[Critique] Sicario La Guerre Des Cartels, semer le chaos

Près de quatre ans après Sicario , réalisé par Denis Villeneuve et sorti de l’imagination de Taylor Sheridan qui signait là son premier scénario, nous retrouvons les personnages de Matt Graver et Alejandro, interprétés par Josh Brolin et Benicio Del Toro pour une suite intitulée Sicario La Guerre Des Cartels, toujours écrit par Sheridan mais cette fois mis en scène par Stefano Sollima (A.C.A.B.Suburra). Nous voilà donc de retour aux abords de la frontière mexicaine où les enjeux pour les cartels et les autorités ne sont plus les mêmes puisque désormais ce n’est plus la drogue mais le trafic d’êtres humains qui prédomine et change la donne…

Sicario La Guerre Des Cartels et une suite à laquelle on ne s’attendait pas. L’absence de Denis Villeneuve à la réalisation et d’Emily Blunt au casting pouvait faire peur au premier abord mais cela n’empêche pas à Stefano Sollima d’en faire un film solide et percutant.

Cette fois Taylor Sheridan se veut moins subtil qu’à l’accoutumée et nous concocte un scénario qui se permet d’être plus violent que son prédécesseur. Dès les premières minutes le ton est donné, cette suite sera brutale et l’action sera plus présente. Avec les thèmes du terrorisme et de la migration illégale, l’histoire est ancrée dans l’actualité et nous montre le changement de politique des cartels qui se mettent à privilégier le trafic d’êtres humains à la drogue.
Les enjeux diffèrent donc du premier volet et La Guerre Des Cartels se démarque, évitant une redite. Cette fois on ne s’attarde plus sur un baron de la drogue mais sur les manipulations inhérentes aux autorités américaines pour tenter de trouver un moyen de faire le ménage dans les cartels mexicains. Semer le chaos, telle est la mission qui est confiée à Matt Graver, qui retrouve pour l’occasion son sicaire Alejandro. Avec ces personnages, nous sommes en terrain connu et nous savons que ces deux hommes sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins.

Cette suite permet à Taylor Sheridan de développer la psyché de son duo vedette en les confrontant aux conséquences de leurs actions car rien ne se passera comme prévu et le chaos qu’ils voulaient provoquer va s’abattre sur eux avec pertes et fracas, donnant lieu à des séquences où la tension est à son comble et où l’on se demande qui va s’en sortir ou non. Par rapport à ce que l’on a appris sur Alejandro dans le premier volet, sa trajectoire dans ce nouvel opus est plus touchante que celle de Graver et plus imprévisible.
Autre choix intéressant de la part du scénariste : jouer avec le statut de l’innocence que représente l’enfance. Nous suivons durant le long-métrage le parcours de deux adolescents, Isabela, fille d’un chef de cartel qui ne manque pas de tempérament et Miguel, américain habitant à la frontière avec le Mexique qui semble bien sous tout rapport mais dont le cousin veut pervertir en le faisant travailler pour un cartel. Deux destins se croisant dans l’univers impitoyable des cartels, devenant les victimes d’un système corrompu de part et d’autre de la frontière et voyant leur vie bouleversée à jamais.

Avec des pointures comme Josh Brolin et Benicio Del Toro, il n’y a rien à redire sur leur jeu d’acteur, ils parviennent aisément à nous faire ressentir les doutes de leurs personnages. Les autres comédiens leur donnant la réplique sont crédibles dans leur rôle que ce soit Ray Donovan, Matthew Modine ou encore Catherine Keener, la bonne surprise vient des jeunes Isabela Moner et Elijah Rodriguez, l’une pour son passage progressif de la dureté à la sensibilité et l’autre pour son interprétation basée sur l’impassibilité, un trait de caractère qui nous fait nous questionner sur sa volonté tout au long du film, va t-il basculer ou non ?

Quant à la réalisation de Stefano Sollima, ce dernier s’en sort très bien et n’essaye pas de copier Denis Villeneuve. Il arrive à insuffler la tension nécessaire à ses séquences d’actions pour nous déranger et au contraire sait poser sa caméra et fait un bel effort sur la mise en scène lorsqu’il se concentre sur le questionnement de ses personnages, en particulier sur Alejandro. Le choix de ponctuer le long-métrage de plans filmés en plongée est pertinent quant au sujet du film, basé sur la surveillance, la manipulation.

Sicario La Guerre Des Cartels se révèle une suite solide au premier opus de Denis Villeneuve et propose un point de vue différent sur ces fameux conflits survenants à la frontière entre États-Unis et Mexique. Si cette fois le scénario de Taylor Sheridan ne fait pas dans la dentelle, cette plongée au coeur du chaos est percutante. Le tandem Josh Brolin/Benicio Del Toro est l’atout du long-métrage et ils sont bien aidés par le reste du casting et par la réalisation de Stefano Sollima. Vu la tournure des événements, nous sentons que Sheridan a de la suite dans les idées concernant Sicario et nous sommes curieux de voir où il veut emmener la franchise.

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