[Critique] Pentagon Papers, démocratie mon amour

Tandis qu’il était en pleine post-production de Ready Player One, qui était supposé être son prochain long-métrage, Steven Spielberg a surpris tout le monde avec Pentagon Papers, qui a été annoncé en Mars et qui est sorti courant Décembre aux États-Unis soit un tournage très rapide. Pour reconstituer cette histoire vraie de la divulgation par le Washington Post du rapport intitulé United States-Vietnam Relations, 1945-1967: A Study Prepared by the Department of Defense, un document secret-défense sur la guerre du Vietnam en 1971, le réalisateur s’est entouré de Meryl Streep et de Tom Hanks, marquant la cinquième collaboration entre les deux hommes. Le casting comprend également Sarah Paulson, Bob Odenkirk, Matthew Rhys, Alison Brie ou encore Jesse Plemons.

Avec Pentagon Papers, Steven Spielberg signe un film engagé sur la liberté de la presse ainsi que sur le féminisme.

En adaptant un fait historique s’étant déroulé il y a plus de quarante ans, le long-métrage n’a jamais été aussi d’actualité avec cette atmosphère pesante où des présidents mentent à leur pays et dénoncent le travail des journalistes essayant de dévoiler ce qu’ils essayent d’enterrer. Si on peut y voir une charge contre le gouvernement actuel, ce qui est juste, le réalisateur va encore plus loin en nous démontrant que cela fait des décennies que les politiques modulent la vérité à leur guise pour arriver à leurs fins. Nixon personnifie ce pouvoir corrompu et nous est représenté comme l’ennemi de Pentagon Papers, celui qui tente de tirer les ficelles dans l’ombre et qui utilise la menace pour étouffer ce scandale qui arrive. Le pessimisme est de mise lorsque l’on découvre dans ces fameux documents classifiés que les hommes d’état américains se sont succédé et que tous savaient que la guerre du Vietnam était un conflit sans-issue pour les États-Unis mais qu’ils ont persisté et ont continuer cette guerre, tuant des milliers de personnes.

Pentagon Papers est un cri du cœur en faveur de la démocratie car ce que l’histoire nous a montré et qui est mis en valeur dans le film, c’est que le travail acharné des journalistes pour dévoiler la vérité a porté ses fruits et a été décisif. Si le gouvernement a tout fait pour les mettre sur la touche, ils ont mené à bien leur mission en rappelant que le premier amendement de la Constitution protégeait entre autres la liberté d’expression ainsi que celle de la presse. Et le long-métrage appuie bien sur ce point.

Si la première partie se concentre sur les relations au sein de la rédaction du Washington Post ainsi que sur la concurrence entre le journal et le New York Times, une fois que la divulgation du dossier par ces derniers débute, nous entrons dans le vif du sujet. En dévoilant quotidiennement des informations sur ce fameux document compromettant, le New York Times a fini par recevoir une injonction, les empêchant d’en révéler davantage. Le gouvernement fait pression pour ne pas entacher son image sauf qu’en opérant de la sorte, il met à mal le principe même de la démocratie. La presse doit réaffirmer son statut de contre-pouvoir et pour le Washington Post prendre la suite du Times va s’avérer avoir une portée plus importante que jamais. Faut-il publier les pages de ce rapport secret-défense et risquer de tout perdre ?

C’est à partir de ce moment que Pentagon Papers change une nouvelle fois de rythme pour nous plonger dans une course contre la montre où la tension est palpable. Tout se complique avec le journal qui s’apprête à entrer en bourse, des désaccords entre les journalistes ainsi que le rédacteur en chef, Benjamin Bradlee (Tom Hanks) et au milieu de conflit, la présidente Katharine Graham sur qui tous les espoirs reposent. Va t-elle accepter cette publication, elle qui est une amie de l’initiateur de ces documents, Robert McNamara, qui était secrétaire à la défense de 1961 à 1968 ? C’est là que nous constatons la proximité entre le milieu politique et journalistique, qui peut nuire à l’objectivité et à la partialité. Tiraillée de toute part, celle qui possède le Post arrivera t-elle à faire la part des choses ? Le suspense est de mise et lors lors d’une scène parfaitement maîtrisée, les rapport de force entre les protagonistes sont bousculés et Katharine Graham prend le dessus. Elle qui n’est jamais prise au sérieux par ses compères mène alors la partie et va faire un choix symbolique.

Cela nous mène au deuxième thème central du long-métrage, le féminisme. En héritant du Washington Post à la mort de son mari, Katharine s’est vu propulsée au poste de présidente du journal mais du fait de sa courte expérience, ne parvient jamais à s’imposer, toujours mise au second plan par les hommes de la rédaction et autres actionnaires. Les événements du film vont nous montrer une femme qui au final a bien plus de courage que la plupart de ses homologues masculins. Preuve en est, au début du film, sa relation avec Benjamin Bradlee s’avère problématique, ce dernier n’hésitant pas à la remettre à sa place lorsqu’ils parlent de journalisme alors qu’elle est sa supérieure mais à la fin, un rapport d’égalité s’est formé, elle se fait respecter par ses pairs. Il n’y a pas que la démocratie qui est défendue dans Pentagon Papers mais également le droit à l’égalité homme/femme.

Que dire sur le casting à part qu’il est royal ? Associer Tom Hanks à Meryl Streep est une idée brillante et les deux acteurs prouvent comme d’habitude qu’ils font partie des plus grands. Hanks se délecte à jouer Bradlee, rédacteur en chef à l’affût du scoop et à la langue bien pendue, ne se laissant pas marcher sur les pieds. Soit l’opposé du jeu de Streep qui dans la peau de Katharine Graham joue sur la sensibilité de ce personnage, sans cesse renvoyer à sa condition de femme non compétente, qui va apprendre à s’affirmer quand la situation le demande. Le reste de la distribution ne démérite pas face à ces deux monstres sacrés et tous ont un rôle à jouer, que ce soit Sarah Paulson, Bob Odenkirk ou encore Allison Brie.

La réalisation de Steven Spielberg est une nouvelle fois soignée. Nous avons une belle reconstitution des années 70  et la photographie est travaillée. Le réalisateur s’amuse surtout avec la gestion de l’espace avec ces longs couloirs, que ce soit au sein de la rédaction du Washington Post avec cette succession de bureaux et de journalistes présent qui accentue l’effervescence et cette idée d’urgence permanente, mais aussi des maisons de Bradlee et Graham qui sont des endroits plus réduits mais où des enjeux clés ont lieu. Alors que le décompte est lancé et qu’il ne reste que quelques heures pour classer les pages du rapport et en faire un article, le réalisateur se balade entre les pièces et les personnages à une vitesse qui nous signale que le temps joue contre eux. Même les jeux de pouvoirs sont accentués par les angles utilisés et Meryl Streep est souvent reléguée au second plan, les hommes se mettant souvent sur sa trajectoire mais lors de la scène décisive de la conversation téléphonique où la décision de publier ou non doit être prise, la caméra met en avant Graham et la positionne au premier plan, la place qu’elle aurait dû avoir dès le début. Elle devient une figure du féminisme et la scène de la sortie du tribunal achève l’ascension de cette femme forte. Autre séquence importante à retenir, celle de cette fameuse publication, où nous suivons les étapes de la conception du journal de l’impression à la livraison. Symbole de la liberté de la presse et de son triomphe.

Pentagon Papers est un grand film sur le journalisme où Spielberg dénonce les mensonges d’état et les abus de pouvoirs, aussi bien au niveau politique qu’au niveau de l’égalité homme-femme. Nous sommes face à un plaidoyer pour la démocratie, qui doit résister aux pressions exercées par les gouvernements. En se battant pour la liberté, nous pouvons la protéger. 

pentagonpapers

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