lueur d’espoir pour lui et les siens, tandis que Angus et sa cadette s’attardent à fournir leur client et réclamer leur dû, quitte à sombrer dans la violence. La brutalité est présente, ce qui est un aspect attendu de par son sujet mais Tim Sutton s’attarde surtout à instaurer une ambiance pour le moins amère, ce qui ajoute une aura crépusculaire non négligeable au film. Si le rythme aurait quelques fois gagné à être plus resserré, on se laisse embarquer dans ce saut dans l’abîme, qui ne laisse pas indifférent.

Ce qui marque dans Donybrook, outre les coups et autres virulences, est la partition inspirée de son casting. Jamie Bell, continue de consolider son jeu et se montre à la fois doux et robuste, parvenant à nous investir dans la quête désespérée de son personnage. Une prestation contre-balancée par celle de Frank Grillo, qui se plaît à jouer les salauds et construit un protagoniste implacable et incontrôlable. Au milieu, retenons la performance de Margaret Qualley, qui électrise l’écran dans la peau de Liz, qui se cherche dans une existence tournée autour de la criminalité, ses doutes apportant une nuance bienvenue dans cet univers où la testostérone est omniprésente.

Dans sa mise en scène, Tim Sutton privilégie le réalisme et laisse sa caméra être spectateur des événements, la réalisation étant de ce fait effacée, permettant aux acteurs de s’accaparer l’écran. Ce qui ressort de ce choix est que l’utilisation d’un minimum d’effets permet aux séquences chocs de marquer plus facilement la rétine. Enfin, la photographie terne et grisâtre complète ce tableau pour le moins obscur et cru.

Avec Donybrook, Tim Sutton propose un thriller abrupt qui entraîne le spectateur dans une Amérique désenchantée où la misère et la violence prédomine. De ce parcours du combattant, s’enfonçant progressivement dans la noirceur, le réalisateur livre un film brut de décoffrage, porté par une distribution solide. 

Donnybrook

© The Jokers Films

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