[Critique] Jusqu’à La Garde, l’art de la tension

Après avoir fait sensation avec son premier court-métrage, Avant Que De Tout Perdre, qui avait remporté le César Du Meilleur Court-Métrage en 2014, Xavier Legrand revient cette fois avec un long-métrage qui est la continuité de ce dernier. Dans Jusqu’à La Garde il retrouve donc Léa Drucker, Denis Ménochet et Mathilde Auneveux qui jouent le couple Besson et leur fille Joséphine. Le rôle du fils, Julien, était interprété par Miljan Chatelain dans le court et pour être en raccord avec les années qui ont passées, se voit désormais joué par Thomas Gioria. Le film nous plonge dans une famille en crise suite au divorce des parents. La mère, Miriam, accuse le père, Antoine de violences et demande la garde exclusive de leurs enfants…

Jusqu’à La Garde a été récompensé de deux Lion D’Argent à la 74ème Mostra De Venise (celui Du Meilleur Premier Film et De La Mise En Scène) et c’est amplement mérité tant ce premier film de Xavier Legrand est réussi.

La tension est palpable et diablement maîtrisée du début à la fin et on sort de cette expérience complètement lessivé. En misant sur le réalisme avec un aspect quasi-documentaire, Xavier Legrand parvient à rendre son long-métrage glaçant. Dès le départ le ton est donné avec un plan-séquence suivant le couple Besson au tribunal avec les avocates défendant chacune leur client auprès de la juge, où les raisons de ce divorce nous sont évoquées. Chaque parti à son point de vue et, comme la juge, nous ne savons pas qui dit réellement la vérité. Antoine est-il un homme violent ? Miriam tente t-elle par tous les moyens d’obtenir la garde exclusive de ses enfants ? Le doute est insufflé dans l’esprit du spectateur.

Dès lors que la garde est décidée de manière alternée, nous découvrons la vie de cette famille, qui est complètement chamboulée. Et là le long-métrage bascule dans une sorte de thriller où nous nous méfions d’Antoine et de Miriam. Au milieu nous avons les deux enfants, Joséphine et Julien, qui vont devoir se faire à cette nouvelle situation. Vivant avec leur mère depuis la séparation, ils semblent peu enclin à revoir leur père. La première songe à une nouvelle vie avec son petit-ami (Mathieu Saïkaly) mais le cadet ne peut pas y échapper et doit vivre de temps à autre avec lui. Là encore dans cette situation, la tension est présente, on se dit qu’une étincelle pourrait tout faire embraser. Le silence est prédominant pour renforcer cette atmosphère étouffante. Et le spectateur stresse. À chaque instant tout peut basculer, c’est très anxiogène. Chaque rencontre entre les membres de cette famille brisée peut dégénérer et on attend que l’inévitable arrive, car cela ne peut pas être autrement. Angoissant, à s’en ronger les ongles.

Là encore saluons, en plus du scénario, la réalisation de Xavier Legrand qui se joue de nous avec le bruit du quotidien, qui se veut violent, déchirant le silence où nous sommes plongés. Les portes qui claquent ou encore le coup de klaxon du véhicule d’Antoine pour prévenir de son arrivée par exemple nous ferait presque autant sursauter que Miriam et les enfants. Et le paroxysme est atteint lors de deux séquences magistrales, un passage musical où la mise en scène est brillante ainsi qu’une autre dont je n’en dirais pas plus mais où le malaise et le suspense est au rendez-vous.

La réussite de Jusqu’à La Garde vaut également grâce au jeu de ses comédiens : Léa Drucker et Denis Ménochet en tête, qui sont impressionnants. La fragilité de Miriam toute frêle opposé à un Antoine imposant, à fleur de peau ajoute de la force au film. Les deux personnages semblent à bout, lessivés, se montrent par moment froids, brisés, menaçants et leur silence respectif nous font craindre le pire. Mathilde Auneveux et Thomas Gioria, qui campent Joséphine et Julien, se montrent très crédibles en jouant des enfants bouleversés, qui oscillent entre la peur et la colère. La direction d’acteur est excellente.

Avec Jusqu’à La Garde, Xavier Legrand nous entraîne dans un drame oppressant où la vie quotidienne ne nous a jamais paru aussi angoissante. Ce premier long-métrage est un exercice de style réussi où la tension est maîtrisée d’une main de maître. Une oeuvre puissante et éprouvante. 

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