Quatre ans après Leila et ses frères, Saeed Roustaee effectue son retour à la réalisation avec Woman and Child, porté par Parinaz Izadyar, Sinan Mohebi, Payman Maadi, Soha Niasti, Fereshteh Sadre Orafaee ou encore Hassan Pourshirazi. Soit un drame se consacrant au parcours en dents de scie de Mahnaz, une infirmière dont la vie tombe en lambeaux à la suite d’une tragédie personnelle…
Maintenant que les conséquences inhérentes à la sortie de Leila et ses frères sont derrière lui (on rappelle que ce film lui aura valu une condamnation à six mois de prison et une interdiction de tournage – désormais levée), l’heure est venue pour Saeed Roustaee de revenir sur le devant de la scène – et ce sans se brider en termes de thématiques. Poursuivant ainsi sa peinture en clair-obscur de la société Iranienne, le cinéaste propose avec Woman and Child une œuvre âpre, se nourrissant de sa dramaturgie pour regarder droit dans les yeux les dangers d’un régime injuste – en particulier pour les femmes – dépossédées de la plupart de leurs droits et devant lutter deux fois plus que la gente masculine pour tenter de faire entendre leur voix, leur douleur.
Une réalité se traduisant par un chemin de croix, celui de Mahnaz, une infirmière de quarante-cinq ans, conciliant comme elle peut vie personnelle et professionnelle. Mère célibataire de deux enfants, notre protagoniste s’apprête à entamer un nouveau chapitre de son existence, en se laissant convaincre d’épouser son petit ami Hamid, synonyme d’espoir socialement parlant. Un heureux événement initial qui se veut l’arbre cachant la forêt puisque le ciel va soudainement s’abattre sur la tête de cette dernière, pour mieux l’entraîner vers un monde de souffrance…et de haine. Car en plus des tensions propres à sa relation avec Hamid, dont les intentions vont rapidement se révéler à nos yeux, Mahnaz va devoir porter ce lourd fardeau du deuil – tandis qu’un accident tragique fracture avec fracas son foyer et plus globalement son monde.
Comment faire face à la mort d’un enfant ? Telle est la question que se pose Saeed Roustaee à travers son script, retors pour son personnage principal, guidé par sa rancœur et sa combativité. Désireuse de réclamer justice pour Aliyar, la chair de sa chair, notre héroïne doit escalader plusieurs murs, celui construit par son propre cercle familial ainsi que celui bâti par les intrications iraniennes. Et s’il n’a pas le même impact que sa précédente réalisation, du fait d’un deuxième acte ne se donnant pas le temps de digérer la disparition tragique de ce fils roublard mais attachant – en multipliant plus que de raison les épreuves se mettant sur le chemin de Mahnaz, Woman and Child n’en reste pas moins solide sur ses appuis. Et ce grâce à l’excellente performance de Parinaz Izadyar, qui porte le film sur ses épaules et parvient à offrir de la nuance à un scénario qui parfois force le trait niveau dramaturgie, Saeed Roustaee sachant parfaitement diriger l’actrice, dont on compatit à la douleur puis à la colère. De quoi renforcer cette critique acerbe du patriarcat, prenant corps à travers ce combat acharné d’une femme courage – déterminée à ne pas se laisser intimider par les hommes et à demander réparation pour les torts qui lui ont été causés.
Avec Woman and Child, Saeed Roustaee pose à nouveau son regard sur les injustices du régime iranien et ce à travers un drame acerbe se consacrant au chemin de croix d’une mère meurtrie, incarnée avec force par Parinaz Izadyar.
