Trois ans après avoir coréalisé En même temps, c’est en solo que Benoît Delépine revient dans le milieu du septième art, avec Animal Totem. Soit un road-movie se consacrant aux pérégrinations d’un homme investi d’une nébuleuse mission…
Toujours prompt à pointer du doigt de manière sarcastique les injustices et les travers de notre société, notre trublion grolandais Benoît Delépine ne déroge pas à cette immuable règle, instaurée avec son comparse Gustave Kervern, et ce même s’il navigue en solitaire. Le seul changement qui s’opère avec cette balade à travers champs qu’est Animal Totem, s’avère être sa dimension symbolique, le vivant étant célébré non sans une certaine poésie.
Si l’on se demande tout d’abord à quelle sauce le cinéaste va nous manger, préférant embrasser le côté abscons de son récit – qui nous laisse sur le bord de la route avec un homme mystérieux quittant l’aéroport de Beauvais avec une valise à roulettes – le scénario se décante pour mieux laisser transparaître son ambition. De proposer une fable écologique ne manquant ni de douceur ni de mordant, où notre protagoniste devient le bras vengeur de Dame Nature, partant d’un pas tranquille vers son objectif. Régler son compte au capitalisme.
Ainsi, au gré de ce voyage buccolique, Darius (prénom biblique que l’on peut traduire par « le détenteur du bien ») parlemente aussi bien avec les humains que les animaux qu’il croise, ce qui permet d’appuyer la critique d’un monde pollué par les mécanismes d’un système libéral, où la loi du plus fort règne – quitte à semer la mort. Que ce soit un chasseur se sentant pousse des ailes, des agriculteurs utilisant des pesticides pour améliorer leur rendement où – en guise de boss final – un grand groupe se croyant au-dessus des lois, les vandales ne respectant pas l’environnement se succèdent – donnant du corps à ce débat quant à la défense de nos terres.
Forçant explicitement le trait dans sa dernière ligne droite, où tous les maux de cette économie de marché avilissante sont réunis dans un seul être, Animal Totem muscle son jeu et joue la carte de la cruelle ironie pour marquer des points. Un climax qui détonne – et fonctionne – d’autant plus qu’il permet à l’excellent Samir Guesmi, qui porte le film sur ses épaules, de donner la réplique à des fortes têtes telles que Olivier Raboudrin ou Pierre Lottin. En plus de corser progressivement son script, Benoît Delépine profite de la profondeur de champ offerte par le format CinémaScope pour donner un rôle central à ses décors naturels, dans lesquels s’enfonce Darius – sublimés par une photographie chatoyante où les couleurs vives s’expriment avec force.
Animal Totem permet à Benoît Delépine de livrer une fable écologique peu piquée des hannetons, où la protection du vivant prend des allures de quête fantaisiste.
