[Critique] Marche ou Crève, la jeunesse au pas (forcé)
Deux ans après avoir renoué avec l’univers de Hunger Games, en supervisant le préquel La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, Francis Lawrence continue de puiser dans le domaine […]
Pour ceux qui se font des films en séries
Deux ans après avoir renoué avec l’univers de Hunger Games, en supervisant le préquel La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, Francis Lawrence continue de puiser dans le domaine […]
Deux ans après avoir renoué avec l’univers de Hunger Games, en supervisant le préquel La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, Francis Lawrence continue de puiser dans le domaine de la littérature de quoi nourrir sa filmographie. En effet, avec Marche ou Crève, le cinéaste transpose à l’écran le roman éponyme de Stephen King, qui réunit Cooper Hoffman, David Jonsson, Garrett Wareing, Roman Griffin Davis ou encore Mark Hamill au casting et se centre sur le chemin de croix d’adolescents déambulant dans les méandres d’une Amérique dystopique…
Publié en 1979 (sous le pseudonyme de Richard Bachman), Marche ou Crève permit à Stephen King de s’éloigner d’un pas du genre fantastique, le roman se voulant un thriller dystopique évoquant sans détour une Amérique à la dérive n’hésitant pas à sacrifier sa jeunesse sous l’autel de la guerre. Une œuvre emprunte de pessimisme, qui aura tapé dans l’œil d’un bon nombre de lecteurs mais également de réalisateurs, désireux de le porter à l’écran. Si George A. Romero, Frank Darabont ou encore André Øvredal n’y seront pas parvenus, Francis Lawrence a eu davantage de chance – réussissant à concrétiser cette arlésienne pour le compte de Lionsgate. De quoi permettre à ce dernier de poursuivre son exploration du totalitarisme, après avoir été aux manettes d’une bonne partie de la saga Hunger Games, reposant sur un concept similaire, où le bas peuple en est réduit à prendre part à un divertissement des plus sordides pour espérer sortir la tête de l’eau – quitte à mettre sa vie en jeu.
Mais hormis ce postulat, les deux œuvres n’ont rien à voir, d’autant plus que la volonté de l’équipe créative se veut de resserrer ses enjeux et son cadre afin de proposer une adaptation dite intimiste du roman de King. Remodelée par JT Mollner, la trame de cette version cinématographique de Marche ou Crève prend des allures d’avancée vers la mort, le spectre de la grande faucheuse devenant cette épée de Damoclès que l’on redoute de voir s’abattre sur nos protagonistes. Des adolescents se devant de filer droit vers l’horizon alors qu’ils prennent part à La Longue Marche, éprouvante randonnée organisée par une nation n’étant plus que l’ombre d’elle-même, s’étant laissée corrompre par son esprit militariste. Se tenant chaque année, l’événement (retransmis à la télévision il va de soi) oblige des jeunes volontaires de moins de dix-huit ans à marcher à vive allure et ce sans s’arrêter, sous peine d’être éliminé – au sens littéral du terme.
Soit le début d’un calvaire à pas forcés pour la cinquantaine de participants à ce concours sordide, faisant rimer patriotisme avec sadisme. Car en fin de course, la promesse d’une récompense mirifique ne gomme pas l’inhumanité d’un règlement abject – et absolu. De ce contexte, le script se concentre principalement sur les états d’âmes de ces personnages provenant des quatre coins de l’Amérique, réunis dans cet enfer sur terre. Privilégiant les plans-séquences, Francis Lawrence donne donc la part belle à sa distribution, unis dans la douleur. Sur ce point, le long-métrage vise juste, la direction d’acteurs lui donnant du cachet. Nous compatissons au sort de nos marcheurs alors qu’ils transpirent, s’exténuent, s’épuisent, et tombent sur le bitume, grâce à l’abattage des comédiens – et en particulier le tandem formé par les excellents Cooper Hoffman/David Jonsson, complémentaires.
Mais pourtant, en dépit de la performance de chacun, cette version sur pellicule ne suscite pas le même impact que son modèle littéraire, la route paraissant interminable par moment, le scénario devant faire face à un obstacle de taille – un budget réduit. De quoi mettre la pédale douce sur les effets chocs et les mises à mort, le hors-champ où séquences rapides prenant le pas sur l’explicite. Si le chemin est tortueux, dans sa dernière ligne droite Marche ou Crève retrouve l’énergie nécessaire pour que le climat se tende et que l’émotion pointe le bout de son nez. Ce qui est déjà ça de pris.
En transposant Marche ou Crève sur grand écran, Francis Lawrence avance avec plus ou moins de rythme sur le terrain du thriller intimiste, laissant le soin à son casting de donner du corps à un script moins percutant que la trame de son modèle littéraire.
