[Critique] La Fille Au Bracelet, sur le banc des accusés

Deux ans après Allons Enfants, Stéphane Demoustier est de retour à la réalisation avec La Fille Au Bracelet, un drame judiciaire comprenant au casting Melissa Guers, Roschdy Zem, Chiara Mastroianni et Anaïs Demoustier et nous plongeant au coeur du procès de Lise, une jeune-fille accusée du meurtre de sa meilleure amie..

Avec La Fille Au Bracelet, Stéphane Demoustier livre un long-métrage judiciaire solide servant d’écrin à un drame intimiste sondant les relations parents/enfants, pour un résultat captivant.

Le scénario écrit par ce dernier, adaptant le long-métrage Acusada de Gonzalo Tobal, fonctionne par le soin porté à son intrigue, qui est à la fois un film de procès implacable ainsi qu’une réflexion sur l’adolescence et ses mystères, le tout se déroulant majoritairement en huis-clos, un procédé se voulant immersif et prenant le spectateur à parti en le faisant témoin de ce procès, suivant ainsi les différents réquisitoires et la délibération au sein de l’enceinte du palais de justice.

L’enjeu de La Fille Au Bracelet est de statuer sur la culpabilité ou non de Lucie Bataille, accusée du meurtre de sa meilleure amie, une décision difficile à prendre aussi pour nous que pour les jurés car le scénario joue habilement sur le contraste entre la pertinence des faits énoncés par les différents partis et les zones d’ombres émanant de la défense de la jeune-fille, qui permettent d’entretenir le flou quant aux événements ayant conduit à ce funeste événement et à son implication.

Cette question de l’innocence se traduit également à travers le drame familial se jouant en même temps que ce procès car les parents, comme le public, découvrent au fur et à mesure des plaidoiries un visage de leur enfant qu’ils n’avaient, ou ne voulaient, pas remarqué. L’image que le père et la mère se faisaient de leur fille est à longueur du temps mis à mal et tout comme eux on ne peut être que circonspect face au faits énoncés. La confiance propre au cercle familial se craquelle et renforce notre affect face aux Bataille, qui se montrent humbles dans cette terrible épreuve.

Jusqu’au bout Stéphane Demoustier ménage savamment le suspense, chaque pièce à conviction, chaque question de l’avocate générale venant contredire la version donnée par Lucie, qui elle-même peine à convaincre de part sa froideur, tant d’obstacles soufflant le chaud et le froid quant à la notion de vérité, permettant ainsi de distiller, avec intelligence, le doute dans l’esprit des personnages et du public.

Outre le scénario, ce qui fait la réussite de La Fille Au Bracelet est la prestation de ses comédiens, à commencer par Melissa Guers, la véritable révélation du film qui, pour son premier rôle, est remarquable dans la peau de cette adolescente difficile à appréhender, jouant avec aisance sur les apparences, sa nonchalance et son impassibilité réussissant à perturber le spectateur face à la possible culpabilité de Lucie. Face à elle, Anaïs Demoustier se démarque en se montrant au contraire intransigeante dans la peau de l’avocate générale et aidée par des dialogues ciselées, se montre plus que convaincante dans ses plaidoiries assassines.
Au milieu se trouvent Roschdy Zem et Chiara Mastroianni qui, en incarnant les parents, forment le coeur du long-métrage puisque comme nous ils sont spectateurs de ce procès, ne pouvant que subir ce drame impliquant leur enfant, ce qui fonctionne grâce à leur partition tout en sobriété, leurs silences laissant parfaitement transparaître leurs incertitudes face à cette situation.

Enfin la réalisation de Stéphane Demoustier, aide à instaurer l’atmosphère pesante propre à ce film judiciaire, réussissant à s’approprier les lieux de son intrigue, à commencer par le palais de justice, et profite des espaces confinés offerts à l’aide de l’utilisation de plans-séquences, qui fait gagner en efficacité la teneur du procès, ce rythme soutenu permettant de conserver notre intérêt face à ces réquisitoires et de se concentrer sur la performance de son casting.

Avec La Fille Au Bracelet, Stéphane Demoustier propose un film judiciaire maîtrisé doublé d’une réflexion intelligente sur les affres de l’adolescence et du fossé intergénérationnel se creusant entre parents et enfants. Nous plongeant avec habileté dans un procès nous tenant en haleine jusqu’au dénouement, grâce à une intrigue solide jouant sur les zones d’ombre, pour mieux nous faire douter, le réalisateur et son excellent casting réussissent à nous captiver dans cette implacable quête de vérité.

LaFilleAuBracelet

© Mathieu Ponchel

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