Trois ans après Comme par magie, Christophe Barratier vient d’effectuer son retour derrière la caméra avec Les Enfants de la Résistance, adaptation de la bande dessinée éponyme à succès créée par Vincent Dugommier et Benoît Ers. Porté par Lucas Hector, Nina Filbrandt, Octave Gerbi, Artus, Gérard Jugnot, Pierre Deladonchamps, Leslie Medina, Julien Pestel, Julien Arruti et Vanessa Guide, le film nous (re)plonge en pleine Seconde Guerre Mondiale pour suivre un trio de jeunes braves tentant à leur niveau de lutter contre les soldats allemands venus s’installer dans leur paisible village.
Maintenant que les célébrations inhérentes au vingtième anniversaire du film le plus emblématique de sa carrière, Les Choristes, sont derrière lui (durant des mois, se sont tenus des ciné-concerts en France et en Europe), Christophe Barratier nous revient avec un long-métrage synonyme d’incursion dans le domaine de la bande dessinée. S’il avait déjà jeté son dévolu sur plusieurs œuvres littéraires, en l’occurrence Le Temps des secrets (troisième tome des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol) mais également La Guerre des Boutons de Louis Pergaud, qu’il avait revisité sur grand écran en 2011 à travers La Nouvelle Guerre des Boutons, le cinéaste s’est intéressé cette fois à une autre forme de livre, ayant travaillé à la transposition d’une saga initiée il y a près d’une décennie. Les Enfants de la Résistance. Imaginée par Vincent Dugomier et Benoît Ers, cette série en neuf tomes – à ce jour – éditée par Le Lombard plonge le lecteur en pleine Seconde Guerre Mondiale, suivant le parcours d’un groupe d’enfants déterminé à tenir tête à l’ennemi nazi.
Alors que le Régime de Vichy a été institué, les troupes d’Hitler se positionnent sur une large partie du territoire français pour mieux imposer leur loi. Face au joug de l’oppresseur François, Eusèbe et Lisa, trois jeunes courageux, se lancent dans une aventure secrète : résister aux nazis à leur échelle. Entre sabotages, messages cachés et évasions périlleuses, ils vont mener des actions clandestines sous le nez de l’ennemi. Mais contrairement aux adultes, nos héros n’ont pour arme que l’audace et l’amitié pour lutter contre l’injustice, ce qui peut paraître dérisoire mais se révèle être un atout. Un sujet fort, ici abordée avec une certaine légèreté par Barratier, dans un but pédagogique, celui-ci tissant un script (se basant sur les deux premiers tomes de la BD originelle) pouvant parler à tous les publics, de sept à soixante-dix-sept ans.
Ce qui donne ainsi lieu à une production familiale qui se sert de la grande Histoire pour proposer un récit initiatique où le courage est mis à l’honneur, en se consacrant à une jeunesse résolue à se battre pour ses idéaux, pour la liberté. De ce fait, l’horreur propre à l’Occupation reste cachée dans un coin de l’écran, tout du moins durant la grande majorité du métrage, afin de préparer progressivement son auditoire cible à la réalité de la résistance. Un choix créatif faisant sens, mais maladroitement exécutée, le réalisateur et son coscénariste Stéphane Keller ne sachant pas comment donner de l’éclat au drame, ce qui amène à une redite en termes de rebondissements.
Tandis qu’ils devraient être constamment sur le fil du rasoir, notre trio principal et leurs proches suivent une ligne de crête moins escarpée qu’il n’y paraît, le danger manquant à l’appel. Ajoutez à cela un surplus de second couteaux, ralentissant le rythme – à l’image du collabo du café du commerce incarné par Julien Arutti – et une mise en scène manquant clairement de vigueur, des défauts empêchant Les Enfants de la Résistance de prendre de la hauteur qualitativement parlant. Ce qui est dommage car dans son dernier quart d’heure, le film nous prépare à cette fin de l’innocence, à travers la trajectoire du père d’Eusèbe (qui lui est interprété avec justesse par Artus, atout indéniable du casting) – adulte ouvrant les yeux à nos héros hauts comme trois pommes quant au sens du sacrifice qu’implique la lutte contre le fascisme.
En clair, en faisant office de chapitre inaugural, cette adaptation de la bande dessinée de Vincent Dugomier et Benoît Ers n’a pas la même teneur que son modèle. Mais maintenant que les bases sont posées, et que la suite des aventures de nos résistants en herbe est déjà actée, Christophe Barratier devrait on l’espère lâcher quelque peu ses rênes et faire grimper d’un cran la tension – sans pour autant renier la dimension ‘jeunesse’ de l’œuvre originale. Le potentiel est là en tout cas.
