Trois ans après avoir raflé la mise avec La Nuit du 12, transposition du livre de Pauline Guéna intitulé 18.3 – une année à la PJ, qui récolta pas moins de six César dont ceux du Meilleur film et de la Meilleure réalisation, Dominik Moll effectue son retour derrière la caméra avec Dossier 137. Comprenant Léa Drucker, Guslagie Malanda, Mathilde Roehrich ou encore Côme Peronnet au casting, le long-métrage se centre sur une inspectrice de l’IGPN dépêchée sur une affaire de violence policière…
Avec Dossier 137, Dominik Moll poursuit avec finesse son analyse du système judiciaire, revenant sur la houleuse période des gilets jaunes – mouvement de contestation ayant mené à des débordements que ce soit du côté de la population ou des forces de l’ordre – en adoptant une approche protocolaire pour mieux saisir les tenants et aboutissants d’une enquête où l’ambiguïté est de mise.
De ce huitième passage derrière la caméra naît un drame froid et clinique, démontrant une fois de plus du talent du cinéaste pour instaurer une atmosphère et happer son auditoire grâce à une mise en scène au cordeau ainsi qu’une écriture précise. En renouvelant sa collaboration avec Gilles Marchand – son co-scénariste depuis Harry, un ami qui vous veut du bien – notre homme cherche à comprendre les rouages de l’Inspection générale de la Police Nationale, service ayant de nombreuses habilitations – dont celle de diligenter des enquêtes judiciaires mais également administratives au sein de cette institution dépendant du ministère de l’intérieur. Et ce en toute transparence, l’IGPN pouvant compter sur la présence de non policiers, histoire de ne pas créer de collusion. Mais comme nous le savons, mettre son nez dans des affaires sensibles, comme cela a déjà été le cas en marge de diverses manifestations ces dernières années, peut semer davantage de troubles.
Car lever tout doute sur des histoire de possibles bavures peut exacerber les tensions, soit le point central du film, qui voit l’excellente Léa Drucker camper le rôle d’une enquêtrice déterminée à démêler le vrai du faux quant à l’utilisation d’un lanceur de balles de défense comme arme de dissuasion durant des échauffourées. Une tâche complexe pour notre protagoniste, dans une position délicate alors que l’avancée de son investigation l’amène à être perçue par l’ennemie par chaque parti. Fort de ce climat de défiance, Dossier 137 avance ses pions avec précision, chaque élément mis au jour par Stéphanie (aidée de ses co-équipiers) resserrant à la fois l’étau sur les policiers impliqués dans l’affaire – mais également sur elle. Évitant le manichéisme, le scénario se veut la peinture d’un système judiciaire à bout de souffle, déstabilisé par les ordres et contre-ordres d’un pouvoir ne sachant plus comment gérer le maintien de l’ordre, amenant de ce fait à des débordements. Un cercle vicieux nous étant exposé dans un dernier acte laissant un goût amer en bouche à la fois pour nos personnages mais aussi le spectateur.
Avec Dossier 137, Dominik Moll poursuit son immersion au sein du système judiciaire afin de livrer un drame précis et concis, traitant de la thématique des violences policières de manière objective, en s’en tenant aux faits.
