[Critique] I Feel Good, so good

Deux ans après nous avoir fait voyager à travers La Route Des Vins avec Saint Amour, Benoît Delépine et Gustave Kervern sont de retour derrière la caméra pour I Feel Good, avec au casting Jean Dujardin et Yolande Moreau, qui incarnent Jacques et Monique, un frère et une soeur se retrouvant après des années sans se voir. Si Monique a le coeur sur la main et dirige Emmaüs près de Pau, Jacques quant à lui a une seule obsession, trouver l’idée qui le rendra riche…

Avec I Feel Good, Gustave Kervern et Benoît Delépine nous concoctent une fable fantaisiste et humaniste qui leur ressemble mais surtout une satire bien sentie contre le capitalisme, ce qui fait tout le sel et la réussite de leur nouvelle réalisation.

Leur cinéma a toujours été proche des gens, sentant bon le terroir et les bons sentiments et cela ne fait pas exception dans le film dont le cadre se déroule dans une communauté Emmaüs où les notions de partage et d’entraide sont les leitmotiv des personnes y travaillant.

L’humanisme se dégageant de ce lieu et de ces honnêtes gens est vite mis en opposition au cynisme et à l’art de la manipulation propre au personnage incarné par Jean Dujardin qui est la personnification même du capitalisme. C’est là toute la force du scénario, de pointer du doigt, en grossissant un peu le trait, les dérives de ce système. Les dialogues signés par le tandem Kervern/Delépine sont truculents et ajoutent du mordant à cette satire. Les répliques font mouche et sous le ton de l’humour certains échanges témoignent une dure réalité où des hommes sont licenciés pour être remplacés par des machines et où la course au profit entraîne une déshumanisation progressive. Le capitalisme en prend pour son grade et la start-up nation prônée par les politiques est mise en ridicule avec cette plongée dans le dispositif créé par L’Abbé Pierre à savoir Emmaüs. La bienveillance se dégageant de ce lieu et des personnes y travaillant ainsi que les valeurs inculquées par le fondateur du mouvement renforcent le côté froid et calculateur du régime actuel.

Un côté corrosif et poil à gratter digne du Groland et qui fait un bien fou, en particulier lors du dernier tiers du long-métrage qui achève complètement son propos avec une morale et un twist bien pensé, méchamment drôle.

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©Ad Vitam Distribution

En plus du scénario, le jeu d’acteur est l’autre point fort d’I Feel Good avec un Jean Dujardin et une Yolande Moreau très investis. Si pour cette dernière, cela marque la troisième collaboration avec les réalisateurs, pour Dujardin cela marque sa première incursion dans leur univers décalé et poétique. Leur duo frère/soeur fonctionne très bien, l’alchimie entre les comédiens est palpable avec cette complicité qui se révèle plus profonde au fur et à mesure du film avec le poids du passé et les événements présents qui s’entrechoquent, faisant évoluer leur relation. Yolande Moreau incarne avec sincérité Monique, femme simple qui oeuvre pour son prochain et qui cache son mal-être pour ne pas alerter ses amis et camarades et parvient avec aisance à passer du rire aux larmes, à alterner répliques qui sont parfois cinglantes et confessions émouvantes. Elle campe une meneuse à la grandeur d’âme hors-norme, ce qui contraste avec la partition du frère, Jacques.

Jean Dujardin quant à lui nous prouve une fois encore, après Le Retour Du Héros de Jean Tirard, qu’il est doté d’un talent naturel pour jouer les salauds attachants. Pour incarner Jacques, il n’a pas hésité à ternir son apparence physique mais surtout à se montrer sous un bien mauvais jour avec ce protagoniste bourré de défauts, n’hésitant pas à manipuler tout son petit monde sans scrupule avec un seul objectif, devenir riche et ainsi diriger les autres sans rien faire et en profitant de ses profits. Seul bémol ? C’est un parasite fainéant qui n’a jamais rien su faire de sa vie. Voir à l’écran l’acteur enchaîner avec ce côté pince sans rire des éléments de langage grotesques, dignes d’un grand patron ou d’un homme politique est réjouissant puisque ce côté entrepreneur et complètement en adéquation avec l’essence même de Jacques qui est un bon à rien. Le voir traîner toute la journée à essayer de convaincre de pauvres travailleurs de venir tester sa méthode révolutionnaire d’opérations low-low-cost est pathétiquement drôle.

La marque de fabrique de Gustave Kervern et Benoît Delépine au niveau de la réalisation reste la même avec l’utilisation du format 4/3, de l’abondance de plans-séquences, d’une palette de couleurs pastels et d’un cadre iconoclaste à savoir le centre Emmaüs de Pau, qui est bien mis en valeur avec l’immensité des entrepôts destinés à la collecte et à le revente, ses maisons originales, ses fresques représentant le combat de l’Abbé Pierre. Cet univers nous est présenté comme un monde à part, une bulle où il fait bon vivre au contraire de la ville et de ses bâtiments grisâtres. Un village d’irréductibles gaulois, qui résiste encore et toujours à l’envahisseur nommé CAC40.

I Feel Good est une comédie satirique qui souligne le mal-être de notre société individualiste et prône un retour aux valeurs propres à notre République à savoir l’égalité et la fraternité. Par l’absurde, Gustave Kervern et Benoît Delépine nous livrent une fable à la moralité optimiste. Le capitalisme n’est qu’une façade à l’apparence clinquante mais à l’esprit complètement ravagé. La vraie richesse se trouve à l’intérieur de chacun. 

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